Jérusalem antique : ce que les fouilles ont révélé
En bref. Les premières traces d'habitation à Jérusalem remontent à environ 5 000 ans. Le nom de la ville apparaît sur des objets égyptiens quatre fois millénaires, bien avant le premier texte biblique qui la mentionne. La cité de David, au sud des remparts actuels, est le site archéologique le plus fouillé au monde — les explorations s'y succèdent depuis 1838. Cette page rassemble ce que Jérôme Haas a exposé à l'antenne de Tandem TV dans sa série Tour d'Israël consacrée à Jérusalem.
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Aux origines de Jérusalem : fouilles et révélations archéologiques | Tour d’Israël
Dans cet épisode de Tour d’Israël, Jérôme Haas nous entraîne dans un véritable voyage à travers les origines de Jérusalem, depuis les premières traces humaines…
Comment on date une pierre
Avant les découvertes, la méthode — parce qu'elle explique pourquoi les dates qui suivent tiennent debout.
La poterie est la principale source de datation, et pour une raison contre-intuitive : elle n'a aucune valeur. Un bijou se transmet, se refond, se déplace ; une fiole à huile cassée, personne ne la recolle. Elle reste où elle est tombée. Or le style des poteries — la couleur, la taille, la largeur des anses — change tous les cinquante à quatre-vingts ans. Un tesson devient donc une horloge.
Deux techniques classiques s'y ajoutent. La stratigraphie lit les couches : plus on creuse, plus on remonte le temps. La typologie compare un objet à d'autres dont la date est établie, quand les couches ne peuvent pas être isolées.
À quoi s'ajoutent aujourd'hui le carbone 14, et une méthode récente mise au point à l'université de Bristol : la datation par les acides gras laissés dans les poteries, précise à dix ou vingt ans près.
Le nom de Jérusalem, avant la Bible
Les textes d'exécration. Des figurines vieilles d'environ quatre mille ans, sur lesquelles on inscrivait le nom d'un ennemi avant de les briser — une malédiction par le geste. Plusieurs portent le nom de Jérusalem. C'est la plus ancienne mention connue de la ville, et elle est extérieure à la Bible.
Les lettres d'Amarna, vers 1350 avant notre ère. Retrouvées en Égypte, rédigées en akkadien, elles mentionnent le roi de Jérusalem — une cité-État autonome qui paie tribut à la grande puissance régionale et l'appelle à l'aide quand elle est attaquée.
La stèle de Merneptah, XIIIᵉ siècle avant notre ère. Ce pharaon, fils de Ramsès II, y fait graver la première mention connue du nom d'Israël — sans préciser s'il s'agit d'une ville, d'un peuple ou d'une tribu.
Dans la Bible, la ville apparaît d'abord sous le nom de Salem, dans la Genèse, lors de la rencontre d'Abraham et du roi-prêtre Melchisédek. Il faut attendre le livre de Josué, à la conquête de Canaan, pour lire le nom de Jérusalem.
La cité de David
C'est là que tout se concentre. Le site a été fouillé sans interruption depuis 1838, et Jérôme Haas le décrit comme le plus fouillé au monde.
Les murailles cananéennes. En 1960, l'archéologue britannique Kathleen Kenyon met au jour des murs antérieurs à la conquête de la ville par David. Ces murs cananéens seront réutilisés par David, puis étendus par Salomon lorsqu'il bâtit le premier Temple.
La stèle de Tel Dan, découverte en 1993 dans le nord-est d'Israël, datée du IXᵉ-VIIIᵉ siècle avant notre ère. Elle est capitale : c'est le premier objet extérieur à la Bible qui mentionne la « maison de David ». Un roi de la région y raconte avoir tué un souverain se réclamant de cette lignée.
La portée du texte est débattue, et il faut le dire. L'archéologue Israël Finkelstein conteste l'importance historique des règnes de David et de Salomon tels que la Bible les décrit. La stèle ne prouve pas l'existence de David ; elle établit que moins de deux siècles après la date qu'on lui attribue, une dynastie régionale se disait sa descendante. C'est autre chose, et c'est déjà beaucoup.
Le palais. En 2005, l'archéologue Eilat Mazar dégage les vestiges d'un bâtiment colossal — des murs de plus de trente mètres de long, six de large, trois d'épaisseur. Elle l'attribue au roi David. La datation croise trois sources indépendantes : la poterie, les bulles (ces cachets d'argile durcis par l'incendie de la ville) et le carbone 14 sur des restes organiques.
La maison d'Ariel, dans la zone G, ainsi nommée parce que ce nom y a été trouvé gravé. Une maison israélite typique dite « à quatre pièces », sur deux étages, de 120 à 150 m² — la demeure d'un notable, au pied du palais.
Elle a livré un détail qui vaut tous les récits. Les résidus retrouvés dans ses latrines de pierre montrent que la viande y était consommée crue à la fin de son occupation. Non par goût : il n'y avait plus de bois pour faire du feu. Tout avait été réquisitionné pour construire des engins de siège.
Le règne d'Ézéchias, ou l'archéologie qui recoupe les textes
Le tunnel de Siloé, découvert en 1838. Creusé à l'intérieur de la cité de David pour détourner la source du Guihon et amener l'eau à l'abri des murailles. Une inscription y racontait sa construction, que l'Ancien Testament confirme, et le contexte le date précisément : le siège assyrien de Sennachérib, en 701 avant notre ère.
Le « mur large », découvert en 1970 par Nahman Avigad, au cœur du quartier juif : sept mètres d'épaisseur, huit de haut. Ézéchias l'a fait bâtir pour préparer la ville au siège.
C'est le cas le plus solide de toute cette histoire, parce que trois sources indépendantes disent la même chose : la trace archéologique, le récit biblique, et les chroniques assyriennes — qui décrivent le siège et ce mur devant lequel l'armée s'est arrêtée. Les Assyriens détruiront le royaume du Nord ; Jérusalem tiendra.
Les deux amulettes de Ketef Hinnom
La découverte que Jérôme Haas tient pour la plus importante de la période du premier Temple. Deux minuscules amulettes d'argent, mises au jour dans la vallée de Hinnom par l'archéologue Gabriel Barkay, datées du VIIᵉ siècle avant notre ère. Une petite ouverture au sommet permettait d'y passer un lien : on les portait au cou.
Elles portent gravés des extraits du Deutéronome et du livre des Nombres — la bénédiction sacerdotale :
Que l'Éternel te bénisse et te garde. Que l'Éternel fasse briller sa face sur toi et t'accorde sa grâce. Que l'Éternel tourne sa face vers toi et te donne la paix.
C'est le plus ancien objet archéologique connu portant un texte biblique. Il précède de plusieurs siècles les manuscrits de la mer Morte.
Ce qu'on n'a pas trouvé
Aucune trace du Temple de Salomon. La seule description dont on dispose est celle de la Bible.
Jérôme Haas ne s'en cache pas et propose la formule qui s'impose en archéologie : l'absence de preuve n'est pas une preuve d'absence. Le premier Temple a été détruit en 586 avant notre ère ; un second a été bâti au même endroit au retour de Babylone, puis considérablement agrandi par Hérode. Sur un site trois fois rebâti, l'absence de vestiges du premier état n'a rien d'étonnant.
Cela reste une absence, et une page honnête doit l'écrire.
Pour aller plus loin
La série se poursuit avec le retour de Babylone, la période perse, et le Jérusalem d'Hérode le Grand — celui dont les pierres se voient encore aujourd'hui.
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Cette page reprend ce qui a été exposé à l'antenne de Tandem TV par Jérôme Haas, dans la série Tour d'Israël consacrée à Jérusalem. Les noms des archéologues et les dates ont été rétablis à partir du contexte : la transcription automatique des vidéos les rend souvent de façon approximative.