0:15 Ce que j'ai vu à Aushfitz, les cahiers d'Alter, c'est le livre de Roger Fine Zilbert concernant la vie de son père, déporté dans plusieurs camps en France, puis déporté à Auschwitz où il va être affecté au crématorium avant d'être affecté aux Commando de Birkena jusqu'à l'évacuation du camp au cours d'une marche de la mort d'où il va réussir à s'échapper.
0:37 Un livre incroyable, une histoire de vie bouleversante. Merci d'être avec nous pour en parler sur Tandem TV. Alors, ma première question. Pourquoi avez-vous décidé de publier ce livre, de faire sortir cette histoire familiale de la sphère familiale pour la faire connaître du grand public ? Alors, je veux d'abord dire que ce livre n'est pas un roman, ce n'est pas une œuvre de fiction, c'est avant tout la transmission du témoignage que mon père a écrit euh dès la libération, euh en gros entre septembre 45 et le printemps 46. Et ce témoignage est resté enfermé dans une boîte à chaussures pendant des années et des années.
1:22 Alors, il faut qu'on parle de cette histoire incroyable. la boîte à chaussures qui a été chez vous que vous avez vu et ces carnets puisque c'est ce livre c'est la reproduction de quatre carnets qui ont été écrits juste après la guerre. Il y a une histoire incroyable à propos de ça. Oui, c'est une histoire en soi si vous voulez au-delà de du contenu de ce qu'il de ce que ces cahiers transmettent. Le fait qu'il soit resté enfermé dans dans ses boîtes est quelque chose d'incroyable et qui moi m'a révolté pendant longtemps parce que je n'ai pas compris pourquoi alors que mon père avait témoigné une première fois auprès de la commission polonaise à Cracovie dès avril 45 c'est-à-dire avant la avant le 8 mai 45 puis auprès d'une commission hongroise puis quand il est revenu en France auprès de la Commission française officielle chargée d'instruire les crimes de guerre.
2:25 Tout d'un coup, lui qui avait le souhait de s'exprimer, de témoigner, tout d'un coup, on ne lui donne plus la parole. Et donc ces carnets par dép sont restés enfermés dans cette boîte à chaussures parce qu'il n'a pas pu les faire parvenir là où ils il aurait aimé qu'il parviennent, c'est-à-dire en particulier la commission polonaise.
2:50 Et moi, je n'ai pas compris pourquoi je je ne savais pas ce que contenaient les carnets. Alors, j'allais vous demander, vous saviez qu'il y avait cette boîte à chaussures avec des écrits de votre père ? Je savais qu'il y avait une boîte à chaussures. Je savais qu'il y avait des choses que mon père avait écrites. Mon père ne m'a jamais parlé directement, même si je savais que lui, comme ma maman avait été déportée l'un et l'autre à Aushwitz et que une bonne partie de notre famille avait été exterminée.
3:20 Mais le contenu précis de la boîte, je ne savais pas de quoi elle était composée. Je ne savais pas dans quelle langue les documents étaient écrits et je constatais qu'on n'y touchait plus, que par dépit mon père a considéré que malheureusement l'utilisation ne pouvait pas se faire ne se ferait pas et cela jusqu'à je dirais au moins les années 85 à laquelle il a été invité par les historiens du musée d'chwitz pour les rencontrer, pour parler avec eux.
3:57 Il est resté plusieurs semaines à Auschwitz et a fait le tour du camp avec avec eux de de ce qui restait comme trace pour expliquer comment les choses se passaient, comment fonctionnaient les crématoires, la chambre à gaz et et tout ce qui allait autour. Et puis mon père est mort en 87, ma mère est décédée en 91 et moi pendant tout ce temps, je n'ai encore une fois pas osé ouvrir cette boîte. Euh je ne savais pas s'il fallait que je le fasse. Mon père ne l'avait plus ouverte. Et puis en même temps, pour vous dire franchement euh j'avais aussi peur de ce que j'allais trouver dans cette boîte.
4:40 Je ne savais pas quel autre secret ils allaient révéler sur tout ce qu'il avait subi, tout ce qu'il avait dû endurer, tout ce qu'il avait côtoyé pendant son incarcération à Auschwitz. Et donc pendant des années, c'est vrai que moi-même je n'ai pas eu euh la force de me décider à le faire. Et puis il a fallu qu'un qu'une somme d'événements se produise et notamment un un petit événement particulier. Je dis petit événement parce qu'en soit il il n'est pas il n'est pas essentiel mais il a été le déclencheur. J'étais directeur général de l'O-là, l'œuvre de secours aux enfants.
5:25 Et vous savez que l'usé avait accueilli en 1945 la moitié des enfants orphelins enfermés à Bouchenwald et que les alliés que les Américains avaient trouvés dans le camp et dont ils ne savaient pas quoi faire parce que ces orphelins qui avaient entre 7 ans et 15 ans ne voulaient pas rentrer en Pologne ou en Hongrie.
5:47 Et pendant plusieurs semaines, les alliés ont hésité sur ce qu'il fallait faire avec ses enfants et et la France a accepté d'en accueillir la moitié. d'en accueillir la moitié et un beau jour et il y a un train avec 426 enfants orphelins parmi lesquels des noms que vous connaissez Elizel le nom du de celui qui allait devenir le grand rabin d'Israël Meilleurlot et Busin et un certain nombre d'autres arrivent dans un village de Normandie dans un château qui a été réquisitionné par le gouvernement français mis à disposition de l'osé pour que l'osée s'occupe de l'éducation de ses enfants et les survivants de ces de ceux-là qui étaient restés en France, certains avaient immigré en Israël, avaient faire leur alliat, d'autres étaient partis aux États-Unis mais ceux qui étaient restés en France se retrouvaient tous les lundis matins au siège de l'osé et moi je les rencontrais et je parlais avec eux en français enich euh tel ou tel me parlait de Lodge, la ville d'où était originaire ma mère par exemple Et tous ces enfants sont invités en avril 2005 par les autorités allemande à se rendre à Bourenwald pour commémorer le 60e anniversaire de la libération du camp.
7:13 Donc c'est autour de cette cérémonie que vous avez un déclic qui va provoquer Oui. Absolument l'édition de ce livre. Absolument parce que ces survivants me demandent ainsi qu'au président de l'usé de les accompagner ce que nous faisons bien volontiers et le soir il se déroule une cérémonie qui rassemble tous les anciens déportés de Bourchenwald qui étaient qui avaient été rassemblés venant de tous les pays du monde d'Ukraine, de Russie, de Pologne, d'Allemagne, de France, d'Israël et et beaucoup d'autres.
7:46 Les autorités prennent la parole pour expliquer le sens de la commémoration. Donne la parole à Yorg Samprun qui à ce moment-là était non seulement ministre espagnol mais aussi le président de l'Association internationale des déportés de Bourrenwald. Et Yorg Simpronun dans une dans un élan littéraire fort exprime un message que l'on retrouve désormais très présent dans nos réflexions.
8:15 Il dit "Bientôt nous ne serons plus là, bientôt il n'y aura plus de survivant, bientôt nous ne serons plus là pour transmettre cette histoire. Qui à ce moment-là racontera ?" Et à ce moment-là, il y a un des membres de la délégation française qui ne support ne supportant pas l'idée que ça puisse se produire ainsi se lève, se dresse dans cette salle où il y avait plus 2000 personnes à peu près en hurlant euh "Nous serons toujours vivants, euh nous serons toujours là."
8:45 Et alors, vous imaginez l'effroid dans cette salle de cet incident ? Au fond, ils avaient raison l'un et l'autre. Et moi ça m'a marqué si vous voulez, ça m'a voilà, ça a été un élément et je suis rentré chez moi où j'habitais et quelques jours après, j'étais à mon bureau, je réfléchis à à ce moment très intense et je me dis mais au fond, j'ai j'ai cette boîte depuis des années des années auqu à laquelle je n'ai pas touché.
9:16 Il faut que voilà, il faut que je me décide à l'ouvrir. Mes enfants grandissaient, on faisait face à l'expression du négationnisme qui remettait en cause la réalité de de des d'chis, des chambres à gaz et cetera. Et donc à ce moment-là, je me décide à défaire la ficelle qui nouait cette boîte toute simple et je trouve des cahets.
9:41 Alors, on va en parler dans le détail. Quatre carnets écrits en polonais donc juste après la guerre. Euh ce qui est incroyable dans la publication de ces carnets, d'ailleurs dans le livre, c'est très particulier parce que il y a des photos de ces carnets et ensuite on a le texte en français et en dessous le texte en polonais.
10:00 Du coup, pour ceux qui ont ont du mal à lire les les carnets, qui ont un peu vieilli et qui sont de de l'écriture manuscrite de votre père, mais au-delà d'une histoire comme on en connaît de déporté qui peuvent raconter leur vie en déportation, il faut souligner les fonctions entre guillemets que qu'ont occuper votre père au sein des camps puisqu'il fait partie des très rares survivants qui ont travaillé à la fois au crématorium et dans les under commando.
10:29 Oui. Alors, je dois dire et je vous remercie de de le signaler que l'éditeur a fait un choix éditorial formidable, à savoir que ça n'est pas seulement un livre. Il a été conçu comme un document et comme un document à transmettre. C'est-à-dire qui que l'édition reprend l'intégralité de toutes les pages du des cahiers de mon père qui sont reproduites sur le côté gauche et sur le côté droit.
10:55 Il y a effectivement le texte en polonais réécrit de manière compréhensible. et puis au-dessus la traduction en français et et ça si vous voulez ça en fait un document qui est transmissible non seulement au grand public mais aux personnes s'intéressant à cette histoire de de la Shoah des undercando aux historiens. Bref, c'est un un document qui est utilisable désormais par beaucoup de monde. La particularité, si vous voulez de qu'à mon père par rapport à à un certain nombre d'autres déporté et de déporté y compris du commodo, c'est qu'il il est à la fois un homme qui a été déporté dans le premier convoi de France le 27 mars 42.
11:39 Je vous rappelle en 120 déportés à peine 30 qui survivent en 45. Mais ça veut dire qu'il arrive à Auschwitz un moment où Aushwitz n'est pas encore le camp d'extermination qu'il deviendra. Auschwitz n'est pas encore Aushwitz Birkenao. Le camp de concentration n'est pas encore le camp d'extermination. Alors on va quand même rappeler parce que pas forcément tout le monde le sait ce que c'était les under commando. Oui. Que c'était une fonction très particulière. Alors, c'est un élément particulièrement important à préciser parce que le terme zonder commando en soi ne veut pas dire grand-chose.
12:20 C'est même un terme un peu incompréhensible et et général commando spécial. Mais spécial de quoi ? On on ne sait pas. En plus, c'est un terme qui est utilisé par les Allemands pour je dirais parler de différents commandau qui notamment pour la plupart étaient des commandtaires polonais et ukrainiens qui s'étaient mis au service des nazis pour les accompagner dans leur destruction du peuple juif en Ukraine notamment toute la séquence de la Shoah par balle.
12:56 On pense auans Groupen. On passe on pense au Groupen. Tout à fait. Et donc ce terme Zonder Commando était utilisé euh pour eux, était utilisé pour d'autres mais était utilisé à Auschwitz Birkeno dans je dirais une signification bien particulière à savoir que cela concernait des déportés juifs pour l'essentiel qui avait été obligé de travailler dans cette unité sans pouvoir, je dirais euh y échapper.
13:30 si ça n'était par la mort et leur fonction était terrible. Elle elle était de sortir les cadavres des chambres à gaz, de leur enlever ce qui restait éventuellement encore d'objets de valeur, notamment les dents en or ou les dents en métal et pour les femmes de les raser parce que Aushitz Birkenau, contrairement à d'autres camps de mise à mort, les femmes n'étaient pas rasées avant mais après et tout cela était enregistré, rentrer dans ce que les Allemands appelaient de ce que les déportés plus exactement appelaient le Canada, c'est-à-dire les grands entrepôts où les les Allemands, les nazis, j'irais entreposer tout ce qui pouvait leur servir.
14:16 Euh et une fois que cette tâche avait été faite, et bien il s'agissait de faire disparaître les corps. Donc dans un premier temps de les incinérer dans des fausses communes, de les brûler, de les recouvrir de chaud vives pour qu'il ne reste pas de trace et puis ensuite avec la l'industrialisation de cette machine de mise à mort, la construction de ces fours crématoires pour brûler les corps et ensuite sortir les cendres et les évacuer de les disperser tout autour du camp et surtout les jeter dans les deux rivières qui passaient à côté de d'Auschevis et notamment la viscule.
15:00 Alors, il y a des descriptions qui sont incroyable et effroyable. Euh d'abord la manière dont les déportés sont recrutés pour intégrer ces under commando. Votre père qui se fait piéger par quelqu'un à qui on propose un travail à 200 km dans une usine et qui bien sûr va accepter pour échapper à cet enfer et se retrouve affecté à cette unité dont il a pas le choix si ce n'est en se donnant la mort.
15:24 euh d'y être affecté. Euh il raconte que la plupart des gens finissaient par se pendre ou par se jeter sur les barbelets électrifié. Il y a quelque chose de très fort, c'est cette volonté parmi ceux qui vont résister à à cette envie de se suicider de pouvoir témoigner, de pouvoir raconter cette horreur et transmettre cette horreur.
15:45 Vous avez tout à fait raison. Euh je pense que c'est ce qui fait la caractéristique euh je dirais de de la survie de mon père quand on pose la question qu'est-ce qui fait que qu'il a pu survivre ? Euh bien sûr, je commence par dire comme pour tous les déportés, il y a la chance parce qu'on pouvait être immédiatement décrété pour être exécuté pour n'importe quelle raison.
16:10 Euh il y a ensuite la force physique, il fallait résister à la maltraitance, à la maladie, aux épidémie euh euh aux maladies et puis il y a cette force morale. Il y a cette force morale qui ne pouvait regrouper soit que des déportés qui avaient une croyance religieuse extrêmement forte et qui leur faisait penser qu'un jour il y aurait un espoir de de d'être sauvé.
16:43 Cashem interviendrait. Et puis pour mon père comme pour d'autres qui étaient plutôt des militants athé communiste la certitude que les Allemands seraient vaincus, que l'armée rouge l'emporterait et qu'il fallait rester en vie pour pour témoigner, pour raconter et pour dénoncer. Et et c'est finalement ce que mon père fait, vous savez, survivre pendant 18 mois aux under commando de Birkenao, ça n'était pas possible si on n'avait pas, je dirais une une volonté de faire d'avoir envie de survivre. Alors, parce qu'on va rappeler, il y a les conditions sanitaires, il y a les maltraitances, euh il y a des exécutions sommaire parce que de toute façon, ceux qui sont là savent que ils ne seront pas les témoins.
17:34 Donc à un moment ou un autre, ils seront éliminés par les nazis. Euh donc il faut effectivement une force morale incroyable. Il y a son expérience, vous parlez de son passé communiste, il a fait la guerre d'Espagne. Donc il a quand même cette expérience qui qui est très forte. Et on peut dire un mot parce que il y a aussi cette marche de la mort euh dont il va réussir à s'échapper et cette histoire incroyable où avec un ami, ils vont rester cachés pendant plusieurs semaines euh sous une meute de paille euh pour éviter d'être attrapé et d'être tué par les nazis.
18:05 Tout à fait. Tout à fait. Tout tout ça forme un véritable ensemble et c'est la raison pour laquelle euh une fois qu'avec Alemand Périn nous avons fini la traduction et la compréhension du texte écrit par mon père, nous avons recherché des documents complémentaires et notamment euh j'ai voulu que l'on rappelle ce qu'avait été son parcours militant dès son plusjeune âge en Pologne puis son engagement dans les brigades internationales en Espagne.
18:35 le fait qu'à la fin de la guerre d'Espagne, il se retrouve avec les vaincus dans les camps d'internement du sud de la France et c'est la raison pour laquelle il a été déporté de France. Mais euh tout ça effectivement forme forme un tout euh parce que si on ne comprend pas la motivation et et que l'on retrouve dès les premières lignes de son texte, dès l'introduction, il raconte, il a écrit ce document pour pouvoir témoigner, pour pouvoir raconter.
19:05 D'ailleurs, il parle très peu de lui-même. Contrairement à d'autres textes de déporté qui étaient plus des gens qui avaient une formation littéraire qui qui savaient écrire, mon père qui n'a jamais été à l'école en Pologne a écrit un texte qui est exclusivement un texte de témoignage où il raconte et où il raconte dans le détail parce que en tant que que militant politique qui a connu la clandestinité, il sait l'importance de se remémorer de de fait précis et qu'il arrive immédiatement après la guerre à restituer et à donner des éléments extrêmement concrets.
19:46 J'allais vous en parler parce que ça m'a frappé à la lecture du livre. C'est la précision des événements, les noms les noms de tous les gens qu'il a pu voir dans les camps, le nom des capots de toute l'organisation. C'est extrêmement précis. C'est un travail de quasi historien qu'il a écrit effectivement après la guerre.
20:04 Mais sur toutes ces années, il y a cette force de détail sur toute l'organisation et toutes les personnes. Et puis il faut dire un mot aussi parce que je pense que c'est très important dans son parcours sur la révolte. Oui. La tentative de révolte. Oui, je je mission d'historien. Non, je je crois pas qu'il se considérait comme un historien. D'abord, je pense que c'est son témoignage à lui mais c'est un témoignage de quelqu'un qui a été au première loge à la fois de par la durée de son incarcération à Auschwitz. Il y a très peu de déportés qui sont arrivés en début 42, en mars 42 et qui ont survécu jusqu'en 45 et qui a vu toute l'évolution de ce camp.
20:47 Et puis euh ensuite effectivement il il a voulu à la fois honorer un certain nombre de de déportés qui ont été assassinés, qui ont fait partie de l'organisation de résistance et qui ont eu des actions héroïques. et il a voulu leur donner un visage, un nom, les nommer et puis il a voulu dénoncer un certain nombre de ceux qui ont été les plus horribles des DS et des et des assassins et et qu'il dénonce pour qu'il puisse être retrouvé et et condamné un jour.
21:24 et et c'est vraiment le sens profond, je dirais, de son de son livre dans la continuation du témoignage qu'il avait donné à Cracovi dès avril 45. Et et encore une fois, si vous voulez quand on regarde quand on regarde toutes les cases comme on dirait maintenant qu'a coché mon père, il a été déporté parmi les premiers 18 mois dans les undercommando alors que chacun sait que les undercommando devaient tous disparaître parce que les Allemands avaient une antise, c'était de ne pas laisser de trac.
22:00 Et et quand je dis ça, je pense à d'autres massacres qui ont eu lieu euh récemment dans le sud d'Israël où au contraire les assassins ont cherché à décéder traces et et à se et à valoriser les traces de ce qu'ils avaient commis. Là, si vous voulez, ils ont à la fin de la guerre quand ils sentaient que que c'était la fin pour eux, ils ont cherché à faire disparaître les fours crématoires et les chambres à gaz.
22:28 Et puis ils ont au fur et à mesure cherché à faire disparaître les membres des Under Commando parce que le le nombre de membres de Zonder Commando évoluait en fonction des besoins et des arrivées malheureusement des juifs. quand les juifs de Hongrie sont déportés, il y a une multiplication, je crois presque par quat de En gros, si vous voulez le nombre de membres de Zonder Commando durant ces années a évolué entre 200 et 900 au au au pic au plus fort.
22:54 Et quand il y avait plus besoin, quand il y avait moins de convois, on ne renvoyait pas les membres des undercommando vers d'autres commandau de travail parce que il fallait pas qu'il puisse raconter. Donc on les éliminait et donc régulièrement ils étaient éliminés les uns après les autres étaient gardé simplement un certain nombre de ce que j'appellerais les vieux déportés parce que pour les Allemands qui avaient besoin d'une certaine rentabilité, je dirais de leur industrialisation de la mise à mort, euh les vieux déportés je dirais avoir avaient, excusez-moi du terme, un savoir-faire sur la manière dont il fallait faire fonctionner ses fours et ses et ses instruments et donc ils avaient besoin d'eux pour former les nouveaux membres des commando qui étaient affectés à cette tâche. Et donc mon père a eu la chance, je dirais, de de de survivre. À la fin, si vous voulez, quel a été le débat qui qu'ils ont eu les les quelques survivants des under commando quand les Allemands ont commencé à faire évacuer le camp avec l'arrivée, l'avancée des troupes soviétiques vers l'ouest, ils se sont dit, il restera bientôt plus que quelques milliers de déportés à Auschwitz qui n'étaient pas transportable.
24:19 Et si nous restons dans le camp, on nous repérera rapidement. On nous connaît, on nous repérera rapidement et donc on nous mettra à mort tout de suite. Donc il valait mieux essayer de se fondre dans la masse des déportés qui étaient évacués, ce qu'il ce qu'il a fait. Et à un moment donné, il a eu la chance de pouvoir profiter d'un incident pendant le parcours et avec un de ses camarades de s'échapper, de se réfugier dans une ferme où il a été caché pendant plusieurs semaines dans une meule de foin. Et quand je vous rappelle que on était en janvier février 45 un hiver particulièrement rigoureux en Pologne, c'était des conditions très très difficiles.
25:00 La survie est miraculeuse. Alors on va arriver au terme de cet entretien. peut-être un mot euh sur à votre avis la manière dont la mémoire va pouvoir continuer à être transmise. On en parlait avec la disparition des derniers survivants. Comment aujourd'hui et demain on va pouvoir transmettre cette mémoire de la déportation ?
25:18 une chose euh essentielle qui moi me me tourmente depuis euh de depuis depuis depuis longtemps. Nous ce que nous avons voulu faire pour y contribuer Alban Périn et moi, c'est de transmettre un document authentique. Et un document authentique écrit immédiatement après la guerre sans le modifier, sans y ajouter quoi que ce soit, ni retrancher quoi que ce soit, simplement apporter quelques précisions dans des annexes pour expliquer tel ou tel terme, telle ou telle situation.
25:55 Et puis nous avons voulu compléter ce témoignage par des documents. On a cherché à tout documenter pour que personne ne puisse remettre en cause la véracité de ce que mon père racontait. C'est la raison par exemple pour laquelle, et on me pose souvent cette question, je parle très peu de ma maman qui elle aussi a été déportée à Achit, mais il se trouve que ma mère ne pas m'a pas laissé de documents écrits et donc je ne pouvais pas sauf à transmettre je dirais ma vision ou ma mémoire à moi, mais je n'avais pas de document authentique pour parler de de de ma mère.
26:38 Donc donc j'ai fait le choix malheureusement de ne pas parler de ce qu'elle a subi elle parce que je n'avais pas d'éléments. Nous nous sommes appuyés uniquement sur des documents complètement justifiés. Et et pour vous donner un exemple, quand il a fallu que je parle de la guerre d'Espagne, mon père m'en avait beaucoup parlé, mais à la maison, nous n'avions que peu de documents.
27:03 Et donc, on a entamé des recherches et à ce moment-là, Denis Péchanski, l'historien me dit un jour "Mais tu sais, c'était dans les années 2012- 2013, tu devrais aller regarder à Moscou. Ils viennent d'ouvrir les archives de l'excinterne, donc l'international communiste. Il doit y avoir là-bas des documents sur la guerre d'Espagne. Moi, je regarde Denis en lui disant "Écoute, tu me dis ça, comment veux-tu que j'aille trouvé moi des documents à à Moscou ? en je savais pas en quoi d'ailleurs. Et là nous prenons contact avec une jeune doctorante française qui faisait des études, qui faisait des recherches à Moscou sur autre chose et qui accepte d'aller euh dans les archives du Cominterne qui commence par nous dire "Écoutez, ce que vous me demandez, c'est de chercher une aiguille dans une botte de foin."
27:58 Et quelques semaines après, elle nous envoie un message en disant "Je rentre à Paris dans quelques semaines, j'ai trouvé ce que vous cherchiez." Et là, elle nous amène une disquette des des disquettes des années 2010, hein, voyez, avec l'intégralité de la biographie écrite par mon père en en 1937 qui est la biographie qu'il a rempli pour le compte du parti communiste espagnol pour raconter quel avait été son origine militante, comment il était arrivé en Espagne, qui est complété par les fronts auxquels sur lesquels il a combattu jusqu'à Gurs en 1941 où il a été interné et où les responsables communiste racontent que mon père était un quelqu'un qui n'avait pas sa langue dans sa poche et qui n'était pas toujours d'accord avec la ligne qui était celle développée par les organes du parti. Et c'est là où chose extraordinaire, je trouve une photo d'identité de mon père 1937, Espagne qui est la seule photo que je connaisse de mon père d'avant la deuxième guerre mondiale. Donc voilà.
29:17 Donc donc ça explique aussi la le temps qu'il a fallu pour mener ce travail d'exploration de recherche de documents complémentairire. Et le jour où nous avons achevé à peu près ce que nous pouvions retrouver avec le seuil, nous avons décidé de la publication et en y ajoutant une dernière partie qui est importante et qui répond à votre question euh pour une bonne part.
29:45 Ils m'ont demandé alors que moi je ne voulais pas le faire et ça n'était pas du tout mon propos, ils m'ont demandé de raconter euh le souvenir que que j'avais de la manière dont mes parents se sont reconstruits. D'abord, se sont rencontrés à Paris, se sont reconstruits et de ce que j'ai compris moi, de ce qu'avait été leur la déportation et et ce qu'ils avaient souffert.
30:08 et et donc je raconte la manière dont moi en tant que gamin, j'ai commencé à comprendre tout ce qui leur était arrivé. Merci beaucoup. Merci pour ce témoignage et l'apparution de de votre livre incroyable bouleversant ce que j'ai vu à Aush Fitz. Merci d'avoir été avec nous sur Tandem TV. Merci à vous.