0:12 Depuis les soulèvements de décembre 2025, de nombreuses associations dénoncent une augmentation sans précédent des arrestations et des exécutions en Iran devant la majorité silencieuse du monde occidental. Pour parler et comprendre cette situation, j'ai le plaisir de recevoir sur Tandem TV Marjan Abadi, bonjour. Bonjour Jérôme, merci de me recevoir. Avec grand plaisir, alors c'est la deuxième fois qu'on est ensemble pour parler de la situation en Iran et de la République islamique.
0:43 Je rappelle que vous êtes psychothérapeute, co-fondatrice du collectif Sirus, qui est là pour aider au développement des droits fondamentaux, des libertés et à l'instauration d'une véritable démocratie en Iran. Alors dites-nous, qu'est-ce qui se passe actuellement en Iran et en quoi les soulèvements d'aujourd'hui sont différents de ce qu'on a pu voir par le passé ?
1:02 Ce qu'on peut remarquer, je pense que ce n'est plus un secret pour personne, c'est que depuis 47 ans, les Iraniens ont essayé toutes les voies possibles et imaginables, les élections, les réformes, les manifestations, pour avoir une vie plus digne et plus respectueuse de leurs aspirations. Mais la répression a toujours été au rendez-vous qui est des réformateurs ou des conservateurs au pouvoir.
1:30 Et je dirais même que les réformateurs, quand ils étaient là, les répressions étaient encore plus difficiles avec des étudiants conjautés par-dessus les immeubles des universités et ainsi de suite. Ce qu'il y a de différent, c'est que depuis mars en aménie, les Iraniens ne croient plus à la réforme. Ils n'en veulent plus. Ils ne veulent simplement plus de la République islamique.
1:57 Les Iraniens ne demandent pas une meilleure République islamique, ils demandent simplement un avenir sans la République islamique, parce qu'ils estiment qu'en 47 ans, ils en ont fait le tour. C'est fondamental. Ça veut dire que là, ce n'est pas un changement de réforme qu'ils veulent, c'est une révolution dans le fonctionnement du pays. Exactement.
2:16 Ils n'en veulent plus. Ils le disent clairement. Et aujourd'hui, cet objectif est devenu clair. Ce qu'il y a également de très différent, c'est que pendant longtemps, on nous a dit, vous n'avez pas de leader, vous n'avez pas de leader. Mais là, on a pu voir que les Iraniens, à l'intérieur de l'Iran, ont scandé un seul nom.
2:41 Et c'est exactement le nom qu'on retrouve quasiment dans aucun de nos médias. C'est très bizarre. Et aucun des médias qui vient questionner les impâts à la vie, ne vient le questionner sur ce que demandent les Iraniens, comment il va diriger le pays par la suite, comment il va créer cet état pour que les Iraniens puissent aller voter et choisir leur avenir.
3:07 Parce qu'il a écrit un document assez conséquent qui retrace en fait les étapes de ces années, de ces mois de transition. Mais personne, bizarrement, ne fait référence. Et ce qui est d'étrange, c'est que jusqu'à maintenant, il y avait l'idée de réforme, cette espèce de flic gentil, flic méchant, et aussi la répression qui permettait à la République islamique de berner un peu son monde et de continuer à vivre.
3:43 Et l'événement disparaît. C'est-à-dire qu'après les massacres de 8 et 9 janvier, où on parle quand même entre 50 000 et 100 000 morts en deux jours, c'est quand même un record. Les chiffres sont incroyables. Les chiffres, les images, on a des images où on voit des gens qui sont dans un bus vivant et deux jours après ils ont une balle dans la tête et on dit à leur famille ils ont été tués pendant les manifestations.
4:15 Alors que c'est les gardiens de la révolution qui les filment en disant qu'est-ce que tu as fait, pourquoi tu es là, ainsi de suite. Donc c'est un interrogatoire dans le bus. Donc il y a un massacre des innocents qui arrive et les gens ispahans il y a deux jours savaient ça et ils sont quand même allés s'opposer à l'exécution de personnes.
4:41 C'est ça, ça veut dire que là il y a deux jours, il y a eu des manifestations massives, mais je le disais dans mon introduction, la vague d'arrestation et d'exécution est complètement folle. On parle depuis le début de l'année de plus de 600 exécutions, presque aucun jour ne se passe sans que quelqu'un soit exécuté.
4:57 Exactement, plusieurs personnes, on est à une exécution toutes les cinq heures et les ispahanais ont montré qu'on sait que vous allez nous tirer dessus, mais nos valeurs de préserver la vie, d'être avec les gens qu'on aime, de soutenir ces gens-là sont plus importants. Et ils se sont fait tirer dessus. Les gens qui étaient là pour être exécutés, ils ont été exécutés, mais ils ont fait également un geste extrêmement important.
5:29 Un important, une des personnes qui allait être exécutée, plutôt que de tomber de peur, de trembler, il est resté debout. Il a mis lui-même la corde autour de son cou. Excusez-moi, je vais être émue. Bien sûr. Et il a fait un geste de cœur de Sema. Donc, ils n'ont pas réussi à tuer le lien qui relie les Iraniens les uns aux autres.
5:59 Et les Iraniens, donc, n'ont plus peur, ne veulent plus de réforme. Et c'est très étrange de voir que nos médias n'honorent pas ce qu'on leur montre, de notre humanité, de notre volonté de lumière, de notre volonté de construire dans la paix, dans la dignité. Et les Occidentaux continuent à discuter avec un régime qui n'a plus aucune légitimité.
6:28 On l'a déjà montré, on les appelle le régime des 1%, parce qu'il y a 1% des personnes qui se déplacent pour voter. Donc, ils discutent avec un régime qui n'arrive plus à régner par la peur, dont on n'en veut plus. Et je ne sais pas pourquoi ils le font. Alors justement, j'allais vous interroger, au-delà de ces discussions officielles, officieuses, la grande différence qu'il y a entre la situation d'aujourd'hui et ce qu'il y a pu y avoir dans le passé, c'est qu'aujourd'hui, on a des vidéos, on a des images, on a des éléments documentés sur les horreurs qui sont en train de se passer.
7:03 Est-ce qu'il y a quand même un certain nombre de réactions, au-delà des condamnations qu'on peut entendre de temps en temps de la part du Quai d'Orsay ou autres, des grands pays occidentaux ou des grandes organisations internationales ? Pas grand-chose. C'est-à-dire, l'ONU a nommé quand même des postes-clés des responsables de la République islamique après le massacre.
7:25 Ce n'est pas anodin. Le Quai d'Orsay, c'est parfaitement que la plupart des personnes qui travaillent à leur massacre dans la République islamique ont un lien étroit avec les gardiens de la révolution islamique et non pas iranienne. Le « i » c'est l'islam, ce n'est pas l'Iran. Et c'est important ce « i » parce que ça montre que l'Iran ne compte pas et ça montre qu'ils ont une visée internationale.
8:00 Ils ne gardent pas l'Iran. Donc, ils savent très bien avec cette visée internationale qu'est-ce qu'il y a dans leurs ambassades. Ils ont le trac record de tous les autres attentats terroristes dont le chemin est fléché vers les consulats et les ambassades de la République islamique et pourtant, ils ne sont pas fermés. Ils auraient pu mettre un holà également sur les comptes et les avoirs de la République islamique.
8:32 Parce que j'allais vous dire, on sait aujourd'hui que les molas sont des trafiquants d'êtres humains, de drogue, d'armes, on parle de fortune colossale, notamment le narcotrafic dont on souffre beaucoup en France, en Europe. On sait que la République islamique s'est dirigeant en long une part de responsabilité. Aujourd'hui, on sait tout ça. Tout à fait.
8:53 Et l'ennui, c'est que d'un côté, le quai d'Orsay et les officiels à l'international et au niveau national ne font rien. C'est-à-dire, ça reste au niveau de la parole. Mais par contre, ce qu'on sait, c'est qu'en mois de septembre, c'est Macron qui est allé pour créer des liens, essayer de sortir la République islamique de son isolement.
9:18 Donc ça pose vraiment des questions. Et on aurait pu espérer que les ONG puissent venir au secours des Iraniens, puissent être leur porte-parole. Et ils ne le sont pas parce que je pense qu'ils partagent un certain idéal d'anti-ampérialisme. Et cet idéal d'anti-ampérialisme fait qu'ils ont un biais idéologique et ils ne voient plus du tout la souffrance des Iraniens.
9:46 On est réduit à l'état de non existants pour eux. Ils manifestent et continuent à manifester avec des drapeaux de la République islamique. C'est une chose qu'on comprend pas. C'est complètement fou. Alors, à côté de ça, heureusement, il reste un milieu associatif auquel vous participez. De ce côté-là, de ce milieu qui défend les Iraniens, qui a envie d'un vrai changement et d'une amélioration de la vie pour les Iraniens, qu'est-ce qu'on a pu voir ?
10:14 C'est vrai qu'on a l'impression qu'il y a moins de choses. Il y a eu des campagnes de presse, il y a eu des manifestations. Comment est-ce que vous vous organisez par rapport à tout ça ? Évidemment, le fait que les frappes après les 40 jours se soient arrêtées, ça a permis à la République islamique de s'organiser et d'ouvrir énormément de fronts.
10:40 Il y a à la fois le front des exécutions en Iran, à la fois le front des espèces d'informations inutiles mais qui prennent de temps pour qu'on puisse démentir. Donc en tant qu'association, ça nous prend énormément de temps. Et il y a l'organisation des manifestations. On a toujours quelques-uns à participer à des manifestations, mais je pense qu'avec le temps, il y a le risque de l'usure.
11:21 Il y a le danger, parce qu'il ne faut pas oublier qu'il y a quand même des agents de la République islamique qui sont un peu partout et qui représentent une vraie menace. Exactement. En Hollande, il y a quelques temps, il y a deux, trois mois, ils ont poignardé quelqu'un. En Angleterre, c'est arrivé.
11:37 Donc on est à la fois sous menace, on n'est pas soutenu par beaucoup d'autres ONG. Quand on écrit aux médias et qu'on leur dit ce qui se passe, on dirait que ça ne les intéresse pas. Et il faut vraiment énormément de courage. C'est fou. Et d'abnégation pour continuer, mais nous n'avons pas le choix.
11:58 Parce que si la République islamique reste avec ce qu'il a montré de sa capacité à dire une chose et faire autre chose, dire qu'il ne va pas enrichir l'uranium et en avoir quand même une quantité importante à 60%, c'est une menace vitale pour tous les autres pays, pour les Iraniens et également pour la planète.
12:29 Parce que je pense que le jour où ils auront une bombe atomique, ils n'hésiteront pas à l'utiliser. Oui, bien sûr. Et puis les moyens seront différents. J'ai une dernière question pour conclure cet entretien. Comment, selon vous, les démocraties occidentales peuvent-elles mieux comprendre les aspirations des Iraniens et les aider de manière efficace ?
12:51 Comment ils peuvent comprendre ? Je pense que c'est simple. Je pense qu'il faudrait qu'ils puissent lâcher les intérêts à court terme électoralistes, ne pas faire peur, ne pas faire bouger, et regarder les choses à long terme, c'est-à-dire les opportunités d'investissement qu'un Iran stable, démocratique avec le niveau d'éducation, le niveau d'implication qu'on connaît chez les Iraniens peut apporter au pays, et à la région, et à l'Europe et au monde entier.
13:31 Donc il faudrait peut-être qu'ils changent leurs lunettes et il faudrait peut-être qu'ils acceptent de voir que les paradigmes sur lesquels ils s'étaient basés jusqu'à maintenant, c'est-à-dire réformateurs ou durs du régime, ça n'existe pas, et qu'ils puissent aussi envisager un changement. Ils ont un biais idéologique, je pense, entre une France qui encore il y a un an lors des célébrations de 14 juillet guillotinait symboliquement ses rois, et un Iran où on est fiers de Cyrus qui a créé les premières lois de défense des droits fondamentaux.
14:20 Il y a une vision fondamentalement différente de ce qu'est une fonction royale, et tant que dès qu'on parle du roi, ils reviennent sur les fantasmes créés de toutes pièces lors de la période de la guerre froide par les services secrets moscovites sur l'Iran, et qu'ils ont l'impression que ça va qu'il y ait autre chose que ce DGSI, et ils en font tout un flanc, ils continuent à être nourris du narratif de la République islamique, et j'ai une demande également vis-à-vis des pays qui ont eu le courage de s'engager contre la République islamique, dont Israël, c'est viser, viser, viser les structures de répression.
15:09 Parce qu'en fait, il y a deux choix. Il y a tirer sur et anéantir les capacités de mise en danger vers l'extérieur de l'Iran, et il y a nous permettre de reprendre notre pays. C'est deux objectifs différents, et malheureusement je vois que 95% de leurs objectifs c'est d'anéantir ce qui est dangereux pour l'extérieur, mais on a besoin que nous ne soyons pas un variable d'ajustement.
15:49 On dirait que nos exécutions, nos morts, ça ne compte pas, et c'est dommageable pour la construction d'un avenir commun, parce qu'on a l'impression de ne pas être respectés. C'est vrai, alors dernier mot que je me permettrais de dire, je rebondis sur ce que vous avez dit, effectivement il y a un niveau d'éducation en Iran, on n'est pas dans un pays arabe, on n'est pas en Libye ou en Irak, c'est un pays qui est extrêmement différent, et les espoirs sont très nombreux parce qu'on sait que le jour où il en aura la possibilité, le peuple iranien pourra réformer son pays, en faire devenir la grande nation qui mérite, parce qu'il y a cette richesse humaine qui est présente sur place qu'on n'avait pas forcément dans d'autres pays.
16:32 Il y a également, je me permets de rajouter qu'il y a une richesse, et il y a également un historique de construction étatique, et il ne faut pas oublier que ce qu'on voit aujourd'hui, c'est-à-dire le chiisme ou l'islamisme à son apogée, ça fait 500 ans qu'ils cheminent pour pouvoir prendre le pouvoir en Iran.
16:56 Et les derniers affrontements qu'il y a eu entre cet islam politique et les laïcs sont là depuis 120 ans, et les pas à la vie sont arrivés là, parce que les Iraniens n'ont plus voulu d'un régime qui était soumise au Molla comme l'étaient les Roger. Donc nous avons l'habitude de cette lutte-là. Ce n'est pas comme si on se réveillait un matin et on avait un clergé qui voulait prendre le pouvoir et faire que notre pays était sans loi, ni garde-fou, et qu'il pouvait l'exploiter comme il voulait de façon mafiosie.
17:35 Tout à fait. Merci pour ces précisions. Merci d'avoir été avec nous sur Time Dame TV, Marjane Abadi. C'était un plaisir et j'espère à très bientôt.