La prison de Saint-Jean-d'Acre : l'évasion qui a précipité le départ des Britanniques
En bref. Une prison ottomane bâtie à la fin du XIXᵉ siècle sur un monticule dont personne ne savait qu'il recouvrait une forteresse croisée. Sous mandat britannique, elle devient la principale prison du pays ; Jabotinsky et Itzhak Shamir y sont détenus. Un dimanche de mai 1947, à 16 h 22, le mur sud explose. Avec l'attentat du King David l'année précédente, cette évasion est ce qui pousse Londres à porter le dossier palestinien devant l'ONU.
Cette page reprend la visite guidée diffusée dans Guide en Tandem sur Tandem TV.
20:40
LA PRISON DE ST-JEAN-D'ACRE : GUIDE EN TANDEM
𝗟𝗮 𝗽𝗿𝗶𝘀𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝗦𝘁-𝗝𝗲𝗮𝗻-𝗗'𝗔𝗰𝗿𝗲 Jérôme Haas est de retour sur Tandem 2.0 avec ses anecdotes et ses connaissances fascinantes de l'histoire d'Israël…
Une prison construite sur une forteresse oubliée
La vieille ville de Saint-Jean-d'Acre est entourée par la mer sur trois côtés. Elle est deux fois inscrite au patrimoine mondial : pour ses murs ottomans de vingt mètres d'épaisseur, et pour ses vestiges des Templiers et des Hospitaliers, vieux de neuf cents ans.
La prison fait partie d'un ensemble ottoman de la fin du XIXᵉ siècle qui comprenait aussi un conseil municipal et une caserne. Il a été bâti sur une butte — sans que personne sache que la butte était en réalité la forteresse des Hospitaliers, ensevelie. On ne la redécouvrira qu'aux fouilles des années 1930 et 1940.
Ce détail d'urbanisme aura, quelques décennies plus tard, une conséquence inattendue.
Un prisonnier venu de Perse
Avant les combattants juifs, la prison retient un homme dont le nom n'apparaît dans aucun manuel d'histoire d'Israël : le fondateur de la foi bahá'íe, transféré depuis la Perse, détenu deux ans et demi, puis placé en résidence surveillée à Saint-Jean-d'Acre, où il meurt.
C'est de sa cellule, en voyant le mont Carmel à l'horizon, qu'il demande le transfert des cendres de son prédécesseur. Les célèbres jardins suspendus de Haïfa sortent de cette demande.
Jabotinsky, Shamir, et les trois organisations
Sous mandat britannique, la prison devient la principale du pays. Dès les années 1920, les tensions entre communautés donnent lieu à des arrestations en nombre.
Zeev Jabotinsky y est enfermé après les émeutes de Jérusalem de 1921 — son héritier politique sera Menahem Begin. Itzhak Shamir, futur Premier ministre, y passe aussi.
L'émission rappelle les ordres de grandeur des trois organisations clandestines : environ cinquante mille combattants pour la Haganah, environ cinq mille pour l'Irgoun, le Lehi étant le plus petit et le plus radical.
16 h 22
L'opération devait avoir lieu en avril ; pour des raisons de calendrier, elle est reportée à mai.
Le plan prévoyait quarante et une évasions — non par ambition, mais par arithmétique : c'était le nombre de caches disponibles à l'extérieur, pour environ cent soixante détenus juifs.
Du TNT est introduit dans des bidons d'huile à double fond. Une trentaine d'hommes, en uniformes britanniques, avec des véhicules militaires achetés pour l'occasion, se présentent. C'est un dimanche, il fait beau, et la plupart des soldats de garde sont en promenade.
À 16 h 22, le mur sud explose.
Suivent des courses-poursuites, des arrestations, plusieurs morts. Au final, vingt-sept juifs — dont certains attendaient la pendaison — parviennent à s'enfuir, et environ deux cents Arabes en profitent.
En représailles, deux soldats britanniques sont pendus à un arbre à Netanya, avec une bombe placée sous l'arbre pour tuer ceux qui viendraient récupérer les corps.
Six mois plus tard, le 29 novembre 1947, le plan de partage est voté.
Trois points de suspension
Dans la salle de la pendaison, le début de la Hatikva est gravé sur le mur — suivi de trois points de suspension.
L'explication tient en une phrase : les condamnés avaient le temps de commencer leur hymne, pas de le finir.
Le tunnel qui ne menait nulle part
Dans la cellule 28, un tunnel d'évasion inachevé.
Le commandant de la prison, féru d'histoire, aurait su qu'on creusait — et aurait laissé faire. Il savait ce qu'il y avait sous la prison : la forteresse des Hospitaliers, ensevelie. Les prisonniers auraient débouché dedans, et n'en seraient jamais sortis.
Et l'homme qui a fourni les plans
L'émission cite une révélation récente du Guardian : un ingénieur juif d'origine russe, employé par les Britanniques, avait transmis à l'Irgoun les plans de la prison — bâtie comme un labyrinthe, elle était impraticable sans eux.
Il ne l'a jamais dit. Il l'a avoué à ses enfants, plus de soixante-dix ans après, pour une raison très prosaïque : citoyen britannique, il craignait de perdre sa pension de retraite s'il reconnaissait avoir travaillé contre les Britanniques.
Y voir aussi
La vieille ville d'Acre se visite dans la foulée : la forteresse des Hospitaliers, un complexe de plus de quatre mille mètres carrés resté enfoui plusieurs siècles ; la mosquée al-Jazzar ; les khans ottomans ; et un tunnel de cent cinquante mètres du XIIIᵉ siècle reliant le port royal à la forteresse des Templiers, découvert par hasard dans les années 1990.
Sur le même sujet
- Que visiter en Israël : 21 sites racontés par les guides de Tandem TV
- Les vagues d'alya, de 1882 à 1939 : qui est venu, et pourquoi
- Beit Shean : la ville romaine dont on connaît le dernier jour
Cette page est écrite à partir de la transcription de l'émission. Les transcriptions sont automatiques et déforment beaucoup les noms propres : chaque nom, date et chiffre repris ici a été retenu seulement lorsqu'il était lisible sans ambiguïté. Une précision là-dessus : l'émission date l'évasion du 5 mai 1947 et précise que c'était un dimanche. Les deux ne peuvent pas être vrais — en 1947, le 5 mai tombait un lundi. Le jour de la semaine est retenu ici, parce qu'il explique l'opération ; la date exacte ne l'est pas.
Tandem TV est une chaîne de télévision francophone basée en Israël, diffusée sur le canal 14 du bouquet Annatel TV et sur Internet.