0:12 Il y a-t-il une stratégie délibérée de théérents de tester les limites de Donald Trump moins de deux semaines après la signature du mémeur-random, le Cécile Feu vole déjà en éclat avec des attaques de drones irradiens et des tirs de missiles américains ? Pour nous aider à décrypter les enjeux de la crise avec le régime d'émolage et le plaisir de recevoir sur tandem TV Manaz Chirali, politologue et sociologue.
0:36 Bonsoir. Bonsoir Géran. C'est un plaisir d'être avec vous. Alors dites-nous tout. Provocations calculées de théérents ? Oui ou non ? En fait, il faut commencer un petit peu à l'avant. C'est-à-dire, vous ne pouvez pas regarder toujours les choses à l'instant même. Il faut toujours regarder un petit peu ce qui s'est passé avant. Il se passe qu'il y a dix jours, ils ont signé un mémeur-random.
1:04 Je ne sais pas comment l'appeler pour entendre. Le mémeur-random d'entente. Et après, ils étaient obligés de le faire parce que le blocus maritime de Trump était catastrophique pour la République islamique, il faut le dire. Il a asphyxié, pas d'argent, les proxies sont restées non payées, les soldats, ceux qui tuent en Iran sont restés sans payer.
1:33 Donc le régime était vraiment à bout. Il ne pouvait rien faire. Il a accepté à signer ce mémeur-random, ce fameux mémeur-random. Mais une fois signé, au début, ils étaient éblouis par cette histoire de 20 milliards de dollars, de 300 milliards de dollars que Trump leur a fait miroiter. On parle de réparation pour les dégâts de guerre, on parle du dégel d'avoir iranien, c'est des sommes colossales.
2:06 Beaucoup de soi-disant spécialistes aussi sont tombés dans le pied en criant aux loups qu'il y a 300 milliards de dollars pour la reconstruction de l'Iran. Mais le problème c'est qu'il faut savoir lire les textes juridiques. Les textes juridiques ne se lisent pas comme une lettre d'amour aussi facilement qu'une lettre d'amour. Il y a des codes, il y a des phrases, il y a des expressions, qu'on doit savoir maîtriser, de savoir ce qui est marqué.
2:43 C'est marqué, si l'Iran accepte tout, livre son oragnum et fait qu'il soit un bon enfant, il fasse tout ce que Donald Trump lui demande. À ce moment-là, Trump autorise aux entreprises que lui, il souhaite. C'est quand même drôle, pas n'importe quelle entreprise. Il ne faut pas que les entreprises françaises pensent qu'il y a de la place pour eux.
3:11 C'est pas possible. Les entreprises que Trump choisit, on le doit d'investir en Iran. On le doit d'investir sur la limite de 300 milliards de dollars. Vous voyez, c'est pas la même chose, c'est pas la même chose. C'est vrai qu'on fait des raccourcis et alors vous faites bien, moi j'ai noté déjà plusieurs points.
3:34 Le point numéro 1, c'était la fin immédiate de la guerre, on n'y est pas. Il y avait un point numéro 2 qui était une question de souveraineté, ça a déjà explosé. Il y avait un point numéro 5 sur la réouverture du détroit d'Ormuz et là on peut être très mitigé quand on a vu ce qui s'est passé ces derniers jours.
3:52 C'est 14 points et on se donne 60 jours pour avancer, donc on se demande qu'est-ce qui va se passer. Donc moi je vois autrement, d'abord l'Iran doit cesser la guerre, ouvrir le détroit d'Ormuz immédiatement. Après l'Iran doit rentrer dans toutes les attentes de Donald Trump, doit accepter, doit obéir à toutes les attentes de Donald Trump.
4:20 Et une fois qu'il le fait à la fin de soixantième jour, s'ils arrivent à signer un accord à ce moment là qu'il va y avoir de la... C'est pas la même chose, c'est pas la même chose. Donc l'Iran n'arrive jamais à faire tout ce qu'on lui demande. Ça fait 47 ans qu'il n'a jamais rien fait, comment est-ce possible qu'en soixante jours, déjà le fait qu'il a signé, c'est parce qu'il a été asphyxié complètement, parce qu'il pouvait rien faire d'autre.
4:50 Il était obligé de faire quelque chose pour pouvoir vendre son pétrole. Mais encore autre chose, la vente de pétrole a été exigée d'être en dollars. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l'argent doit être placé dans les banques américaines. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que c'est encore temps qu'il décide qui, à quel moment, a le droit de dépenser pour quoi ?
5:12 C'est une grande humiliation quand même. Oui, mais alors, excusez-moi, c'est fou parce que dans le narratif que beaucoup de médias occidentaux donnent, on avait plutôt l'impression que c'est l'Iran, le régime des mots-là qui avait la main, qui décidait quand, qui décidait combien ils envoyaient, ils acceptaient, ils revenaient, ils partaient et que Trump était plutôt en situation de faiblesse.
5:36 C'est plutôt ce narratif, j'ai l'impression qu'on nous a raconté. Jérôme, est-ce que vous me croyez ou vous croyez la ligne éditoriale européenne ? Mais non, mais je... Moi, je suis en train de vous parler, mais je ne vous demande pas de me croire. Moi, je vous demande simplement d'attacher un peu de crédit parce que moi, j'ai lu le texte.
5:55 Je suis en train de vous parler d'un texte, je ne parle pas de l'interprétation. Moi, je vous parle d'un texte que j'ai lu grâce aux collègues des juristes internationaux qui m'ont aidé à déchiffrer parce que franchement, c'était pas facile à comprendre. Un texte juridique, à cette échelle, assez clé. Quand vous avez l'une des clés, c'est très clair.
6:19 Vous ne pouvez pas lire les articles séparément. Il faut les voir dans leur continuité. Vous ne pouvez pas lire l'article 6 qui dit on donne de l'argent aux Iraniens. Il faut lire pourquoi on donne, dans quelle condition on donne. Donc, l'article 6, 7, 8 sont intimement liés. Si vous lisez, moi, je parle d'un texte, je parle pas d'un texte.
6:39 Je vous crois sur parole, mais ma question, est-ce que vous avez ressenti comme moi un narratif différent de cette réalité et pourquoi est-ce que ce narratif a été raconté ? Alors, j'avoue que pour pouvoir enregistrer deux programmes, l'émission que nous avons là en ce moment et l'autre émission que j'ai eue avec Antoine Mercier la semaine dernière, je me suis retenue à regarder la télé.
7:04 Parce que je ne voulais pas être influencé par rapport à ce trombachin très habituel de la télé française. J'ai évidemment lu et écouté les journalistes iraniens, les spécialistes militaires iraniens. C'était important pour moi ce qu'ils disent. J'ai beaucoup lu les Américains et voilà, je suis là. Mais la base, enfin, le texte sur lequel je fond mes paroles d'aujourd'hui, c'est le texte de Memorandum.
7:36 C'est tout, c'est tout. Je ne parle pas de l'interprétation. Je ne fais pas une analyse psychanalytique sur le texte. Je fais une analyse juridique et ça je vous dis, dans les textes juridiques de telle sorte, on ne peut pas séparer les articles tout simplement. Et l'argent va tomber à la fin du 60e jour.
7:57 Ça veut dire quoi ? Ça veut dire l'Iran doit obéir à tout ce qu'on lui demande. C'est pourquoi aujourd'hui, ce qui est drôle, mais vraiment drôle, en Iran, les gens qui sont pro la République islamique, les gens qui font partie du corps des gardiens de la révolution sont en train de crier la trahison.
8:20 Ils disent que vous avez trahi notre guide, le guide qui est inaudible et invisible. Je parle de celui-là qu'on ne sait même pas s'il est vivant ou pas. On dit que vous avez trahi notre guide, c'est pas possible. Et d'ailleurs, cette immense sensation d'humiliation qui a fait qu'ils ont à nouveau tiré sur les bateaux au détroit d'Hormonze.
8:45 Parce qu'ils se sont sentis trahir une partie des Iraniens. Et étant donné qu'aujourd'hui, il n'y a pas un centre de décision dans ce pays qui peut harmoniser les différentes forces. Là, chacun fait ce qu'il veut un petit peu. Il y a le guide, par exemple, le guide suprême inaudible et inexistant qui dit qu'il est d'accord avec ce mémorandum, mais pas complètement.
9:14 Il y a le président du Parlement, il y a le président du pays. Il y a énormément de voix, effectivement. Et on a tout pris sur le dos du président du pays. Parce qu'il est le moins important de tout. Donc il est quelqu'un à qui on peut faire porter les charges ingrates. Donc on dit que c'est le président Pézechkian qui a pris sa décision avec Koalibov.
9:38 Koalibov, c'est le chef du Parlement Iraniens. Et les autres généraux du corps des gardiens de la révolution qui ne sont pas contents parce qu'ils ont vu qu'il n'y a pas d'argent. A la place d'argent, il y a du maïs et du blé. Et donc ils voulaient toucher de l'argent cette espèce de sonante et très bouchante.
10:02 Donc il n'y a pas d'argent. Et donc ils sont trahis à nouveau, ils tirent sur les bateaux. Mais bon, étant donné que l'autre parti est encore dans le réforat... Mémorandum pour l'accord, ils ne veulent pas commencer une guerre. Étant donné que l'Iran n'a pas la capacité de commencer une guerre parce que dans la situation actuelle, ils sont incapables de faire la guerre.
10:28 Ils sont incapables. Donc incapables de faire la guerre, incapables de faire l'accord. Qu'est-ce qu'ils font? Ils tirent à droiter à gauche comme les enfants. Vous voyez qu'ils ne peuvent pas venir à leur place. Et puis après, ils font quelque chose. Ils sonnent et ils courent. Là, maintenant, la République islamique n'existe plus. A la place, c'est le corps des gardiens de la révolution et ce qui reste des ans de l'ancien régime.
10:53 Alors là, c'est l'état de chaos total dans ce pays actuel. Est-ce que vous avez le sentiment qu'il y a... Dans la diaspora iranienne, en Europe ou aux États-Unis, un avis plutôt général qui se dégage plutôt positif ou négatif par rapport à ce mémorandum. Alors, il est important de dire que le diaspora iranien qui existe en France ou ailleurs, c'est toujours le problème de diaspora.
11:23 Vous devez le savoir. Le diaspora n'est pas homogène. Bien sûr. Il y a des Iraniens qui sont venus en France depuis 40 ans. Comme moi, je suis là depuis 33 ans. Il y a des Iraniens qui sont arrivés hier. Mais c'est pas la même chose. Le degré d'intégration dans le milieu d'accueil, dans le pays d'accueil, fait que les opinions changent.
11:47 Plus vous êtes intégré dans le pays d'accueil, plus vous reflétez la pensée des gens de ce pays. Par exemple, en France, on voit les Iraniens qui sont de partie, de LFI par exemple, ils répètent le slogan de LFI. D'accord. Plus ils sont là depuis longtemps, moins il y a cette opposition entre guillemets au régime ou à ce qui peut se passer.
12:15 Non, non, non. Il peut être complètement contre le régime. Mais c'est pas ça. Parce qu'aujourd'hui, moi je ne connais vraiment pas les Iraniens qui soient pour le régime. Là vraiment, s'il y a quelqu'un qui, par personne, qui se dit pro régime, là il ne doit pas être Iraniens. Ça c'est vraiment très difficile.
12:31 L'écrasante majorité des Iraniens sont à bout, ne supportent plus ce régime. Qu'ils soient depuis 50 000 ans en Europe ou bien en Iran, on se voit. Mais par contre, l'office s'agit des événements comme ce texte qui n'a été lu par personne, mais tout le monde avait son avis là-dessus. Alors les Iraniens évidemment qui sont ici, ils ont, moi j'ai vu un petit peu, ils répétaient ce qu'ils entendaient à la télé.
12:59 Mais ceux qui ne parlent pas bien français, évidemment eux, ils écoutent les spécialistes qui sont au pays, ou bien les hommes politiques qui sont au pays et ils sentent mieux les choses. Parce qu'ils voient à quel point les dirigeants restants de la République islamique se sentent indignés par rapport à la signature de ce texte.
13:24 J'ai une autre question concernant la diaspora iranienne. On a vu beaucoup de manifestations des textes dans des journaux, des invités sur des plateaux de télé en début d'année. Et puis là, on les voit moins. Alors est-ce qu'ils sont moins présents parce qu'ils se mobilisent moins? Ou est-ce qu'ils sont moins invités dans les médias?
13:45 Comment vous expliquez ce changement qu'on a pu observer depuis quelques semaines? Alors bon, le fait est que les Iraniens, les moins incompétentes du monde, eux, quand même, ils ont un certain attachement avec le pays, donc une certaine connaissance du pays. D'accord? Même ceux qui ne sont pas spécialistes de l'Iran, quand ils sont sur un plateau, ils reflètent quand même une certaine réalité du pays.
14:16 Mais étant donné qu'aujourd'hui, les médias européens vivent dans leur monde totalement isolé et à part qu'ils n'ont rien à voir avec cette réalité iranienne, ils ne veulent plus rien entendre. Les spécialistes comme moi, ça fait longtemps que nous avons été bannis des plateaux télé. Moi, ça fait 3 mois qu'on n'habite plus à la télé française tout simplement parce que ce que je dis ne va pas dans le sens de leur tautologue, parce que leurs journalistes qui sont spécialistes du Pôle Nord au Pôle Sud passant par équateur, eux, ils savent tout sur l'Iran.
14:54 Évidemment, leurs paroles ne collent pas avec une spécialiste comme moi. Et quand ils sont à côté de moi, évidemment je les efface immédiatement parce que leurs paroles, c'est totalement abstrait. Elle est abstraite. Et donc, pour ne pas sortir de leur zone de conformisme, évidemment, c'est plus facile d'être seul sur les plateaux ou bien être entre-soi sur les plateaux.
15:22 Vous voyez ? Donc, ils n'invitent que des gens qui disent exactement la même chose et ils se sautent congratulés, ils sont contents, ils sont entre eux et il n'y a aucun irania et surtout pas surtout pas une spécialiste ou un spécialiste de l'Iran qui sait des choses, qui les embêtent. Bah non, ils ne veulent pas ça.
15:46 Et la situation est dans la mesure où la situation devient complexe. Alors là, l'entre-soi s'en referme de plus en plus sur quelques-uns. Tous les soirs, tous les soirs, on voit les mêmes têtes qui viennent dire les mêmes bêtises. C'est très compliqué d'avoir ces informations-là. Et j'ai une dernière question, on conclura notre échange là-dessus si vous le voulez bien.
16:10 Quelles informations vous avez de la majorité du peuple iranien après ces semaines de guerre, après cette période qui se calme ? C'est quoi l'état d'esprit ? C'est quoi les conditions ? Est-ce que l'Internet est revenu normalement ? Est-ce que la crise alimentaire commence à aller mieux ? Quels sont les nouvelles ? Les nouvelles les plus importantes c'est la répression.
16:34 Ce sont les exécutions qui sont ils sont en train les juges religieux sont en train de massacrer les opposants qui ont arrêté pendant les jours des manifestations. Donc chaque jour on a des noms des jeunes de 16 ans, 17 ans, 18 ans qui sont pendus qui sont exécutés tout simplement parce que ils ont participé à des manifestations. Évidemment dans une société, quand il y a autant d'exécutions, je peux vous dire que c'est le deuil en permanence.
17:12 Le deuil en permanence. Donc la fin de la guerre pour les Iraniens évidemment a été vécue comme une totale catastrophe et ça c'est très difficile de faire comprendre aux Européens qu'on est dans un pays où quand les gens entendent les détensions des bombes, ça leur fait plaisir et ils disent que c'est la fin du régime. Et quand ils ont entendu le cessez-le-feu, ça leur a fait peur.
17:38 Quand ils entendent que les Américains négocient avec les dirigeants de ce pays, alors ça leur fait peur. Ça leur fait peur, ils ne veulent pas de négociations. Ils ne veulent pas d'entendre entre les Américains et entre ces criminels contre l'humanité qui dirigent leur pays. C'est ça l'ambiance de l'Iran. Cela dit je vous le dis pas parce que vous êtes en Israël, mais je vous le dis parce que je le vois sur le terrain.
18:10 La plupart du temps, la seule chose qui les empêche, mes interlocuteurs de tomber dans des espoirs totales, ils disent heureusement, Bibi est là, heureusement Israël est là et Israël connaît très bien la République islamique. Israël ne va jamais négocier avec les dirigeants iraniens. Il n'y a pas de répéter cette fameuse phrase de Woldameir qui dit qu'on ne négocie jamais avec ceux qui veulent nous tuer.
18:38 Et ça, ça leur fait plaisir de penser qu'au mois, il y a un pays qui les comprend, il y a un peuple qui les comprend. Merci beaucoup. Merci beaucoup pour notre échange, pour votre analyse, votre regard sur la situation, votre franc parler, comme on ne l'entend pas ailleurs. C'était un plaisir d'être avec vous sur Tandem TV. A très bientôt.
18:58 Au revoir. Au revoir. Au revoir.