Le désert de Judée hors des sentiers : Nabi Moussa, le Wadi Qelt et le Jourdain
Entre Jérusalem et la mer Morte, les autocars s'arrêtent à deux endroits : Massada et Qumran. Tout le reste défile par la vitre.
C'est dommage, parce que ce reste comprend le tombeau que l'islam attribue à Moïse, le seul musée de mosaïques du pays, un monastère byzantin encore habité accroché à une falaise — et un fleuve large de trois mètres où l'on se fait baptiser entre deux champs de mines pas entièrement déminés.
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LE DÉSERT DE JUDÉE
𝗤𝘂𝗲𝗹𝗾𝘂𝗲𝘀 𝘁𝗿𝗲́𝘀𝗼𝗿𝘀 𝗱𝘂 𝗱𝗲́𝘀𝗲𝗿𝘁 𝗱𝗲 𝗝𝘂𝗱𝗲́𝗲 : du Monastère St Georges à Qsr al Yahud en passant par le musée du bon Samaritain et le…
Ce qu'est un désert, exactement
La définition n'est pas une impression, c'est un seuil : moins de vingt centimètres de pluie par an. En dessous, les céréales ne poussent plus, et l'habitat permanent devient impossible.
Cela explique la végétation qu'on voit malgré tout, et qui semble contredire le paysage. Elle ne pousse pas dans le désert : elle pousse le long des wadis, ces rivières asséchées la majeure partie de l'année qui gardent de l'eau en profondeur. Suivre la verdure, ici, c'est suivre un cours d'eau invisible.
Nabi Moussa : le tombeau de Moïse selon l'islam
À une demi-heure de Jérusalem, à quelques kilomètres de la route 1, un ensemble blanc posé au milieu de rien.
Pour les musulmans, Moïse est enterré là. C'est une divergence de fond, et elle est frontale : la Torah situe sa mort au mont Nebo, de l'autre côté du Jourdain, et la tradition juive retient que personne ne sait où se trouve sa sépulture.
Le pèlerinage aurait été institué pour concurrencer l'afflux des pèlerins chrétiens — et c'est la seule fête musulmane dont le calendrier est calqué sur celui de la Pâque chrétienne. Le cortège part encore aujourd'hui du mont du Temple pour descendre jusqu'au tombeau.
L'ensemble est un ancien caravansérail et lieu de marché, entièrement rénové en 2019 sur financement de l'Union européenne : palmiers, arrosage automatique, pierre nettoyée. L'entrée est gratuite, tous les jours ; les visiteuses doivent avoir les épaules et les genoux couverts. Hors période de pèlerinage, on ne voit le tombeau qu'à travers des grilles.
Le musée du Bon Samaritain
À quelques dizaines de mètres de la route, dans un caravansérail turc du dix-neuvième siècle, se cache le seul musée consacré aux mosaïques de tout le pays — et l'un des plus petits musées au monde.
Son intérêt tient moins à ce qu'il expose qu'à la provenance de ce qu'il expose. Les mosaïques viennent d'églises, de synagogues et de synagogues samaritaines de Gaza et de Judée-Samarie : des bâtiments qui ne se visitent pas. Elles ont entre 1 300 et 1 800 ans, et c'est ici qu'elles sont montrées pour la première fois. Il est interdit d'y filmer.
L'occasion de découvrir les Samaritains, présentés comme le plus petit groupe religieux au monde : environ sept cents personnes, réparties en deux communautés, dont l'une près du mont Garizim, à côté de Naplouse. Ils se disent descendants de Jacob, sont considérés comme juifs par l'État d'Israël mais non par le rabbinat orthodoxe. Ils ne suivent que les cinq premiers livres et rejettent le Talmud et la loi orale — mais célèbrent Souccot et Pessah, pratiquent la circoncision et se couvrent la tête.
Le monastère Saint-Georges
L'un des plus vieux monastères byzantins, fondé il y a mille cinq cents ans, accroché à la paroi du Wadi Qelt comme un nid.
Il est toujours habité. Une dizaine de moines grecs orthodoxes y vivent de façon relativement autonome, avec un peu d'électricité tirée de panneaux solaires, de l'eau et un peu d'agriculture. Ils accueillent les visiteurs, mais ne proposent pas de retraites.
Le monachisme du désert s'est développé à l'époque byzantine, vers les années 300 à 400, en petites communautés de dix à trente personnes. La plupart de ces monastères sont vides aujourd'hui. Celui-ci est l'exception qui permet de se figurer les autres.
Trois mètres de frontière
Qasr al-Yahud, « le château des juifs », est le point où le Jourdain sépare Israël de la Jordanie sur trois à quatre mètres. Des militaires et des bouées de chaque côté, le drapeau jordanien visible depuis la rive. On a du mal, en le voyant, à croire qu'il s'agit du fleuve dont parlent les textes.
Deux traditions s'y superposent exactement. Pour les juifs, c'est là que les Bnei Israël ont traversé le Jourdain, conduits par Josué après la mort de Moïse. Pour les chrétiens, c'est le lieu du baptême de Jésus par Jean le Baptiste — et le mot « baptême » ne signifie rien d'autre que l'immersion, traduction grecque du mikvé juif.
En temps normal, des milliers de chrétiens viennent chaque jour ; une dizaine d'autocars stationnent en permanence. Certains achètent une tunique blanche et se font baptiser sur place. L'eau est boueuse, ce qui n'enlève rien à personne : des douches sont prévues à la sortie.
Les mines
Une dizaine de monastères sont installés de part et d'autre du fleuve. Ils sont vides, et pour une raison brutale : toute la zone a été minée par Israël après la guerre des Six Jours, par crainte d'une invasion jordanienne.
Le déminage n'a commencé qu'à la fin des années 1990, après la paix avec la Jordanie. Il n'est toujours pas terminé. Des panneaux d'avertissement sont plantés tous les trois mètres — y compris à l'intérieur des complexes monastiques, où l'on voit des chapelles derrière un grillage.
Et l'autre lieu du baptême
Reste l'histoire la plus troublante du parcours, et elle découle directement des mines.
À la fin des années 1970, le tourisme augmente et le site historique est encore miné. Le ministère du tourisme fait alors aménager un second lieu de baptême, près de Tibériade, avec végétation luxuriante et supermarché de six cents mètres carrés.
L'argument invoqué se défend : ce n'est pas un mensonge, c'est un lieu alternatif, le texte évangélique disant seulement « dans le Jourdain » sans préciser l'endroit.
Le guide y ajoute l'aveu qui va avec, et c'est le passage le plus honnête de la visite : entre professionnels, on choisit l'un ou l'autre selon le planning de la semaine. Et l'on ne dit jamais au groupe que le second existe.
Y aller
Qasr al-Yahud est un parc national israélien, gratuit, à environ quarante minutes de Jérusalem et une heure de Tel-Aviv. Trois plages privées de la mer Morte sont à quelques minutes.
Prévoir la chaleur : plus de trente-cinq degrés dès dix heures du matin.
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