Jérusalem antique : ce que les fouilles ont révélé

Le nom de Jérusalem est écrit sur des objets égyptiens vieux de quatre mille ans — soit bien avant le premier texte biblique qui la mentionne. Ceux qui l'ont gravé n'étaient pas des admirateurs : ils inscrivaient le nom de la ville sur des figurines qu'ils brisaient ensuite, pour la maudire.

Le chantier de fouilles de la cité de David, à Jérusalem
Les fouilles du parking Givati, dans la cité de David. Photo : Hanay, CC BY-SA 3.0 — via Wikimedia Commons

C'est ainsi qu'on entre dans l'archéologie de Jérusalem. Par les ennemis.

Comment on date une pierre

Avant les découvertes, la méthode — parce qu'elle explique pourquoi les dates qui suivent tiennent debout.

La poterie est la principale source de datation, et pour une raison qui prend à contre-pied : elle n'a aucune valeur. Un bijou se transmet, se refond, se déplace. Une fiole à huile cassée, personne ne la recolle ; elle reste où elle est tombée. Or le style des poteries — la couleur, la taille, la largeur des anses — change tous les cinquante à quatre-vingts ans. Un tesson devient donc une horloge, et une horloge que personne n'a eu intérêt à emporter.

Deux techniques classiques s'y ajoutent. La stratigraphie lit les couches : plus on creuse, plus on remonte le temps. La typologie compare un objet à d'autres déjà datés, quand les couches ne peuvent pas être isolées.

À quoi s'ajoutent aujourd'hui le carbone 14, et une méthode récente mise au point à l'université de Bristol : la datation par les acides gras laissés dans les poteries, précise à dix ou vingt ans près.

Le nom de la ville, avant la Bible

Les textes d'exécration, donc. Des figurines vieilles d'environ quatre mille ans, sur lesquelles on inscrivait le nom d'un ennemi avant de les briser — une malédiction par le geste. Plusieurs portent le nom de Jérusalem, et c'est la plus ancienne mention connue de la ville.

Viennent ensuite les lettres d'Amarna, vers 1350 avant notre ère. Retrouvées en Égypte, rédigées en akkadien, elles mentionnent le roi de Jérusalem — une cité-État autonome qui paie tribut à la grande puissance régionale et l'appelle à l'aide quand elle est attaquée. On y entend, pour la première fois, la voix administrative d'une ville qui existe.

Puis la stèle de Merneptah, treizième siècle avant notre ère. Ce pharaon, fils de Ramsès II, y fait graver la première mention connue du nom d'Israël — sans préciser s'il s'agit d'une ville, d'un peuple ou d'une tribu, ce qui alimente les débats depuis.

Dans la Bible, la ville apparaît d'abord sous le nom de Salem, dans la Genèse, lors de la rencontre d'Abraham et du roi-prêtre Melchisédek. Il faut attendre le livre de Josué, à la conquête de Canaan, pour lire le nom de Jérusalem.

La cité de David

C'est là que tout se concentre. Le site est fouillé sans interruption depuis 1838, ce qui en fait, selon Jérôme Haas, le plus fouillé au monde.

En 1960, l'archéologue britannique Kathleen Kenyon met au jour des murs antérieurs à la conquête de la ville par David. Ces murailles cananéennes seront réutilisées par David, puis étendues par Salomon lorsqu'il bâtit le premier Temple : on construit rarement à neuf quand un mur tient encore.

La stèle de Tel Dan, découverte en 1993 dans le nord-est du pays et datée des neuvième et huitième siècles avant notre ère, est capitale : c'est le premier objet extérieur à la Bible qui mentionne la « maison de David ». Un roi de la région y raconte avoir tué un souverain se réclamant de cette lignée.

Sa portée est débattue, et il faut le dire. L'archéologue Israël Finkelstein conteste l'importance historique des règnes de David et de Salomon tels que la Bible les décrit. La stèle ne prouve pas l'existence de David. Elle établit que moins de deux siècles après la date qu'on lui attribue, une dynastie régionale se disait sa descendante. C'est autre chose — et c'est déjà beaucoup.

En 2005, Eilat Mazar dégage les vestiges d'un bâtiment colossal, des murs de plus de trente mètres de long. Elle l'attribue au roi David. La datation croise trois sources indépendantes : la poterie, les bulles — ces cachets d'argile durcis par l'incendie de la ville — et le carbone 14 sur des restes organiques.

La maison d'Ariel

Au pied de ce palais, dans la zone G, se trouve une maison israélite typique, dite « à quatre pièces », sur deux étages, de 120 à 150 mètres carrés. La demeure d'un notable. On l'appelle la maison d'Ariel parce que ce nom y a été trouvé gravé.

Elle a livré un détail qui vaut tous les récits de siège.

Les résidus retrouvés dans ses latrines de pierre montrent que la viande y était consommée crue à la fin de son occupation. Non par goût, ni par rite : il n'y avait plus de bois pour faire du feu. Tout avait été réquisitionné pour construire des engins de siège.

On mesure d'un coup ce que veut dire « ville assiégée » — non pas des remparts et des cris, mais un notable qui mange sa viande froide parce que le bois de sa cuisine est parti dans une catapulte.

Ézéchias, ou l'archéologie qui recoupe les textes

Le tunnel de Siloé a été découvert en 1838. Creusé à l'intérieur de la cité de David pour détourner la source du Guihon et amener l'eau à l'abri des murailles, il portait une inscription racontant sa construction — que l'Ancien Testament confirme. Le contexte le date précisément : le siège assyrien de Sennachérib, en 701 avant notre ère.

Le « mur large » a été découvert en 1970 par Nahman Avigad, au cœur du quartier juif : sept mètres d'épaisseur, huit de haut. Ézéchias l'a fait bâtir pour préparer la ville au siège.

C'est le cas le plus solide de toute cette histoire, parce que trois sources indépendantes disent la même chose : la trace archéologique, le récit biblique, et les chroniques assyriennes — qui décrivent le siège et ce mur devant lequel l'armée s'est arrêtée. Les Assyriens détruiront le royaume du Nord. Jérusalem tiendra.

Les deux amulettes de Ketef Hinnom

C'est la découverte que Jérôme Haas tient pour la plus importante de toute la période du premier Temple, et elle tient dans une main.

Deux minuscules amulettes d'argent, mises au jour dans la vallée de Hinnom par l'archéologue Gabriel Barkay, datées du septième siècle avant notre ère. Une petite ouverture au sommet permettait d'y passer un lien : on les portait au cou.

Elles portent gravés des extraits du Deutéronome et du livre des Nombres — la bénédiction sacerdotale :

Que l'Éternel te bénisse et te garde. Que l'Éternel fasse briller sa face sur toi et t'accorde sa grâce. Que l'Éternel tourne sa face vers toi et te donne la paix.

C'est le plus ancien objet archéologique connu portant un texte biblique. Il précède de plusieurs siècles les manuscrits de la mer Morte. Et c'est un objet du quotidien, porté par quelqu'un dont on ne saura jamais rien.

Ce qu'on n'a pas trouvé

Il faut le dire aussi, et clairement : on n'a aucune trace du Temple de Salomon. La seule description dont on dispose est celle de la Bible.

Jérôme Haas ne s'en cache pas, et propose la formule qui s'impose en archéologie : l'absence de preuve n'est pas une preuve d'absence. Le premier Temple a été détruit en 586 avant notre ère ; un second a été bâti au même endroit au retour de Babylone, puis considérablement agrandi par Hérode. Sur un site trois fois rebâti, l'absence de vestiges du premier état n'a rien d'étonnant.

Cela reste une absence. Et une page honnête doit l'écrire.

Pour aller plus loin

La série se poursuit avec le retour de Babylone, la période perse, et la Jérusalem d'Hérode le Grand — celle dont les pierres se voient encore aujourd'hui.

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Ces émissions parlent de ce sujet — repérées dans leur transcription, pas choisies au hasard.