Beit Shean : la ville romaine dont on connaît le dernier jour
La plupart des villes antiques se datent à un siècle près, et leur mort se raconte au conditionnel : elles ont décliné, dit-on, elles se sont vidées. Beit Shean, elle, s'est arrêtée un mardi.
Le 18 janvier 749, un tremblement de terre couche ses colonnes. On le sait au jour près parce que sous ces colonnes, les archéologues ont retrouvé des pièces de monnaie frappées quelques années plus tôt. Les pièces étaient là quand la ville est tombée dessus. Et personne ne l'a relevée — ce qui explique qu'on puisse aujourd'hui s'y promener entre des colonnes encore debout.
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BEIT SHEAN : GUIDE EN TANDEM
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Un carrefour et de l'eau
Beit Shean se trouve à une quarantaine de kilomètres au sud de Tibériade, exactement au croisement de deux vallées : celle du Jourdain, qui court du nord au sud, et celle de Jezréel, qui va d'est en ouest. Autrement dit, à l'intersection des grandes routes commerciales.
L'eau vient du mont Guilboa, cinq cents mètres d'altitude, fait d'un calcaire si dur que la pluie ne s'y arrête pas : elle s'infiltre et ressort en sources tout autour du massif.
Un carrefour et de l'eau. Il n'en faut pas davantage pour expliquer cinq mille ans d'occupation continue, et dix-huit civilisations superposées.
Les Égyptiens, puis la Bible
Deux stèles égyptiennes ont été retrouvées sur place : l'une de Thoutmôsis III, l'autre de Séthi Iᵉʳ, père de Ramsès II. Celle de Séthi nomme Beit Shean explicitement, ce qui est rare — les inscriptions royales égyptiennes citent peu les villes qu'elles traversent. Ce sont des fac-similés qu'on voit sur le site ; les originaux sont au musée d'Israël, à Jérusalem.
Sous domination égyptienne, ce sont les Cananéens qui habitent la ville. Ils y élèvent un vaste centre administratif, transformé plus tard en temple. Et chaque civilisation suivante réutilisera le même emplacement, au sommet de la colline, comme si la place était réservée.
Le lieu est promis à la tribu de Manassé, qui ne parvient pas à s'en emparer. Le Tanakh raconte que le roi Saül et trois de ses fils y furent tués, et que les Philistins placèrent sa tête sur les remparts. David reprendra la ville en les chassant, et Salomon y bâtira.
La ville de la nourrice de Dionysos
Après la conquête d'Alexandre, en 332, une partie de son armée s'installe et refonde la ville. Elle lui donne un nom double, Nysa-Scythopolis, dont la première moitié cache une jolie histoire.
Nysa était la nourrice de Dionysos, dieu du vin. Selon la légende que rapporte Pline l'Ancien, c'est Dionysos lui-même qui aurait fondé la ville, à l'endroit exact où sa nourrice était enterrée. Des statues du dieu ont été retrouvées sur place — les fondateurs y croyaient assez pour les payer.
Ce que les Romains ont laissé
À l'époque romaine, Beit Shean compte quarante à cinquante mille habitants. Les Romains y restent près de six cents ans et construisent pour durer, en partie parce qu'il fallait bien occuper l'armée.
Les bains font 8 500 mètres carrés — parmi les plus grands de tout l'Empire — et pouvaient accueillir trois mille personnes. On y suit encore le parcours complet : la salle de chauffe, puis la salle chaude, la tempérée, la froide. Le théâtre comptait six mille places réparties sur trois niveaux, dont seul le premier a survécu. L'amphithéâtre en comptait sept mille ; c'est l'un des quatre d'Israël. À l'époque byzantine, les combats de gladiateurs y cessent — mal vus dans les valeurs chrétiennes — mais on garde la structure pour y organiser des compétitions sportives.
Derrière les bains, une grande vasque surmontée d'une croix rouge a probablement été convertie en baptistère quand les Romains sont devenus chrétiens.
Et les latrines publiques sont conservées, avec leur usage. La grande classe, à l'époque, consistait à envoyer d'abord ses esclaves s'y asseoir. Pour chauffer le marbre.
Ce qui est venu après
À la fin du douzième siècle, les croisés installent une forteresse sur le site, en visibilité directe avec deux autres — celle du mont Thabor, près de Nazareth, et celle de la vallée du Jourdain. Trois points, un système de signaux : c'était l'alarme incendie du Moyen Âge.
Puis, en 1905, le sultan ottoman Abdülhamid II lance un chemin de fer reliant la Turquie à La Mecque, avec une dérivation commerciale qui traverse le pays d'est en ouest. Les trains à vapeur devaient s'arrêter tous les sept à huit kilomètres pour se ravitailler — et les kibboutzim et moshavim de la deuxième alya se sont installés le long de ces arrêts, pour y vendre du lait et des melons. Il fallait alors plus de deux heures pour parcourir les soixante kilomètres jusqu'au port.
La ligne s'arrête dans les années 1950. Elle rouvre dans les années 1990 à la demande de la Jordanie : les accords de paix de 1994 prévoyaient qu'Israël lui livre de l'eau et remette cette voie en service, la Jordanie n'ayant pas d'accès à la Méditerranée. Elle sert aujourd'hui surtout au fret, la nuit.
Y aller
Beit Shean est l'un des deux postes frontières avec la Jordanie, et compte environ dix-huit mille habitants.
Quinze à vingt pour cent du site seulement ont été fouillés, faute de budget — ce qui laisse quatre-vingts pour cent d'une ville romaine sous les pieds des visiteurs. Un spectacle son et lumière est proposé au printemps et en été, sur réservation : une heure de promenade dans les ruines éclairées.