0:09 [Musique] Chers amis, bonjour. On se retrouve pour les passions d'un Hébreux et comme ces dernières fois nous l'avons fait, essayons de réfléchir à des sujets qui nous sortent un peu de l'actualité, qui nous concernent plus personnellement, plus individuellement, plus humainement. comprendre plutôt que de juger. Je vous parlerai d'une éthique de la lucidité humaine. Depuis les origines de la pensée, l'homme seurte une tension fondamentale, le faossé entre ce qu'il est et ce qu'il aspire à être. Nous avons rêvé de sagesse, de justice, de vertu.
0:48 Ces idées aux porteurs d'espoir fondent nos civilisations et nos systèmes de valeur. Mais dans la réalité, les êtres humains sont souvent incohérent, failli contradictoire. Faut-il pour autant les condamner moralement ? Où devons-nous apprendre ? Apporter un autre regard sur un regard fondé non sur la norme mais sur la compréhension. C'est à cette question profondément éthique et existentielle que je voudrais avec vous. Euh essayer de répondre. Dans toutes les grandes philosophies morales occidentales de Platon à Rousseau, l'homme est mesuré à l'ône d'un modèle idéal, le sage, le citoyen, le juste.
1:30 Ces figures orientent nos réflexions sur le bien et le mal, le progrès, la régression. Elles ont leur utilité, elles offrent une boussole, un horizon, mais elles deviennent problématiques lorsqu'on les utilise pour juger l'homme réel, celui qui doute, qui trébuge, qui improvise. Platon, si vous vous souvenez, de la République imagine une cité parfaite gouvernée par des philosophes rois. Cette construction théorique repose sur une méfiance profonde envers la nature humaine telle qu'elle est. trop instable, trop émotive, trop changeante.
2:04 Plus près de nous, Jean-Jacques Rousseau pense qu'il faut contraindre l'homme à être libre dans un ordre politique qui le transforme. Il ne voit dans la nature humaine brute qu'un point de départ à dépasser. Mais cette exigence d'absolu, lorsqu'elle institutionnalise devient un outil d'exclusion et de contrôle. Michel Fou, le philosophe français dans surveiller et punir son ouvrage bien connu, montre comment leur société moderne, au nom du redressement moral ou social organise la normalisation des individus. L'école, la prison, l'hôpital autant de lieu où l'on tente de réparer les écarts à la norme, dirais-je ainsi, à force de poursuivre l'idéal, on finit par rejeter la complexité du réel.
2:56 Le risque est de transformer la morale en machine à discriminer. Tout ce qui ne correspond pas au modèle deviendrait suspect, condamné, voire inhumain. À l'opposé de cette logique qui paraît normative ou qui paraîtrait normative, une autre tradition philosophique plus discrète mais tout aussi puissante invite à regarder l'homme tel qu'il est, sans fil, sans fantasme.
3:20 Non pas pour justifier tout comportement, mais pour mieux comprendre ce qui anime chaque être humain. de l'homme révolté, Albert Camu, que je vous cite souvent, prend acte de l'absurdité de la condition humaine. L'homme cherche du sens dans un monde qui n'en offre pas et pourtant, il ne relance pas, il se dresse, il résiste, il affirme sa dignité même dans le nonens.
3:47 Cam il ne croit pas à l'homme parfait. Il croit en l'homme qui persiste, qui doute mais qui ne cède pas à la haine ni à la violence aveugle. La philosophe Simon Vale, non pas la ministre de la santé Simon Vale, celle qui mourut pendant la Seconde Guerre mondiale. Et bien Simonvell quant à elle pousse encore plus loin l'ex l'exigence éthique dans la pesanteur et la grâce. Son livre elle propose une forme radicale d'attention à l'autre. Une attention silencieuse, humble, qui ne juge pas mais reçoit l'autre dans sa totalité, y compris sa souffrance et ses contradiction.
4:23 Elle écrit "Aimer son prochain, c'est lui dire qu'as-tu à dire ?" Voir l'humain dans son ambiguïté, c'est accepter qu'il soit à la fois capable de grandeur mais aussi de petitesse, d'altruisme mais aussi d'égoïsme. C'est comprendre que ces contradictions sont constitutives de notre nature. Face à l'insuffisance du moralisme, l'amour apparaît comme une autre voix plus exigeante, plus féconde. Non pas un amour romantique ou naïf, mais une attitude d'ouverture inconditionnelle. qui refuse la réduction de l'autre à ses actes passés ou à ses échecs.
5:05 C'est ce que pense Emmanuel Lévin qui fonde toute l'éthique sur la rencontre du visage d'autrui. Comme je vous l'ai signalé plusieurs fois dans son ouvrage si célèbre totalité infinie, il affirme que le visage est ce qui interdit de tuer ce qui oblige à respecter. Il ne s'agit pas d'un regard sentimental mais d'un appel éthique radical. L'autre me dérange, me défie, me fait sortir de moi-même. Paul Ricker dans soi-même comme un autre propose une justice. Lui, qui ne se contente pas de juger. Elle cherche à interpréter, contextualiser, comprendre.
5:39 Le pardon Jéricher n'est pas l'oubli, c'est la reconnaissance que l'autre est plus que ses fautes. Venez, prenons un exemple concret. Un adolescent commet un acte violent, la réponse immédiate peut-être la punition. Certes, mais une autre approche est possible. comprendre les causes. Manque de repère, environnement défaillant, souffrance intérieure. Alors, il faut dialoguer, proposer une autre fois. C'est là que réside le pouvoir transformateur du regard bienveillant. Plutôt que de rêver un homme pur, parfait, irréprochable qui n'existe pas, qui n'a jamais existé, nous pourrions adopter une sagesse réaliste à l'image de celle de Michel de Montagne.
6:22 Dans ses essais merveilleux, Montagne ne se donne pas en modèle. Il observe ses propres failles, ses contradictions, ses hésitations. Il écrit "Je suis moi-même la matière de mon livre." Ce regard sans complaisance mais sans dureté est un modèle précieux. Il nous rappelle que la lucidité est plus humaine que la perfection. Reconnaître que l'homme est un être inachevé en devenir seulement, c'est lui laisser la possibilité de se transformer sans le condamner d'avance. Cette posture rejoint aussi Albert Camu lorsqu'il écrit dans son essai l'été : "J'aime les hommes non pas en dépit de leur faiblesse, mais à cause d'elle.
7:07 L'humanité n'a pas de sens. Enfin, excusez-moi, je me suis trompé dans ce que je voudrais dire. L'humanité n'est pas dans l'idéalisation. Donner un sens idéal aux choses, mais dans l'acceptation lucide de ce que nous sommes, c'est-à-dire des êtres limités mais capables de beauté. Il y a quelque chose d'extraordinaire dans la philosophie racidique où l'un de nos sages dit "Les hommes sont des hommes, les anges sont des anges. Les anges ne deviendront jamais des hommes, mais l'homme a toujours la possibilité de devenir un ange un jour."
7:47 Le monde n'a pas besoin de plus de jugement. Il a besoin de regard compréhensif, de cœur patient, d'esprit lucide et ouvert et mais l'homme réel sait croire qu'il peut s'élever mais sans lui imposer de ressembler à un idéal impossible. C'est le regarder avec les yeux de la justice et de la tendresse mêlée.
8:06 Comprendre, mes amis, n'est pas excusé. C'est élargir élargir la perspective. C'est refuser de réduire l'autre à ses fautes. C'est permettre l'émergence du meilleur par la confiance, la reconnaissance et l'attention. Et c'est peut-être la plus haute exigence morale, voir clair sans juser, sans juger, aimer, sans illusion, voir clair, sans juger, aimer, sans illusion.
8:40 Je vous laisse à vos réflexions. Je crois que nous en avons beaucoup à faire, mais en tout cas cela nous permet comme je le rappelais à travers cette philosophie racidique, cela nous permet à cela nous permet à nous hommes d'être perfect comme disait Rousseau et comme dit la tradition racidique et bien de pouvoir faire d'un homme un ange, il ne sera vraiment jamais un véritable ange.
9:07 En tout cas, il est en chemin pour faire de sa vie quelque chose de plus en plus angélique. Alors à très bientôt. Shalom. Shalom. [Musique]