Le mont Sion : la salle de la Cène sauvée par le tombeau du roi David
En bref. Le lieu fondateur de l'eucharistie chrétienne n'a pas été détruit par les musulmans : il a été transformé en mosquée. On y voit encore des inscriptions coraniques et un mihrab orienté vers La Mecque. La raison de cette survie n'est pas dans la salle — elle est en dessous : le tombeau que la tradition attribue au roi David, prophète pour l'islam également. Le mont Sion, c'est cet empilement-là, sur quelques dizaines de mètres.
Cette page reprend la visite guidée diffusée dans Guide en Tandem sur Tandem TV.
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LE MONT SION : GUIDE EN TANDEM
Retour de votre émission Guide en Tandem avec Jérôme Haas qui vous fait découvrir cette fois le Mont Sion. De l'Eglise de la Dormition au Tombeau du Roi David en…
Une colline mise dehors par erreur
On y accède en quelques mètres depuis la porte de Sion. Et pourtant le mont Sion est hors les murs.
Il ne l'a pas toujours été. Il faisait partie intégrante de Jérusalem à l'époque du Premier comme du Second Temple. Il n'est à l'extérieur que depuis environ quatre cent cinquante ans, à cause du tracé des fortifications de Soliman le Magnifique au XVIᵉ siècle.
La tradition rapporte que le sultan, découvrant que ses architectes avaient laissé le mont Sion dehors, les aurait fait assassiner.
L'abbaye de la Dormition
Bâtie il y a environ cent ans, dans des circonstances qui méritent d'être dites : l'empereur allemand Guillaume II, protestant, a acheté le terrain et l'a donné à des catholiques. Ce sont des bénédictins qui en ont la charge.
Elle reprend le style des églises des Vᵉ et VIᵉ siècles, et occupe l'emplacement d'une grande église bâtie au Vᵉ siècle, détruite et reconstruite plusieurs fois.
Deux événements y sont commémorés. La Dormition de la Vierge — issue d'un texte apocryphe, non reconnu dans le canon chrétien, selon lequel Marie ne serait pas morte mais endormie pour toujours ; la crypte abrite un tombeau symbolique. Et la Pentecôte, descente du Saint-Esprit sur les douze apôtres.
Deux mémoires, à cent mètres l'une de l'autre
Au cimetière protestant du mont Sion se trouve la tombe d'Oskar Schindler. Elle est régulièrement fleurie, notamment à l'anniversaire de sa mort, par les descendants des mille deux cents juifs qu'il a sauvés.
Et un peu plus loin, la chambre de l'Holocauste : un tout petit musée, qui est le premier mémorial de la Shoah réalisé en Israël — avant Yad Vashem. Il se visite toujours.
La salle de la Cène
Première chose à savoir : ce n'est pas le bâtiment d'origine. L'architecture visible est celle des croisés, soit une reconstruction presque mille ans après les événements qu'elle commémore. Le seul objet moderne ajouté à l'intérieur est un olivier, symbole de paix.
Deux détails sculptés par les croisés méritent qu'on lève les yeux. Un agneau au-dessus d'une lampe — l'agneau pascal, et le Christ. Et, en hauteur sur un pilier, trois oiseaux : une mère pélican nourrissant ses petits, symbole du sacrifice.
Puis viennent les musulmans. Ils ne détruisent pas la salle : ils la transforment en mosquée. On voit encore aujourd'hui des inscriptions coraniques sur les vitraux, une signature du sultan Soliman le Magnifique, et un mihrab orienté vers La Mecque.
Pourquoi cette clémence ? Parce que la salle est bâtie juste au-dessus du tombeau du roi David, prophète pour l'islam sous le nom de Nabi Daoud. L'escalier intérieur qui reliait les deux niveaux a été bouché ; on descend aujourd'hui par l'extérieur.
Autrement dit : le lieu de la Cène a survécu grâce à ce qu'il y avait sous son plancher.
Le tombeau du roi David
Il est ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, et divisé en section hommes et section femmes.
C'est un cénotaphe — un tombeau vide. La sépulture supposée se trouve quelques mètres plus bas.
Son importance dans la pratique israélienne contemporaine tient à une parenthèse de dix-neuf ans. Entre 1948 et 1967, la vieille ville étant jordanienne, le Kotel a été inaccessible. Le lieu le plus saint où les juifs pouvaient encore se rendre, c'était ce tombeau. Ces dix-neuf ans l'ont installé dans les habitudes, et il ne les a plus quittées.
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