Le mont Sion : la salle de la Cène sauvée par le tombeau du roi David

Le lieu où le christianisme situe la Cène n'a pas été détruit par les musulmans. Il a été transformé en mosquée — on y voit encore des inscriptions coraniques sur les vitraux et un mihrab orienté vers La Mecque.

Le mont Sion, à Jérusalem
Le mont Sion, hors les murs de la vieille ville. Photo : אושרה דיין, CC BY 2.5 — via Wikimedia Commons

La raison de cette clémence n'est pas dans la salle. Elle est en dessous : le tombeau que la tradition attribue au roi David, prophète pour l'islam aussi. Le lieu fondateur de l'eucharistie doit sa survie à ce qu'il y avait sous son plancher.

Une colline mise dehors par erreur

On atteint le mont Sion en quelques pas depuis la porte de Sion. Et pourtant il est hors les murs.

Il ne l'a pas toujours été. À l'époque du Premier comme du Second Temple, il faisait partie intégrante de Jérusalem. Il n'est à l'extérieur que depuis quatre cent cinquante ans environ, à cause du tracé retenu par Soliman le Magnifique au seizième siècle.

La tradition rapporte que le sultan, découvrant que ses architectes avaient laissé le mont Sion dehors, les aurait fait assassiner. On ne sait pas si c'est vrai. On sait en revanche que l'erreur, elle, est bien là — et qu'elle dure depuis quatre siècles et demi.

L'abbaye de la Dormition

Elle a été bâtie il y a environ un siècle, dans des circonstances qui méritent d'être racontées : l'empereur allemand Guillaume II, protestant, a acheté le terrain et l'a donné à des catholiques. Ce sont des bénédictins qui en ont la charge.

L'édifice reprend le style des églises des cinquième et sixième siècles, et occupe l'emplacement d'une grande église du cinquième, détruite et reconstruite plusieurs fois.

Deux événements y sont commémorés. La Dormition de la Vierge, d'abord — un épisode qui vient d'un texte apocryphe, non reconnu dans le canon chrétien, selon lequel Marie ne serait pas morte mais endormie pour toujours ; la crypte abrite un tombeau symbolique. La Pentecôte ensuite, descente du Saint-Esprit sur les douze apôtres.

Deux mémoires, à cent mètres l'une de l'autre

Le cimetière protestant du mont Sion abrite la tombe d'Oskar Schindler. Elle est régulièrement fleurie, en particulier à l'anniversaire de sa mort, par les descendants des mille deux cents juifs qu'il a sauvés. Ils sont aujourd'hui plusieurs milliers.

Un peu plus loin se trouve la chambre de l'Holocauste, un très petit musée qui a une particularité que peu de gens connaissent : c'est le premier mémorial de la Shoah réalisé en Israël, avant Yad Vashem. Il se visite toujours.

La salle de la Cène

Première chose à savoir en y entrant : ce n'est pas le bâtiment d'origine. L'architecture qu'on voit est celle des croisés, soit une reconstruction près de mille ans après les événements qu'elle commémore. Le seul objet moderne ajouté à l'intérieur est un olivier, symbole de paix.

Deux détails valent qu'on lève les yeux, tous deux sculptés par les croisés. Un agneau au-dessus d'une lampe — l'agneau pascal, et le Christ. Et, en hauteur sur un pilier, trois oiseaux : une mère pélican nourrissant ses petits, image du sacrifice.

Puis viennent les musulmans, et l'histoire prend son tour inattendu. Ils ne détruisent rien. Ils convertissent la salle en mosquée, et y laissent leur marque : des versets coraniques sur les vitraux, une signature du sultan Soliman le Magnifique, un mihrab tourné vers La Mecque.

Pourquoi cet égard ? Parce que la salle est bâtie juste au-dessus du tombeau du roi David, que l'islam vénère sous le nom de Nabi Daoud. L'escalier intérieur qui reliait les deux niveaux a été bouché ; on descend aujourd'hui par l'extérieur, en faisant le tour.

Le tombeau du roi David

Il est ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, et divisé en section hommes et section femmes.

C'est un cénotaphe — un tombeau vide. La sépulture supposée se trouve quelques mètres plus bas.

Son importance dans la pratique israélienne contemporaine tient à une parenthèse de dix-neuf ans. Entre 1948 et 1967, la vieille ville étant jordanienne, le Kotel a été inaccessible. Le lieu le plus saint où les juifs pouvaient encore se rendre, c'était ce tombeau. Deux décennies d'habitude ne se défont pas : même après 1967, il n'a jamais retrouvé son rang de site secondaire.

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