0:10 Amis, bonjour. On se retrouve pour une nouvelle émission sur Tandem TV. Redevenir hébreu, c'est une insurrection d'une certaine manière contre le judaïsme des cendres. Alors, je vais m'expliquer. Il faut parfois commencer par libérer les mots de la poussière qui les recouvre. Car les mots lorsqu'ils cessent de penser deviennent des prisons. Ainsi en est-il du judaïsme lorsqu'il n'est plus compris comme aventure de conscience, de responsabilité, d'étude et de transmission, mais comme un système clos de rituel, d'obligations mécaniques, de peur sacré, d'interdits obsessionnel et parfois même de superstitions pieusement entretenu.
0:59 Le danger, mes amis, n'est pas la tradition. Le danger est sa pétrification. Le danger n'est pas la fidélité. Non non, le danger est la confusion entre fidélité et répétition. Le danger n'est pas le culte. le danger et le culte lorsqu'il devient le substitut de la pensée, lorsqu'il rassure l'homme au lieu de l'éveiller, lorsqu'il lui donne l'illusion d'être fidèle alors qu'il ne fait que se protéger de l'exigence intérieure.
1:30 L'héritage d'Israël, mes amis, ne saurait être réduit à une religion d'obéissance. Il est d'abord une pédagogie de l'humain, une école de la responsabilité. Il rappelle à l'homme qu'il n'est pas seulement un être de besoin, de peur, de désir ou d'appartenance, mais un être appelé à répondre. Répondre de sa parole, de ses actes, de sa terre, de son frère, de son peuple, de l'usage qu'il fait de sa puissance et de la manière dont il inscrit sa liberté dans l'histoire. C'est ici qu'un déplacement décisif s'impose. Ne plus penser seulement le juif comme figure de l'exil, de la survie, de la mémoire blessée, comme nous l'avons rappelé dans les émissions précédentes, de la fidélité dispersée, mais retrouver l'hébreu.
2:21 Cet Hébreu qui se cache dans le juif que nous sommes encore. L'hébreu précède le juif de l'exil. Il le contient mais il le dépasse. Il n'est pas seulement celui qui conserve, il est celui qui traverse. Il n'est pas seulement celui qui se souvient, il est celui qui entre dans l'histoire, qui assume le poids du réel de la terre, de la langue, de la souveraineté.
2:45 Le juif de l'exil, nous le savons apporter la Torah dans la dispersion. une partie de cette Torah infime mais qui l'a maintenu, qui lui a permis de maintenir la braise sous les cendres. Il a sauvé les textes, les prières, les gestes, les mémoires. Mais l'hébreu revient pour rouvrir euh réallumer le feu. Il ne s'agit plus seulement de survivre, de commenter, de préserver ou de se défendre contre l'effacement. Il s'agit désormais d'habiter, de décider, de construire, de gouverner, de combattre, parfois de juger, d'enseigner, de transmettre et d'assumer une souveraineté retrouvée.
3:30 L'existence de l'État d'Israël a tout bouleversé à mon humble avis. Elle n'a pas seulement offert un refuge au peuple persécuté. Elle a fait revenir l'hébraïsme sur la scène de l'histoire. La langue hébraïque n'est plus seulement la langue de la prière et de l'étude. Elle est redevenue langue de rue, d'école, d'armée, de justice, de science, de poésie, de politique et de douleur quotidienne. La terre n'est plus seulement chantée, louée dans les psaumes ou évoqué dans les bénédictions. Elle est elle est réelle, travaillée, défendue, disputée, habitée, aimée, parfois même profané par ceux qui prétendent la servir.
4:06 Et cela, mes amis, change tout car on ne lit pas le tan, la Bible, l'Ancien Testament comme on a l'habitude de l'appeler, qui est composé de 24 livres, 929 chapitres et près de 1300 pages. On ne lit pas ce tanard de la même manière depuis l'exil et depuis la souveraineté. Permettez-moi d'ajouter qu'en exil, on a très peu étudié le tanard depuis la fin de l'âge d'or espagnol. On ne lit pas Isaïe, Jérémie, Amos ou Samuel comme de simples souvenirs religieux lorsque l'on vit à niveau dans une société hébraïque réelle affronté à la puissance, à la guerre, à la justice, à la corruption, à la peur, au courage et au destin.
4:51 Les prophètes bibliques cessent d'être des voix anciennes archaïques. Ils redeviennent des contemporains brûlants. Voilà pourquoi l'hébraïsme redort le blason d'Israël. Il lui rend sa profondeur, son épaisseur biblique, historique, morale et même métaphysique. Il refuse de laisser Israël se réduire à un état seulement politique, à une nation seulement militaire, à une démocratie seulement procédurale, à une société seulement technologique, à une mémoire seulement victimaire ou à une religion seulement rituelle.
5:28 L'hébraïsme, mes amis, rappelle qu'Israël porte une vocation plus ancienne que ses parties, plus profonde que ses crises, plus exigeantes que ses appareils religieux ou administratifs. Cette vocation passe par le livre des livres, le tanard avec, comme je l'ai rappelé, ses livres, ces chapitres. Il n'est pas une une simple archive sacrée, ni un monument littéraire, ni un objet de vénération muette. Il est une matrice de conscience. Il raconte l'homme devant Dieu, mais aussi l'homme devant l'homme, devant son frère, devant la terre, devant le pouvoir, devant la faute, devant la violence, devant la justice, devant l'épreuve de la liberté dans sa dimension collective, ce que nous n'avions jamais jamais connu pendant 2000 ans d'exil.
6:18 Le tanard n'est pas seulement le livre du culte, il est le livre de l'histoire, il n'est pas seulement le livre de la prière, il est le livre de la décision. Il n'est pas là pour endormir Israël dans la certitude de son élection. Il est là pour le réveiller sans cesse à l'exigence de sa vocation.
6:34 Il ne flotte pas Israël, il le convoque. Il ne lui offre pas une identité confortable. Oh non, de loin. Il lui impose une responsabilité. C'est pourquoi mes amis, il faut se méfier d'un culte obsessionnel qui croit honorer la Torah en l'enfermant dans le ryth. Il existe une manière de multiplier les gestes, les interdits, les formules, les signes extérieurs tout en fuyant l'essentiel. Et nous connaissons cela non seulement en exil mais aussi aujourd'hui en Israël même. Il existe une manière de parler sans cesse de Dieu pour ne plus entendre ce que Dieu exige de l'homme.
7:15 Un peu comme ce que prenait le rave Abraham Yeshua échelle d'homme dans dans son livre où Dieu est en quête de l'homme. Que faisons-nous de la justice, de la vérité, du pouvoir de la terre de notre liberté retrouvée ? Lorsque le dogma devient obsession, il cesse d'être fidélité. Il devient protection contre la pensée. Lorsque le culte devient mécanique, il cesse d'élever, il rassure seulement. Lorsque la pratique devient identité clause, elle ne transforme plus l'homme, elle le classe. Lorsque la religion devient administration du sacré, elle ne transmet plus le feu, elle gère les cendres.
7:57 Il ne s'agit pas de mépriser l'alar, ni de rejeter la pratique, ni de tourner en dérision la fidélité des gestes. Une tradition sans forme finit par se dissourre certes, mais des formes sans souff deviennent des tombeaux. Le rythme n'a de grandeur que lorsqu'il conduit à la conscience. La loi n'a de puissance que lorsqu'elle éduque la responsabilité. L'étude a de valeur que lorsqu'elle a grandi l'homme et lui permet d'être cet être en devenir. Transmettre ce n'est pas remplir une mémoire morte, ce n'est pas imposer une répétition, ce n'est pas fabriquer une identité défensive.
8:33 transmettre ses donner à l'autre assez d'amour, de force, d'intelligence et de liberté pour qu'il désire transmettre à son tour. C'est lui remettre non pas un musée mais une braise, non pas un système fermé mais une responsabilité ouverte. L'hébrahim l'hébraïsme mes amis, est cette reprise créatrice. Il ne rit pas le judaïsme de l'exil, il le relève. Il ne méprise pas la mémoire diasporique. Il la réoriente vers la souveraineté. Il ne lit pas le culte, il le replace dans une architecture plus vaste où le rit doit servir la vie, où la loi doit former l'homme, où l'étude doit produire de la responsabilité, où la Torah doit redevenir parole d'histoire.
9:20 La Torah, le texte biblique, n'a jamais été donné pour dispenser l'homme de pensée que Dieu nous en préserve. Elle a été donnée pour l'obliger à penser plus haut, plus loin, plus fort. Elle n'a jamais été donnée pour fabriquer une humanité infantile dépendante de magiciens du sacré, de miracles de pacotilles ou de superstition superstition pieuse.
9:44 Non, elle a été donnée pour former un peuple capable d'entendre la la parole, l'appel du sens au cœur même de la réalité. Voilà pourquoi le retour de l'hébreu dérange. Il dérange les religieux qui voudraient réduire la Torah à l'observance privée. Il dérange les laïs qui voudraient réduire Israël à une normalité nationale sans profondeur biblique.
10:05 Il dérange les diaspories qui voudraient penser Israël comme si rien n'avait changé. Il dérange des institutions qui préfèrent administrer des appartements des appartenances plutôt que réveiller des consciences. Là se trouve l'exigence de notre temps. Ne pas seulement être juif par mémoire, mais redevenir hébreu par responsabilité. Ne pas seulement conserver la tradition mais la réveiller. Ne pas seulement honorer le tanard, mais l'entendre. Ne pas seulement pratiquer, mais répondre. Ne pas seulement croire sans mais mais devenir.
10:36 J'allais dire sans devenir bien sûr parce qu'il faut le se devenir là. C'est l'élan vital que l'on retrouve chez Berson. Car Israël ne retrouvera son âme qu'en retrouvant son livre. Et le livre ne retrouvera sa puissance qu'en engendrant à nouveau des hommes libres, lucide, responsable, capable de rallumer le feu plutôt que plutôt que de surveiller les cendres.
10:59 Sortons définitivement, et il nous en est donné la possibilité, sortons définitivement de la survivance et commençons à vivre à travers cet élan vital que je rappelais précédemment. Merci à vous d'être là. Merci à vous d'entendre et de comprendre parce que vous voulez savoir et connaître et que cela nous permet d' d'approfondir notre foi, notre croyance, notre fidélité et surtout notre responsabilité collective. Shalom ! Shalom !