0:09 Chers amis, bonjour. On se retrouve pour la deuxième partie de ces émissions qui traitent de politique et de politique israélienne en particulier. La première partie essayait de mettre en place les données essentielles de ce que je considère comme étant primordial pour toute plateforme politique, quel que soit le parti, quel que soit le candidat au pouvoir.
0:35 Cette deuxième partie va nous faire entrer dans le vif du sujet, c'est-à-dire essayer de voir à travers l'essentiel des partis politiques en Israël présents, quelles sont ces plateformes qui viendraient répondre à ce que j'ai énoncé dans la première partie. Alors, j'appellerai cette deuxième émission l'État, la gestion, la justice et le pouvoir. Première partie qui m'intéresse, celui de M. Gaddi Aizenkot, ou Aizenkot si vous préférez, puisque son origine est nord-africaine.
1:13 L'État comme responsabilité. Le parti Yasha représente une conception essentiellement étatique de la politique. Responsabilité, services communs, restauration institutionnelle, fonction publique professionnelle, indépendance judiciaire et économie concurrentielle. Cette philosophie-là évoque naturellement Max Weber. Pour ce philosophe sociologue, l'État moderne ne peut fonctionner durablement sur la seule fidélité personnelle au chef. Il a besoin d'institutions de compétences, de règles et d'une administration professionnelle.
1:51 C'est précisément l'une des forces de cette approche du parti Yasha. Dans une époque où la politique tend à se transformer en affrontement permanent entre tribus électorales, rappeler que l'État ne doit appartenir ni à un parti, ni à un chef, ni à une communauté particulière, constitue à mon humble avis déjà une idée politique importante.
2:16 Montesquieu, le célèbre mémoire, apparaît également en arrière-plan. La solidité d'une démocratie ne dépend pas seulement de la bonne volonté de ceux qui exercent le pouvoir, mais de l'existence d'institutions capables de leur résister. L'accent placé sur le service, la responsabilité et les obligations communes peut également constituer une réponse au développement d'une citoyenneté réduite à la revendication des droits.
2:47 Mais, et il y a toujours un mais, une difficulté apparaît. Le sens de l'État ne constitue pas encore une philosophie sociale. Administrer correctement l'État ne répond pas nécessairement à la question de savoir comment répartir les richesses et les possibilités à l'intérieur de celui-ci. La figure du citoyen contributeur, celui qui travaille, sert, paie et participe, c'est évidemment une légitimité.
3:15 Mais elle ne peut devenir l'unique mesure de la justice. L'évidence nous rappellerait ici que la responsabilité commence précisément devant celui qui ne peut rien nous rendre. L'enfant pauvre n'a pas encore contribué. La personne handicapée ne peut pas toujours contribuer selon les critères économiques ordinaires. La mère est seule et isolée. Le travailleur sous-payé ou celui auquel l'éducation reçue n'a jamais permis d'acquérir les compétences nécessaires ne peuvent être abandonnés au motif qu'ils contribueraient insuffisamment.
3:54 Une société juste récompense la contribution, elle ne transforme pas la faiblesse en culpabilité. Même difficulté, mes amis, concerne le logement. Donner une priorité au soldat ou au réserviste peut être légitime, certes, mais cela ne remplace ni la construction massive, ni le logement social, ni la location de longue durée, ni une réforme de la planification.
4:19 Alors, quel est mon verdict ici concernant Yachar ? Eh bien, une conception sérieuse et respectable de l'État fondée sur la responsabilité de le professionnalisme, mais encore davantage une boussole institutionnelle qu'une philosophie complète de la société. Max Weber y trouverait sans doute une éthique de responsabilité. John Rawls demanderait encore responsabilité, certes, mais responsabilité envers qui ?
4:48 Je m'arrêterai là pour le parti de Yachar. Allons retrouver Beyahad, celui de Naftali Bennett et Yahir Lapid. Quand l'État devient entreprise, Beyahad propose une conception plus gestionnaire. Objectif indicateur, calendrier, concurrence, ouverture des marchés, réduction du coût de la vie, rationalisation administrative, efficacité éducative, le langage est celui de l'exécution. Cette approche, à mon humble avis, possède une vertu incontestable et l'oblige le gouvernement à rendre des comptes, ce qui n'est pas des moindres.
5:25 Une démocratie ne devrait pas seulement demander à ses dirigeants ce qu'ils pensent, mais ce qu'ils ont effectivement accompli. L'idée même de gestion par objectif peut être salutaire. Ce qui n'est jamais évalué finit souvent par n'être jamais réellement gouverné. Mais il y a là une limite qui apparaît rapidement. Une société n'est pas une start-up.
5:49 Hannah Arendt distinguait différentes dimensions de l'existence humaine et mettait en garde contre la réduction de toutes les activités humaines à une logique d'utilité de production. Un élève n'est pas un indicateur, un professeur n'est pas une unité productive, un malade n'est pas un coût, un citoyen n'est pas seulement un consommateur. Michael Sandel a de ce monté montré le danger d'une société où le marché cesse d'être un instrument pour devenir une manière générale de concevoir le monde.
6:22 Il existe, mes amis, une différence entre une économie de marché et une société de marché. Faire baisser le prix des produits est essentiel, mais le prix du produit au supermarché n'épuise pas la question sociale. Qu'en est-il du rapport entre le salarié et l'employeur, du salarié minimum, de la sécurité professionnelle, des travailleurs sous-traitants, des conventions collectives, du logement public, de la fiscalité progressive ?
6:53 La concurrence peut empêcher certains abus, elle ne produit pas automatiquement la justice. Adam Smith lui-même a souvent réduit caricaturellement ce qu'il appelait la main invisible. On savait qu'une société commerciale devait demeurer une société morale. De même ouvrir les importations peut réduire certains prix, mais fragiliser simultanément certains producteurs et travailleurs. Subventionner l'achat d'un logement peut aider l'acheteur, mais si l'offre demeure insuffisante, l'aide risque de se transformer en hausse des prix.
7:37 La politique économique ne peut donc se contenter d'un mécanisme simple, elle doit examiner ses effets secondaires. Enfin demeure la question politique, Benet et Lapid peuvent-ils produire une véritable conception commune du pays ou seulement une alliance de gouvernement ? Car Machiavelle nous l'enseigne à sa manière, les alliances conçues pour conquérir le pouvoir sont toujours mises à l'épreuve lorsque commence l'exercice réel de celui-ci.
8:11 Là aussi j'ai un verdict, mais qui n'appartient qu'à moi. Le programme est certes opérationnel et le plus attentif à l'exécution, mais il court le risque de croire que toute contradiction sociale est un dysfonctionnement administratif. On peut gérer efficacement une machine, on ne peut gouverner une société sans philosophie de l'homme. Passons maintenant au démocrate de Yair Gholam.
8:40 La justice comme égalité réelle pourrait-je l'intituler. Les démocrates présentent la conception libérale et sociale la plus affirmée. Droit, indépendance, indépendance judiciaire, service public, pluralisme, religieux, éducation commune, santé, transport, environnement, recherche et séparation politique avec les Palestiniens. Leur conception dialogue naturellement avec un de mes auteurs que je cite souvent, John Rawls. Une société juste chez ce philosophe-là n'abandonne pas les moins favorisés au nom de la réussite globale de l'économie.
9:17 Les institutions doivent être organisées de manière à ce que les inégalités puissent être justifiées également du point de vue de ceux qui disposent le moins. Un autre de mes philosophes anglais, John Stuart Mill, apparaît sur un autre plan. La liberté ne consiste pas seulement à protéger l'individu contre l'État, mais aussi à protéger la diversité des modes de vie contre l'intolérance de la majorité.
9:43 Cette pensée éclaire les propositions concernant par exemple le pluralisme, le religieux, le mariage civil ou les différents courants du judaïsme. Tocqueville, Alexis de Tocqueville, nous avait retiré néanmoins contre une autre menace. Une démocratie peut rechercher l'égalité au point de produire une uniformisation étouffante. L'idée d'une éducation publique commune pose donc une question légitime.
10:08 Comment créer une culture civique commune sans fabriquer une identité officielle imposée d'un coup ? Mais la faiblesse majeure ici demeure ailleurs. La morale ne dispense jamais de l'arithmétique. Vouloir davantage de médecins, d'enseignants, de trains, de chercheurs, de prestations sociales et de services publics exigent de dire qui paiera. C'est ici que Max Weber revient. L'éthique de conviction proclame qu'il faut davantage de justice.
10:37 Mais l'éthique de responsabilité répond très bien. Avec quel budget ? Avec quels impôts ? Avec quelles priorités ? Une sociale démocratie sérieuse ne se mesure donc pas seulement au nombre de dépenses qu'elle souhaite augmenter. Elle doit parler fiscalité, salaire, capital, héritage, revenus financiers, convention collective, travailleurs, sous-traitants et répartition du pouvoir économique. Car Marx, indépendamment de ce que l'on pense de ses conclusions, posait une question dont la pertinence demeure, mes amis.
11:09 Qui possède le pouvoir économique et comment ce pouvoir économique se transforme-t-il en pouvoir social ? Et puis demeure chez moi une interrogation politique concernant les Palestiniens. Un État palestin démilitarisé et soumis à un contrôle sécuritaire extrait indurable pose une question conceptuelle. Jusqu'où peut-on parler de souveraineté lorsque les attributs essentiels de cette souveraineté demeurent contrôlés par un autre État ?
11:37 Alors là aussi j'énocerai mon verdict. Concernant les démocrates, bien sûr. La conception la plus grande des droits et des services publics. Elle possède une philosophie morale relativement cohérente. Une justice sans financement devient une promesse. Une promesse répétée sans financement devient une rhétorique. Il serait dangereux d'y réfléchir. Passons maintenant mes amis, si vous le voulez bien, au quatrième parti que nous connaissons bien, le Likud.
12:10 Je titrerai la liberté économique face à la concentration du pouvoir. Vous comprenez. Le Likud demeure héritier d'une tradition nationale libérale, associant sécurité, identité juive, économie de marché et puissance gouvernementale. Sur le plan économique, cette tradition peut être approchée de Friedrich Hayek. Méfiance à l'égard d'une bureaucratie excessive, confiance dans l'initiative privée et importance d'un marché concurrentiel.
12:46 Cette intuition possède une part de vérité incontournable. Sans création de richesses, il n'existe rien à redistribuer. Nous l'avons bien compris. Sans entreprises productives, investissements, innovations et emplois, la justice sociale fut dit par distribuer une richesse qui n'est plus produite. Adam Swift l'aurait accepté, mais Smith aurait également refusé que l'on confonde la richesse d'une nation avec la seule richesse de certains de ses membres.
13:19 La croissance n'est pas encore un contrat social. Elle doit se traduire par des salaires, un logement accessible, une mobilité sociale, des services publics et des possibilités offertes aux enfants des classes populaires. La difficulté principale du NICUD, selon les critères de cet examen, reste cependant l'absence d'un programme détaillé et contraignant. Un délecteur ne devrait pas seulement choisir une tradition, une identité ou un dirigeant.
13:47 Il devrait pouvoir choisir des engagements. Sur ce point, Karl Popper, le philosophe, apporta une idée démocratique essentielle. L'une des grandes vertus de la démocratie n'est pas de garantir que nous choisirons toujours de beaux gouvernants, mais de nous permettre de contrôler et de remplacer ceux qui gouvernent mal. Encore faut-il savoir quels engagements, selon quels engagements, les juger.
14:15 Une autre question concerne la concentration du pouvoir. La tradition de Jabotinsky et celle de Begin comportait une forte dimension libérale et institutionnelle. Lorsque le national libéralisme glisse vers une conception dans laquelle le chef, le parti et l'État tendent à se confondre, ils s'éloignent de sa propre tradition. Montesieux devient alors indispensable. Il ne disait pas que les gouvernants sont nécessairement mauvais, non.
14:44 Il disait quelque chose de beaucoup plus profond. Même les hommes qui se pensent justes peuvent être corrompus par l'absence de limite. Mon verdict ici ? Le parti possédant la plus grande expérience gouvernementale est paradoxalement celui qui propose aux citoyens l'un des contrats programmatiques les moins contraignants. L'expérience peut justifier la confiance. Elle ne doit jamais remplacer l'obligation de rendre des comptes.
15:16 La semaine prochaine, nous irons à la rencontre des partis restants dont je veux traiter. Et puis, bien sûr, bien sûr, une conclusion réflexive qui vient mêler philosophie et politique. Voilà, donc je vous donne rendez-vous à la semaine prochaine en espérant que ces deux premières émissions vous apportent énormément d'éclairage. La permission, en tout cas, de mieux savoir, de mieux connaître, et cela nous permet à chacun d'entre nous de mieux entendre et de mieux comprendre.
15:50 Pour aller peut-être mieux voter, en tout cas pour faire de ce monde quelque chose de meilleur ou de mieux, s'il nous est donné la possibilité. Shalom, shalom.