La Tour de David : la forteresse d'Hérode qu'on a rebaptisée pour l'oublier

Le bâtiment n'a rien de David. C'est une forteresse d'Hérode le Grand, et les Byzantins qui l'ont rebaptisée le savaient parfaitement : ils savaient aussi que David avait vécu plus au sud, dans la cité qui porte son nom. Le nom n'est donc pas une erreur. C'est une décision — honorer David, et effacer Hérode.

La citadelle de Jérusalem, dite tour de David, et son minaret
La citadelle domine la porte de Jaffa ; son minaret ottoman lui a donné sa silhouette. Photo : Juandev, CC BY-SA 3.0 — via Wikimedia Commons

Elle a plutôt bien fonctionné : deux mille ans plus tard, personne n'appelle l'endroit autrement.

Trois tours, trois dédicaces

Hérode règne de −37 à −4. Il élève ici une forteresse à trois grandes tours, dédiées respectivement à son frère, à son meilleur ami et à sa femme.

Leur base est faite des mêmes énormes blocs de calcaire que le Kotel, taillés avec la même marge périphérique et posés avec le même léger décalage. C'est une signature de chantier : on reconnaît la main, comme on reconnaît une écriture. L'une de ces tours, dit-on, dépassait en hauteur le phare d'Alexandrie — l'une des sept merveilles du monde.

La femme à qui l'une d'elles est dédiée s'appelait Mariamne. Petite-fille des derniers rois hasmonéens, Hérode l'avait épousée pour se donner la légitimité qui lui manquait. Sa sœur Salomé l'accusa de comploter ; il la fit assassiner, comme il avait déjà fait tuer plusieurs de ses fils.

Flavius Josèphe, qui le décrit pourtant comme éperdument amoureux d'elle, rapporte qu'il conserva ensuite son corps dans un bain de miel, le reste de sa vie. On ne sait pas quoi faire de cette phrase, et c'est peut-être ce qui la rend inoubliable.

De la révolte à la caserne

Tout est détruit lors de la révolte juive commencée en 66 et achevée quatre ans plus tard par la destruction du Second Temple. Le site reste en ruines des décennies avant que les Romains n'en refassent une forteresse de garnison.

C'est à l'époque byzantine qu'apparaît le nom de tour de David. Et ce nom-là va tenir plus longtemps que tous les régimes qui vont se succéder dans ses murs.

Comment les Templiers sont nés ici

Les croisés s'installent d'abord sur le mont du Temple : al-Aqsa devient palais royal, le Dôme du Rocher devient une église.

Puis un roi de Jérusalem, s'estimant trop loin de son peuple, quitte le mont du Temple pour la citadelle. Il cède al-Aqsa à des moines chevaliers. Ceux-ci, résidant désormais sur le Temple, en prennent le nom : les Templiers. L'ordre le plus mythifié du Moyen Âge doit son nom à un déménagement.

Le même roi fait creuser les douves et bâtir un glacis — ce mur incliné à quarante-cinq degrés qui renforce la structure, empêche l'assaillant d'approcher au pied du rempart et offre aux défenseurs un meilleur angle de tir. On le voit encore, avec le pont-levis.

Après les croisés, les musulmans ajoutent une mosquée et un minaret. Puis plus rien ne change pendant sept cents ans : c'est un camp militaire avec garnison, et rien d'autre.

En 1948, Jérusalem est partagée et les Jordaniens en font une ligne de front fortifiée. Cela dure dix-neuf ans. Les fouilles ne commenceront qu'après 1967 — soit deux millénaires pendant lesquels personne n'a jamais eu le loisir de creuser.

Pourquoi tout le monde entre par la porte de Jaffa

La citadelle se dresse juste à l'intérieur de la porte de Jaffa, aujourd'hui la plus fréquentée de Jérusalem. Ce n'était pas elle historiquement : c'était la porte de Damas, au nord, sur le seul côté plat et le plus facile d'accès.

Le renversement date du Moyen Âge, et il est purement financier. Les croisés instaurent un péage plus élevé à la porte de Damas. Les gens se détournent vers Jaffa malgré le chemin plus difficile — et ne sont jamais revenus. Le sujet est développé sur la page des huit portes de Jérusalem.

Le mouvement s'est accentué tout seul. Le centre commercial Mamilla, ouvert il y a une vingtaine d'années, compte plus de 140 boutiques, 1 400 places de parking, 60 places d'autobus et jusqu'à vingt mille visiteurs par jour en été. Il débouche exactement là.

Le musée aujourd'hui

Une dizaine de salles retracent trois mille ans d'histoire de Jérusalem. La particularité du lieu, c'est qu'il n'est pas bâti sur des pièces archéologiques mais sur des cartes, des croquis, des dessins et des hologrammes — ce qui en fait un passage quasi obligé des écoles, et une bonne première visite pour qui débarque dans la ville sans repères.

Le spectacle son et lumière a lieu une à deux fois par soir et dure quarante-cinq minutes. Les images sont projetées directement sur les remparts et les ruines : le bâtiment sert d'écran à sa propre histoire.

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Ces émissions parlent de ce sujet — repérées dans leur transcription, pas choisies au hasard.