La prison de Saint-Jean-d'Acre : l'évasion qui a précipité le départ des Britanniques
Dans la salle où l'on pendait, le début de la Hatikva est gravé sur le mur. Suivi de trois points de suspension.
L'explication tient en une phrase, et elle glace : les condamnés avaient le temps de commencer leur hymne, pas de le finir.
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LA PRISON DE ST-JEAN-D'ACRE : GUIDE EN TANDEM
𝗟𝗮 𝗽𝗿𝗶𝘀𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝗦𝘁-𝗝𝗲𝗮𝗻-𝗗'𝗔𝗰𝗿𝗲 Jérôme Haas est de retour sur Tandem 2.0 avec ses anecdotes et ses connaissances fascinantes de l'histoire d'Israël…
Une prison bâtie sur une forteresse oubliée
La vieille ville de Saint-Jean-d'Acre est entourée par la mer sur trois côtés. Elle est deux fois inscrite au patrimoine mondial : pour ses murs ottomans de vingt mètres d'épaisseur, et pour ses vestiges des Templiers et des Hospitaliers, vieux de neuf cents ans.
La prison appartient à un ensemble ottoman de la fin du dix-neuvième siècle, qui comprenait aussi un conseil municipal et une caserne. On l'a bâti sur une butte — sans que personne sache que la butte était en réalité la forteresse des Hospitaliers, ensevelie. Elle ne sera redécouverte qu'aux fouilles des années 1930 et 1940.
Ce détail d'urbanisme, apparemment anodin, aura quelques décennies plus tard une conséquence que personne n'avait prévue.
Un prisonnier venu de Perse
Avant les combattants juifs, la prison a retenu un homme dont le nom n'apparaît dans aucun manuel d'histoire d'Israël : le fondateur de la foi bahá'íe, transféré depuis la Perse, détenu deux ans et demi, puis placé en résidence surveillée à Saint-Jean-d'Acre, où il est mort.
C'est de sa cellule, en voyant le mont Carmel à l'horizon, qu'il a demandé le transfert des cendres de son prédécesseur. Les jardins suspendus de Haïfa, que photographient aujourd'hui tous les visiteurs de la ville, sortent de cette demande faite depuis une fenêtre de prison.
Jabotinsky, Shamir, et trois organisations
Sous mandat britannique, la prison devient la principale du pays. Dès les années 1920, les tensions entre communautés donnent lieu à des arrestations en nombre.
Zeev Jabotinsky y est enfermé après les émeutes de Jérusalem de 1921 — son héritier politique sera Menahem Begin. Itzhak Shamir, futur Premier ministre, y passe aussi.
Les ordres de grandeur des trois organisations clandestines éclairent la période : environ cinquante mille combattants pour la Haganah, environ cinq mille pour l'Irgoun, le Lehi étant le plus petit et le plus radical.
16 h 22
L'opération devait avoir lieu en avril. Pour des raisons de calendrier, elle est reportée à mai.
Le plan prévoyait quarante et une évasions. Le chiffre n'a rien d'une ambition : c'était le nombre de caches disponibles à l'extérieur, pour environ cent soixante détenus juifs. On ne fait pas sortir plus d'hommes qu'on ne peut en cacher.
Du TNT est introduit dans des bidons d'huile à double fond. Une trentaine d'hommes en uniformes britanniques, avec des véhicules militaires achetés pour l'occasion, se présentent. C'est un dimanche, il fait beau, et la plupart des soldats de garde sont en promenade.
À 16 h 22, le mur sud explose.
Suivent des courses-poursuites, des arrestations, plusieurs morts. Au final, vingt-sept juifs — dont certains attendaient la pendaison — parviennent à s'enfuir, et environ deux cents Arabes en profitent.
Les représailles sont immédiates : deux soldats britanniques sont pendus à un arbre à Netanya, avec une bombe placée sous l'arbre pour tuer ceux qui viendraient récupérer les corps.
Six mois plus tard, le 29 novembre 1947, le plan de partage est voté.
Le tunnel qui ne menait nulle part
Dans la cellule 28, un tunnel d'évasion inachevé.
Le commandant de la prison, féru d'histoire, aurait su qu'on creusait — et aurait laissé faire. Car il savait ce qu'il y avait sous la prison : la forteresse des Hospitaliers, ensevelie. Les prisonniers auraient débouché dedans, et n'en seraient jamais sortis.
C'est une cruauté d'érudit : laisser des hommes creuser pendant des mois vers une impasse, en connaissance de cause.
L'homme qui a fourni les plans
Une révélation récente du Guardian a ajouté un dernier personnage à cette histoire. Un ingénieur juif d'origine russe, employé par les Britanniques, avait transmis à l'Irgoun les plans de la prison — bâtie comme un labyrinthe, elle était impraticable sans eux.
Il ne l'a jamais dit. Il l'a avoué à ses enfants, plus de soixante-dix ans après, pour une raison magnifiquement prosaïque : citoyen britannique, il craignait de perdre sa pension de retraite s'il reconnaissait avoir travaillé contre les Britanniques.
Ce qu'on voit aussi à Acre
La vieille ville se visite dans la foulée. La forteresse des Hospitaliers, d'abord — un complexe de plus de quatre mille mètres carrés, avec des salles de plus de huit mètres sous plafond, resté enfoui plusieurs siècles, ce qui explique son état. La mosquée al-Jazzar. Les khans ottomans. Et un tunnel de cent cinquante mètres du treizième siècle, reliant le port royal à la forteresse des Templiers, découvert par hasard dans les années 1990.
À Acre, tout ce qui compte est sous terre.
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