Les synagogues du quartier juif de Jérusalem : la Hurva et les quatre séfarades
Deux ensembles à cinq minutes de marche l'un de l'autre, et deux façons opposées d'avoir traversé les siècles. Les quatre synagogues séfarades sont enterrées sous le niveau de la rue. La Hurva, elle, porte un nom qui veut dire « destruction » — et ce nom lui vient d'une dette.
Toutes ont été fermées ou rasées à un moment de leur histoire. Toutes ont rouvert. Cinquante-neuf autres synagogues de la vieille ville n'ont pas eu cette chance.
Les quatre synagogues séfarades
15:55
GUIDE EN TANDEM : LES 4 SYNAGOGUES SEPHARADES
Comme à son habitude, Jérôme Haas vous fait découvrir ou redécouvrir les plus beaux endroits de la terre d'Israël. Comme souvent il s'arrête à Jérusalem, et cette…
Pourquoi elles sont sous la rue
Le complexe se trouve dans la partie la plus au sud du quartier juif, entre les remparts et la Hurva. On n'y monte pas : on y descend.
La raison est administrative avant d'être spirituelle. Sous les Ottomans, une synagogue ne devait pas dépasser en hauteur les maisons voisines. Pour gagner du volume sans gagner de hauteur, il ne restait qu'à creuser. Le guide y ajoute une lecture plus haute, et l'on veut bien la suivre : l'écho du psaume 130, du fond du gouffre je fais appel à toi.
La plus ancienne des quatre date du début du dix-septième siècle et honore le sage Yohanan ben Zakaï, à l'endroit où la tradition dit qu'il priait. Elle possède deux arches saintes au lieu d'une — l'une pour les rouleaux de la Torah, l'autre pour les livres qu'on ne sort qu'aux grandes occasions. Près d'une fenêtre, une étagère porte un chofar et une jarre à huile que la tradition rattache au Second Temple ; les originaux ayant disparu, ce sont des copies.
La deuxième, Eliahou Hanavi, doit son nom à une nuit du milieu du dix-huitième siècle. À Yom Kippour, neuf juifs manquaient de quorum. Un vieillard inconnu est entré, a passé toute la fête avec eux — puis a disparu.
La troisième était une cour intérieure à ciel ouvert, où l'on célébrait Souccot. On n'a pu la couvrir que dans les années 1830, à la faveur de la domination égyptienne qui libéralisa le statut des juifs et des chrétiens.
La quatrième, dite Istanbuli, date du dix-huitième siècle et servait aux juifs turcs. Son arche sainte vient de Livourne : elle a été récupérée dans des synagogues italiennes qui fermaient. Elle accueille aujourd'hui les communautés espagnoles et portugaises.
Le complexe a été restauré et rouvert après 1967, et David Ben Gourion en a inauguré la réouverture.
Les clés
C'est l'histoire que tout le monde retient, et elle tient en deux dates.
En 1948, un commandant refuse de remettre symboliquement à l'ennemi les clés de la synagogue Istanbuli. Il les cache dans une niche du mur, puis se rend.
En juin 1967, après la guerre des Six Jours, ce commandant — désormais à la retraite — revient dans la synagogue et regarde dans la niche.
Les clés y étaient toujours.
La synagogue de la Hurva
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LA SYNAGOGUE DE LA HURVA : GUIDE EN TANDEM
La synagogue de la Hurva, « la synagogue de la ruine », aussi connue sous le nom de Hourvat Rabbi Yehouda he-Hassid, est située dans le quartier juif de la vieille…
Un nom de dette
Hourva veut dire destruction, et le bâtiment actuel est la cinquième synagogue élevée au même endroit en sept cents ans.
Un rabbin arrivé de Pologne avec quatre à cinq cents étudiants voulait reconstruire. Il meurt six jours après son arrivée ; ses élèves reprennent la mission. Faute d'argent, ils empruntent aux Ottomans à des taux très élevés. Ils ne peuvent pas rembourser. Une vingtaine d'années plus tard, la synagogue est détruite.
Et la dette leur survit. Pendant près d'un siècle, les Ottomans continuent de réclamer l'argent — et interdisent aux juifs ashkénazes d'entrer à Jérusalem. Certains s'y rendaient déguisés en séfarades, en se teignant la peau. On mesure mal, aujourd'hui, ce que représentait un emprunt impayé au dix-huitième siècle.
La reconstruction, et l'hommage à la reine Victoria
En 1816 arrivent les disciples du Gaon de Vilna, convaincus que l'année hébraïque 5600 — 1840 — marquerait la venue du Messie.
L'autorisation de construire est obtenue vers 1850, et une synagogue est bâtie en 1854 grâce à des fonds Rothschild. En 1901, on y rend un grand hommage à la reine Victoria ; le grand rabbin séfarade y est intronisé ; le haut-commissaire britannique Herbert Samuel y lit la haftara. Pour un bâtiment né d'une faillite, c'est une revanche.
Son dôme blanc répond aux deux autres dômes de Jérusalem, celui du Rocher et celui du Saint-Sépulcre. Un par monothéisme.
1948, et 2010
La Hurva est détruite en 1948 par la Légion jordanienne. Elle n'est pas seule : cinquante-neuf synagogues disparaissent pendant les dix-neuf ans d'occupation jordanienne de la vieille ville.
Elle a été reconstruite quasiment à l'identique, d'après des photographies et des dessins du début du vingtième siècle, et réinaugurée en 2010. La salle de prière fait environ quinze mètres sur quatorze ; l'arche sainte, treize mètres de haut, peut contenir cinquante rouleaux de Torah ; le bâtiment culmine à vingt-quatre mètres.
Le toit panoramique s'atteint par deux escaliers en colimaçon en fer forgé, trois personnes à la fois. La vue y est à trois cent soixante degrés : le quartier juif, le mont du Temple, le mont des Oliviers, Jérusalem-Ouest.
Et sous le bâtiment, les sous-sols livrent trois mille ans en couches successives — Premier Temple, romain, byzantin, bains de purification, colonnes du Cardo, traces d'un complexe de production du quatorzième siècle. Plus une cache d'armes du mandat britannique, avec plusieurs pistolets encore dedans.
Le minaret
Collé à la synagogue se dresse un minaret, et son histoire vaut le détour.
À la suite d'une dispute communautaire, un membre de la communauté juive s'est converti à l'islam, a acheté la parcelle voisine, et y a fait bâtir une mosquée avec son minaret.
La mosquée n'est plus active depuis longtemps. Le minaret, lui, est toujours là — vengeance figée dans la pierre, qu'on aperçoit désormais dans le champ de toutes les photographies de la Hurva.
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