Le doigt de la Galilée : cinq cents millions d'oiseaux, et le dieu Pan
Deux fois par an, cinq cents millions d'oiseaux traversent Israël.
Le chiffre paraît absurde jusqu'à ce qu'on regarde une carte. Entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique, il n'existe qu'un seul pont terrestre — et Israël est dessus. Tout ce qui migre entre trois continents passe forcément par ce couloir, et une bonne partie s'arrête ici, dans une vallée du nord du pays.
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LE DOIGT DE LA GALILEE : GUIDE EN TANDEM
Jérôme Haas, l’un des meilleurs guides d’Israël vous fera voyager dans le nord du pays et plus particulièrement dans le doigt de la Galilée, à travers Agamon Hulla,…
Où l'on est
Le doigt de la Galilée est une petite région au nord du lac de Tibériade, coincée entre le plateau du Golan d'un côté et la Haute Galilée de l'autre. Sa délimitation exacte varie selon les sources, ce qui est une façon polie de dire que personne ne s'accorde vraiment.
Rosh Pina, l'une des premières localités fondées par les pionniers à la fin du dix-neuvième siècle, en fait partie.
Le couloir migratoire
Les oiseaux quittent l'Europe et l'Asie à l'automne, et refont le trajet inverse au printemps. Les pics d'observation sont octobre-novembre, puis de mars à mai.
Un phénomène récent mérite qu'on s'y arrête : de plus en plus d'oiseaux renoncent à poursuivre vers l'Afrique des grands lacs, dont le climat désertique est plus rude, et passent tout l'hiver sur place. Ils ont, si l'on peut dire, arrêté le voyage à mi-chemin.
La réserve se parcourt à vélo — comptez trois heures pour le tour —, en tricycle ou en voiturette de golf, ce qui ramène la visite à une heure. Elle est ouverte toute l'année, sept jours sur sept, avec un auditorium d'explications à l'entrée, une tablette géolocalisée qui envoie informations et vidéos selon l'endroit où l'on se trouve, et des points d'observation où des rangers tiennent les longues-vues.
On ne peut pas approcher les oiseaux : tout l'espace est protégé. On observe des grues, des pélicans et des cormorans, avec le plateau du Golan à l'horizon et la frontière syrienne à une vingtaine de kilomètres.
Les agriculteurs des environs, eux, les encouragent à venir. Les oiseaux les débarrassent des rongeurs et des insectes : c'est un service gratuit, rendu par cinq cents millions de saisonniers.
Banias : un nom qui raconte deux mille ans
À quelques kilomètres de là, un site dont le nom actuel est un accident de prononciation.
Tout commence à l'époque grecque, autour d'un culte au dieu Pan — dieu de la musique, de la nature et des bergers — avec une grotte, des inscriptions et des sacrifices. Le lieu s'appelle alors Paneas, du nom du dieu.
Ensuite, tout le monde passe et laisse sa couche. Les Romains reprennent le site et transforment Pan en Faunus. Hérode le Grand y bâtit un grand temple dédié à l'empereur Auguste — comme il l'avait fait à Césarée maritime. Son fils Philippe hérite de la région, y construit un palais et en fait sa capitale, sous le nom de Césarée de Philippe. Les évangiles y situent la guérison d'une femme malade et la phrase adressée à Pierre : tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Le temple devient église à l'époque chrétienne. Les croisés, plus tard, y installent une forteresse.
Et entre-temps arrivent les musulmans. Comme ils ne prononcent pas le p, Paneas devient Banias.
Le nom est resté. Aujourd'hui encore, ce site israélien porte, dans une prononciation arabe, le nom d'un dieu grec — conservé par ceux qui ne l'ont jamais vénéré.
L'éponge du mont Hermon
L'eau qui fait tout cela vient de haut. Le mont Hermon est une montagne de calcaire vieille de deux cents millions d'années, qui fonctionne comme une éponge : la pluie et la neige s'y engouffrent, disparaissent dans la roche, et ressortent ici — des centaines de millions de mètres cubes.
Le Banias est l'un des trois affluents qui forment le Jourdain.
Le guide en profite pour donner l'étymologie traditionnelle du nom du fleuve, qu'il présente comme une tradition et non comme un fait : Yarden viendrait de Yored Dan, « qui descend du Dan ». La tribu de Dan, empêchée par les Philistins de tenir son territoire au sud, avait envoyé des espions vers le nord ; cinq cents familles s'y étaient installées. Le même nom se retrouve aujourd'hui dans Goush Dan, la région de Tel-Aviv.
Sur place
La baignade est interdite à Banias, qui est un site protégé. Des piscines naturelles sont accessibles dans les parcs nationaux du Golan voisin.
Côté faune et flore : renards, chacals, peupliers, acacias, chênes, conifères.
Et le daman, omniprésent sur les sites d'eau. Les spécialistes le considèrent comme le mammifère le plus proche de l'éléphant — affirmation qui demande, quand on le voit, un réel effort d'imagination. Il grimpe remarquablement bien, vit en colonie, et digère les feuilles grâce à une enzyme.