L'histoire de Jérusalem, époque par époque
En bref. Cinq mille ans d'habitation, une trentaine de sièges, deux destructions totales — et sept régimes successifs qui ont chacun laissé quelque chose de visible aujourd'hui. Cette page suit le fil chronologique du cycle Jérusalem de Tour d'Israël, de l'âge du bronze aux Ottomans : ce qu'on sait, comment on le sait, et ce qui reste debout.
Ce n'est pas un résumé de manuel. Chaque époque est rattachée à ce qu'on peut aller voir — un mur, un tunnel, une mosaïque, une pierre de six cents tonnes.
Neuf émissions, présentées par Jérôme Haas.
18:28
Jérusalem : 3500 ans d’histoire en un voyage unique !
Découvrez Jérusalem comme vous ne l’avez jamais vue ! 🔥 Pourquoi cette ville, isolée des grandes routes antiques, est-elle devenue le cœur spirituel du monde ?…
Avant les rois : comment on date une pierre
Les premières traces d'habitation remontent à environ cinq mille ans, à l'époque chalcolithique — l'âge du cuivre. Elles se trouvent dans la cité de David, et ce sont des tessons de poterie.
La poterie est justement la principale source de datation, et pour une raison contre-intuitive : elle n'a aucune valeur. Personne ne recolle une fiole cassée. Elle reste où elle est tombée. Or son style change tous les cinquante à quatre-vingts ans. Un tesson est donc une horloge.
S'y ajoutent la stratigraphie — plus on creuse, plus on remonte le temps — la typologie, le carbone 14, et une méthode récente de l'université de Bristol : la datation par les acides gras résiduels dans les poteries, précise à dix ou vingt ans près.
Le nom de la ville, lui, apparaît avant la Bible. Des figurines d'exécration vieilles de quatre mille ans — qu'on brisait pour maudire un ennemi dont le nom y était inscrit — le mentionnent. Les lettres d'el-Amarna, écrites en akkadien et retrouvées en Mésopotamie, datées de 1350 avant notre ère, parlent d'un roi de Jérusalem, alors cité-État tributaire d'une puissance régionale. Et la stèle de Mérenptah, vers 1200 avant notre ère, porte la première mention connue du nom d'Israël — sans qu'on sache s'il désigne une ville, un État ou un peuple.
L'âge du fer et la période israélite, jusqu'à 586
18:19
Jérusalem l'age de fer, de bronze et periode israelite
Découvrez les vestiges de Jérusalem à l’âge de Bronze et à l’âge de Fer. Cette émission relatera les plus anciennes mentions de Jérusalem et les traces de…
C'est l'époque où Jérusalem cesse d'être un point sur une carte pour devenir une capitale.
En 1960, une archéologue met au jour dans la cité de David des murs cananéens, réutilisés par David puis étendus par Salomon. En 2005, Eilat Mazar découvre un palais monumental qu'elle attribue à David — daté par la poterie, par des bulles d'argile durcies dans l'incendie de la ville, et par le carbone 14. La stèle de Tel Dan, trouvée en 1993 dans le nord du pays, est le premier document extra-biblique mentionnant la « maison de David ».
Dans la zone G, la maison d'Ariel — une maison israélite à quatre pièces, sur deux étages, de 120 à 150 m² — a livré des toilettes en pierre. L'analyse des résidus y a trouvé des vers parasites. La conclusion est terrible et très concrète : à la toute fin de l'occupation, on mangeait la viande crue, parce que tout le bois disponible servait à fabriquer des armes de siège.
Deux ouvrages datent du siège assyrien de Sennachérib, en 701 : le tunnel de Siloé, creusé sous Ézéchias pour amener la source du Gihon à l'intérieur des murs, et le mur large — plus de sept mètres d'épaisseur, huit de haut — découvert en 1970 au cœur du quartier juif. Les chroniques assyriennes mentionnent ce mur : les Assyriens s'y sont arrêtés et n'ont pas pris la ville.
Enfin, dans la vallée de Hinnom, deux minuscules amulettes en forme de rouleaux, datées du VIIᵉ siècle avant notre ère, portent la bénédiction sacerdotale tirée des Nombres. C'est la plus ancienne mention biblique retrouvée sur un objet archéologique.
Les Babyloniens détruisent la ville et le Temple en 586.
« L'absence de preuve n'est pas une preuve d'absence. » — Jérôme Haas · 11:37
Perses et Hasmonéens, de 586 à 63
23:42
Cycle Jérusalem : La periode perse et hasmoneenne
Du retour d’exode de Babylone à la dynastie des Hasmonéens en passant par la construction du deuxième temple, vous saurez tout sur Jérusalem à la période perse et…
La ville renaît par décret. Le cylindre de Cyrus, conservé au British Museum, autorise le retour et la reconstruction. Le second Temple est achevé en 516, soixante-dix ans après la destruction du premier.
Deux siècles perses suivent — et n'ont presque rien laissé. Le seul marqueur sûr de la période à Jérusalem est un détail que personne n'invente : à la base d'une tour de la cité de David, un cimetière de chiens. L'inhumation de chiens n'est attestée qu'à l'époque perse.
Alexandre conquiert la région en 332. À sa mort, Séleucides et Ptolémées se disputent le pays. À la fin du IIᵉ siècle, Antiochus IV interdit la Torah, le shabbat et la circoncision, et dédie le Temple à Zeus : c'est la révolte des Maccabées, dont vient Hanouka.
La dynastie hasmonéenne règne près d'un siècle. Et l'ironie de la période tient dans ses tombeaux. Ceux qui combattent l'hellénisme s'hellénisent eux-mêmes : dans la vallée du Cédron, la tombe des Bnei Hezir est de style dorique, en distyle in antis, avec une frise en hébreu nommant les prêtres de la famille ; la tombe dite de Zacharie est un monolithe creusé d'un seul bloc, corniches grecques surmontées d'une pyramide égyptienne. Jérusalem est alors surnommée « Antioche », et un gymnase est bâti au pied du mont du Temple.
La dynastie s'achève sur une guerre de succession qui pousse ses protagonistes à faire appel à Rome. Pompée entre dans le pays en 63 avant notre ère.
Hérode : le Temple, et ce qu'il en reste
24:03
Jérusalem sous Rome : Hérode, le Temple et la guerre juive
Pendant plus de 700 ans, Rome a façonné l’histoire de Jérusalem. De l’arrivée de Pompée en 63 av. J.-C. à la destruction du Second Temple en 70, la Ville Sainte a…
Hérode accède au pouvoir en 37 avant notre ère et règne trente-trois ans. Il meurt vieux et de mort naturelle — ce qui, pour l'époque, est remarquable.
Son identité est un enchevêtrement : citoyen romain, de culture grecque, d'une famille iduméenne convertie sous les rois hasmonéens, de mère nabatéenne. Roi client de Rome, immensément riche, incapable de déclencher seul une guerre.
Il bâtit partout — le Tombeau des Patriarches à Hébron, Banias au nord, l'Hérodion au sud (où le professeur Ehud Netzer a découvert, au début des années 2000, ce qui est selon toute vraisemblance son mausolée), Massada, la piscine de Siloé. Mais son chantier est le mont du Temple.
Les chiffres donnent le vertige : une esplanade de 144 000 m², soit un huitième de la vieille ville actuelle, en trapèze — 488 mètres à l'ouest, 470 à l'est, 315 au nord, 280 au sud. Pour l'obtenir, il fait creuser la montagne au nord et construit l'espace au sud sur des arches et des voûtes. La structure est artificielle à 80 %. Il fait former mille prêtres aux métiers du bâtiment pour que le sanctuaire soit bâti par des mains autorisées.
Et ce qui subsiste n'est pas le Temple : c'est son mur de soutènement. Le Kotel est le mur occidental de la plateforme — retenu par la tradition parce que c'est celui des quatre qui se trouvait le plus près du Saint des Saints.
Sur ses 488 mètres, 57 seulement sont visibles à l'esplanade de prière. Sous les vingt et quelques assises apparentes, une trentaine de mètres de fondations hérodiennes descendent encore. Près de 400 mètres dorment sous le quartier musulman, sous des constructions mameloukes et des bâtiments des XIVᵉ et XVᵉ siècles. Les tunnels ouverts après 1967 permettent d'en longer une partie — on y traverse du romain, du byzantin, du croisé, du mamelouk, jusqu'à un bassin hasmonéen vieux de près de 2 200 ans.
Une pierre du parcours mesure 13 mètres de long, 3 de haut, 3,5 de profondeur, pour un poids estimé à 600 tonnes. Personne ne sait comment elle a été amenée.
Un dernier détail, sur le Saint des Saints : le grand prêtre n'y entrait qu'une fois l'an, attaché par des chaînes, pour qu'on puisse retirer son corps s'il y mourait. Personne d'autre n'avait le droit d'y pénétrer.
Rome : de la capitale déchue à Aelia Capitolina
19:51
Jérusalem sous Rome : De Hérode aux Byzantins, 700 ans d’Histoire
Pendant 700 ans, Jérusalem a été sous domination romaine, traversant conquêtes, révoltes et transformations majeures. De l’arrivée de Pompée en 63 av. J.-C. à la…
Sous les préfets romains, la capitale n'est plus Jérusalem mais Césarée maritime. Le préfet ne siège à la forteresse Antonia, au nord du mont du Temple, que pendant les grandes fêtes — d'où, selon la tradition, le jugement de Jésus à cet endroit, aujourd'hui première des quatorze stations du chemin de croix.
Deux maisons racontent la fin de cette Jérusalem. La maison brûlée, six mètres sous le niveau actuel du quartier juif, où l'on a retrouvé un mikvé, de la vaisselle en pierre — matériau insensible à l'impureté — et les vestiges d'un bras d'une personne morte lors de l'assaut romain de l'an 70. Et le musée Wohl, six maisons hérodiennes reliées entre elles, avec mikvaot, mosaïques, et une ménorah gravée au mur : l'une des rares représentations de la ménorah du Temple datant du début du Iᵉʳ siècle.
Ce qui suit est le point le plus important de l'épisode, et il va à l'encontre de l'idée reçue. Ce n'est pas 70 qui marque le grand exil. Après la destruction du Temple, la vie continue à Jérusalem ; ce qui change surtout, c'est que l'impôt est désormais versé directement à Rome.
La rupture vient soixante ans plus tard. Hadrien reconstruit la ville sous le nom d'Aelia Capitolina et veut un temple de Jupiter sur le mont du Temple. C'est le déclencheur de la révolte de Bar Kokhba, 132-135 — plusieurs centaines de milliers de morts, et l'exil.
De cette ville romaine restent le cardo occidental, vingt-deux mètres de large, de la porte de Damas au mont Sion ; trois arcs de triomphe, dont le troisième découvert par hasard à la fin du XIXᵉ siècle lors de la construction de l'église russe Alexandre Nevski ; et une inscription gravée sous la porte de Damas, où l'on lit encore les lettres de Colonia Aelia Capitolina.
Enfin, sous l'église du Rédempteur, les fouilles ont retrouvé le mur de la ville à l'époque de Jésus — établissant que le Golgotha, « le crâne » en araméen, se trouvait alors hors les murs. Les Romains y bâtissent un temple à Vénus et Jupiter. Les Byzantins le détruiront pour élever le Saint-Sépulcre.
Byzance : la ville devient chrétienne
15:30
Jérusalem byzantine : Quand la Ville Sainte devient chrétienne
Comment Jérusalem est-elle devenue une ville chrétienne sous l’Empire byzantin ? Après des siècles de domination romaine polythéiste, un tournant majeur s’opère…
L'édit de Milan, en 313, légalise une religion clandestine depuis trois siècles. Elle deviendra religion d'État peu après. L'émission le dit sans détour : le choix est politique.
Le Saint-Sépulcre est bâti au début des années 320 — l'émission donne 326 dans cet épisode, 324 dans le précédent, et la page ne tranche pas. Son plan enchaîne un atrium, la basilique dite martyrium, un second atrium, puis la Rotonde-Anastasis, lieu de la résurrection. Il s'ouvrait directement sur le cardo romain.
L'édifice actuel est trois fois plus petit que l'original. Détruit en 614 par les Perses, puis en 638, il est reconstruit par les croisés en 1149 en abandonnant les deux tiers de l'église primitive.
Et l'image la plus fidèle de cette Jérusalem-là ne vient pas de Jérusalem. C'est la carte de Madaba, une mosaïque de sol de quatorze mètres sur vingt-deux découverte à la fin du XIXᵉ siècle en Jordanie, lors de travaux dans une église orthodoxe. Écrite en grec, orientée est-ouest, elle porte au-dessus de la ville la mention « la sainte ville de Jérusalem ». On la date par les églises qu'elle représente — toutes bâties entre le IVᵉ et le VIᵉ siècle, toutes détruites au VIIᵉ. C'est elle qui a guidé les grandes fouilles de Jérusalem dans les années 1960 et 1970.
Pendant ce temps, la vie juive n'est plus à Jérusalem. Après Bar Kokhba, elle se déplace en Galilée et sur le Golan, avec plus de cent vingt synagogues — dont celle de Capharnaüm, la plus grande d'époque byzantine.
Détail qui fait sourire et dit tout : les premiers guides touristiques datent de cette période, pour accueillir les pèlerins.
638 : la conquête musulmane
21:55
La conquête musulmane de Jérusalem : Origines et conséquences
En 638, un événement majeur bouleverse Jérusalem : la conquête musulmane menée par le calife Omar. Ce tournant historique marque la fin de la domination byzantine…
L'épisode commence par une question rarement posée : comment quelques dizaines de milliers d'hommes ont-ils pu conquérir tout le Proche-Orient aussi vite ?
La réponse tient en trois épuisements. Des tremblements de terre ravageurs. Une épidémie de peste qui emporte l'équivalent d'un tiers de la population entre la fin du VIᵉ et le début du VIIᵉ siècle. Et une guerre de plus de vingt-cinq ans contre les Perses sassanides, au cours de laquelle Jérusalem est prise puis reprise, et à l'issue de laquelle les deux armées sont anéanties.
Le calife Omar prend en 638 une ville presque exclusivement chrétienne. Le pacte d'Omar y installe le statut de dhimmi : ni fuite ni conversion forcée, mais un impôt spécial, des vêtements distinctifs, l'interdiction du port d'armes et du cheval, celle de bâtir de nouvelles églises ou synagogues, celle de sonner les cloches. Ce régime de protection-soumission réglera les relations entre juifs, chrétiens et musulmans dans le monde arabo-musulman jusqu'au XXᵉ siècle.
Puis Jérusalem retombe. Omeyyades, Abbassides et Fatimides installent leurs capitales à Damas, Bagdad et au Caire. Après les Omeyyades, on n'y construit pratiquement plus rien.
Mais ce que les Omeyyades y ont bâti en une génération suffit. Le dôme du Rocher, daté de 692 et attribué à Abd al-Malik, est le plus vieux bâtiment du monde musulman, original à 80 %. Sa coupole a été recouverte de feuille d'or grâce à un financement jordanien en 1994. Et sa forme trahit ses bâtisseurs : octogonale, comme les églises marquant un sanctuaire — parce qu'elle a été réalisée par la main-d'œuvre chrétienne locale.
Sur ses murs, le nom du fondateur a été réécrit plus tard au profit d'un calife abbasside. Mais la date, elle, n'a pas été changée : elle le trahit d'un siècle.
La mosquée al-Aqsa est bâtie en 705 par al-Walid, fils d'Abd al-Malik. Elle n'est en revanche originale qu'à 5 % : quatre séismes l'ont détruite, l'édifice actuel est le cinquième. La raison est structurelle et remonte à Hérode — l'esplanade repose sur la roche en son centre, mais sur des remblais posés sur voûtes à son extrémité sud, précisément là où se trouve la mosquée.
Les croisades : deux siècles, et une décision fiscale
19:46
Jérusalem et les Croisades : 200 ans qui ont changé l’Histoire
Pendant 200 ans, Jérusalem a été au cœur des Croisades, un conflit entre l’Orient et l’Occident qui a marqué à jamais l’histoire du Moyen-Orient. Pourquoi les…
Tout part du concile de Clermont, en novembre 1095, et d'une décision : la pénitence accordée à qui fera le voyage de Jérusalem. C'est-à-dire le pardon des péchés, et le Paradis.
Avant la croisade officielle, une « croisade des paysans » menée par Pierre l'Ermite part sous la pression des famines. Elle commet les premiers pogroms de l'histoire européenne : plusieurs milliers de juifs assassinés, notamment à Mayence.
La première croisade part le 15 août 1096 et prend Jérusalem le 15 juillet 1099 — près de trois ans de chevauchée.
Godefroy de Bouillon refuse le titre de roi : Jésus ayant été nommé roi à Jérusalem, il se fait appeler avoué du Saint-Sépulcre. Il meurt moins d'un an plus tard, sans enfant.
Les croisés s'installent dans les lieux existants et les renomment. Al-Aqsa devient le palais royal, le templum Salomonis ; le dôme du Rocher devient une église, le templum Domini — les deux figurent sur leurs monnaies, une simple croix plantée sur le dôme. Puis Baudouin II déménage le palais dans la citadelle de David, l'ancienne forteresse d'Hérode, où l'on voit encore le glacis et le pont-levis d'époque. La mosquée laissée vide sur le mont du Temple est confiée à des moines chevaliers, qui prennent de ce lieu leur nom : les Templiers.
Et c'est là qu'intervient la décision la plus durable de toute cette histoire. Baudouin II augmente le péage à la porte de Damas et rend l'entrée gratuite par la porte de Jaffa.
Neuf cents ans plus tard, on entre toujours par Jaffa. Le sujet est développé sur la page des huit portes de Jérusalem.
L'empreinte croisée est encore lisible ailleurs : la salle de la Cène et ses chapiteaux corinthiens — voir le mont Sion ; l'église Sainte-Anne, du début du XIIᵉ siècle, transformée en madrassa par Saladin, ce qui l'a sauvée, aujourd'hui domaine français et meilleure acoustique de Jérusalem ; le Mouristan, emplacement du premier hôpital des croisés ; et les travaux de 1149 au Saint-Sépulcre, dont datent les trois chapelles ouest, le clocher et le parvis.
Le 4 juillet 1187, Saladin l'emporte. Le royaume se replie sur Saint-Jean-d'Acre — dont la prison écrira une autre page de l'histoire, sept siècles plus tard.
Les Mamelouks : bâtir pour transmettre
17:21
Jérusalem sous les Mamelouks : Histoire et héritage oublié
Jérusalem sous les Mamelouks a été marquée par une période de transformations profondes entre le XIVᵉ et le XVIᵉ siècle. Pourtant, cet héritage oublié reste peu…
Les Mamelouks sont une caste d'enfants esclaves, enlevés à des familles chrétiennes d'Europe orientale et d'Asie, élevés selon trois principes : fidélité absolue au sultan, formation comme élite de l'armée et de l'administration, et connaissance fine du Coran sans conversion — se convertir leur ferait perdre leur statut d'esclave, donc leur position.
En 1250, ils renversent le sultan d'Égypte. Ils règnent sur Jérusalem jusqu'en 1517.
Ils héritent d'une ville périphérique. Deux mécanismes vont pourtant la couvrir de monuments.
Le premier : Jérusalem sert de lieu d'exil aux puissants du Caire qu'on soupçonne de vouloir renverser le pouvoir. Exilés dorés, ils bâtissent.
Le second est plus retors, et c'est le meilleur détail de tout le cycle. La loi mamelouke interdit de léguer ses biens à ses proches. On contourne l'interdiction en créant une institution religieuse caritative — un waqf — à la tête de laquelle on nomme ses enfants, salariés dessus. Autrement dit : bâtir était la seule façon de transmettre. La densité de monuments mamelouks de Jérusalem est un effet de droit successoral.
Ce qu'ils laissent forme un vocabulaire encore lisible dans le quartier musulman : les machrabiya, ces balcons de bois qui permettent de voir sans être vu et de rafraîchir les aliments — d'où notre moucharabieh ; l'ablaq, ces assises de pierre alternées claires et sombres ; les mouqarnas, décors en nid d'abeille qui signalent une cour de justice, une mosquée, un lieu religieux. Et les sabils, fontaines destinées soit à désaltérer les passants, soit aux ablutions — l'émission les rattache au mikvé juif et au baptême chrétien, trois façons de se purifier par l'eau.
Les portes sont souvent vertes : la seule couleur mentionnée dans le Coran, symbole de vie et, pour un peuple du désert, de présence d'eau.
Les Ottomans : sortir des murs
14:39
Découvrez Jérusalem au Temps des Ottomans !
Dans cette chronique de Tour d’Israël, nous plongeons au cœur de Jérusalem sous l’Empire ottoman, une époque marquée par de grands bouleversements ! Elle marque la…
L'épisode se concentre sur la fin de la période, à partir du milieu du XIXᵉ siècle — le moment où Jérusalem cesse de tenir dans son kilomètre carré.
Deux forces l'y poussent.
La première est la philanthropie. Moses Montefiore fait sept voyages en Terre sainte et décide au quatrième de créer un quartier hors les murs, le quartier juif intra-muros étant surpeuplé et sanitairement catastrophique. Il faut près de six ans, et une épidémie, pour que des gens acceptent d'y habiter. Sa décision la plus importante n'est pas le logement : c'est le moulin, pour que les juifs de Jérusalem cessent de vivre de la charité envoyée d'Europe. L'histoire complète est sur la page sortir des murailles.
La seconde est le déclin financier de l'Empire, qui ouvre la région aux Européens. Anglais, Prussiens, Allemands, Italiens, Russes achètent des terrains et bâtissent — écoles, hôpitaux, hostelleries de pèlerinage, églises — avec une double motivation, missionnaire et géopolitique : prendre le relais d'un empire qu'on sait condamné.
L'hôpital Saint-Louis est inauguré en 1886, à l'emplacement où Tancrède fit le siège de la ville en 1099. L'hospice Notre-Dame, quatre cents chambres, capacité de mille six cents pèlerins, vingt ans de travaux, est inauguré en 1904 — et c'est pour y accéder que les Français obtiennent le percement de la Nouvelle Porte. Sa statue de Marie, portant Jésus très haut au-dessus de ses épaules, répond à une rivalité de hauteur avec l'église russe de la Trinité, bâtie à la même époque.
L'hôpital italien (1912-1919) est l'œuvre d'Antonio Barluzzi, principal architecte italien de la région, qui s'inspire du Palazzo Vecchio de Florence et de la mairie de Sienne. Cinquante familles italiennes l'ont financé et ont leur emblème sur les fenêtres.
Le détail qu'on n'oublie pas concerne le complexe russe. Racheté par l'État d'Israël en 1964 pour 4,5 millions de dollars — dont 75 % réglés en livraisons d'oranges, étalées sur plusieurs années. Ce qui dit assez le poids des agrumes dans l'économie israélienne jusqu'au début des années 1970.
Enfin, la gare, inaugurée en 1892, met Jérusalem à six heures de Jaffa au lieu de douze. Elle apporte de l'eau en cas de sécheresse, des vivres — et surtout de l'acier, ce qui permet pour la première fois de construire sur plusieurs étages et d'ajouter des balcons. Abandonnée à la fin des années 1990, elle est aujourd'hui un lieu d'expositions, de commerces et de cafés.
Pour aller plus loin
- Jérusalem antique : ce que les fouilles ont révélé — la méthode archéologique et ce qu'elle établit, en détail
- Les huit portes de Jérusalem : pourquoi on entre par Jaffa
- Le mont Sion : la salle de la Cène sauvée par le tombeau du roi David
- La Tour de David : la forteresse d'Hérode qu'on a rebaptisée pour l'oublier
- Les synagogues du quartier juif : la Hurva et les quatre séfarades
- Sortir des murailles : comment Jérusalem s'est étendue, en 1860
- Que visiter en Israël : 21 sites racontés par les guides de Tandem TV
Cette page est écrite à partir des transcriptions des émissions. Les transcriptions sont automatiques et déforment beaucoup les noms propres hébreux et arabes : chaque nom, date et chiffre repris ici a été retenu seulement lorsqu'il était lisible sans ambiguïté, et les passages douteux ont été écartés plutôt que devinés. Deux points sont restés indécidables et ne sont donc pas tranchés : l'année de construction du Saint-Sépulcre, donnée à 324 dans un épisode et 326 dans le suivant, et la durée totale de la période mamelouke, dont le total annoncé ne correspond pas aux bornes citées — ce sont les bornes qui sont reprises ici.
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