Le baron Edmond de Rothschild en Israël : Zikhron Yaakov et Ramat HaNadiv

En 1882, des juifs venus de Roumanie s'installent sur le versant du Carmel. Ils ne savent pas cultiver. En quelques années, ils sont ruinés, et près de la moitié d'entre eux repartent.

Zichron Yaacov, colonie soutenue par le baron Edmond de Rothschild
Zichron Yaacov, fondée en 1882 et reprise en main par le baron Edmond de Rothschild. Photo : Unknown author Unknown author, Public domain — via Wikimedia Commons

Ce qui les sauve n'est pas leur courage : c'est un banquier parisien qui ne s'intéressait pas à la banque. Le baron Edmond de Rothschild envoie des agronomes français, plante des cépages français, bâtit une verrerie. Il fondera quarante-quatre communautés. Et le jour de son enterrement, à quelques kilomètres de là, des représentants de chacune sont venus avec de la terre de la leur.


Zikhron Yaakov

« Il faut être fou »

Les premiers arrivants sont envoyés par l'organisation des Amants de Sion, en même temps qu'à Rishon LeTsion, Rosh Pina et Petah Tikva. Ils échouent vite, faute de connaître les techniques agricoles, et l'échec est massif : presque la moitié des immigrants repartent dans les premières années.

Le guide résume la situation d'une phrase qu'on n'oublie pas : il faut être fou pour s'installer en Eretz Israël il y a cent cinquante ans, c'est le Moyen Âge. L'électricité, pour donner une idée, n'arrivera qu'en 1934.

Le sauvetage, et son prix

Le baron appartient à la branche française de la famille — celle qui s'intéresse aux arts, au vin et à la philanthropie plus qu'à la finance.

Il installe les premiers vignobles avec des cépages venus de France et construit une verrerie pour l'embouteillage, avec un projet précis : exporter du vin casher dans le monde entier. Il donne à la ville le nom de son père, Jacob. Binyamina portera celui de Benjamin. Il est cousin de Moïse Montefiore.

Le musée de la Première Alya occupe l'ancienne première école, où le baron et son épouse logeaient lors de leurs visites. Et c'est ce qui rend le lieu intéressant, parce qu'il ne raconte pas seulement le sauvetage : il raconte ce qu'il a coûté. Ces pionniers étaient venus pour être indépendants. Ils ont dû accepter non seulement l'argent, mais les ingénieurs et les contremaîtres envoyés avec — donc une hiérarchie, donc des ordres. On les avait sauvés de la faillite en leur retirant ce pour quoi ils étaient partis.

Le fleuve des crocodiles

La limite sud du Carmel est une rivière dont le nom signifie « le fleuve des crocodiles ».

Ce n'est pas une image de guide. Elle en était réellement infestée jusqu'à l'arrivée des pionniers.

L'assèchement des marais s'est fait notamment en plantant des ficus, très gourmands en eau. C'est pourquoi les localités de la première alya en sont encore couvertes aujourd'hui : ces arbres qu'on prend pour de l'ornement sont des vestiges de chantier.

La ville aujourd'hui

Cent cinquante à deux cents habitants à ses débuts, moins de cinq mille pendant ses quatre-vingts premières années, environ vingt mille maintenant.

La rue piétonne des Fondateurs concentre cafés, restaurants, échoppes, brocanteurs et galeries — le guide parle d'un petit Montmartre avec le soleil du sud, et l'on voit ce qu'il veut dire. Une fontaine offerte grâce au baron y donnait l'eau gratuitement, à une époque où les maisons n'en avaient pas. La synagogue, dédiée au père du baron, est toujours en activité.

Le musée Nili, enfin, honore le premier réseau d'espionnage juif, créé pendant la Première Guerre mondiale par Sarah Aaronsohn et son frère pour aider les Britanniques contre les Ottomans — notamment par pigeons voyageurs. La visite se fait sur réservation.

Un dernier détail sur le public : à l'office du tourisme, la documentation n'existe qu'en hébreu. Les touristes étrangers ne viennent pas chercher en Israël un village provençal — dont les toits, à l'origine, étaient pourtant couverts de tuiles venues de Marseille.


Ramat HaNadiv

D'où vient le nom Rothschild

Le parc s'appelle « les hauteurs du bienfaiteur ». Il est à la pointe sud du Carmel, juste au sud de Zikhron Yaakov, gratuit et ouvert tous les jours.

Quant au nom de la famille, il vient d'une enseigne. Les Rothschild habitaient la rue juive de Francfort, et au-dessus de leur maison pendait un écusson rouge. Rot Schild. C'est tout.

Meyer Amschel Rothschild fait fortune dans la finance au début du dix-neuvième siècle. Il garde un fils à Francfort et envoie les quatre autres à Londres, Paris, Vienne et Naples. Les armoiries montrent une main tenant cinq flèches — une flèche se brise facilement, cinq beaucoup moins — et la devise tient en trois mots : Concordia, Integritas, Industria. Union, honnêteté, travail. La grande allée d'entrée du jardin est découpée en cinq, en hommage aux cinq fils.

La terre des quarante-quatre communautés

Le baron est mort en France et fut d'abord enterré au Père-Lachaise. Conformément à sa volonté, sa dépouille et celle de son épouse ont ensuite été transférées ici, et accueillies par le président et le Premier ministre.

Le jour de l'inhumation, des représentants des quarante-quatre communautés qu'il avait fondées sont venus. Chacun apportait de la terre de la sienne. Ils l'ont déposée sur son tombeau.

L'entrée de la crypte se fait par une cour évoquant les tombes du Second Temple, dominée par un énorme cyprès que le guide compare à une bougie vivante.

Le reste du parc se promène sans autre projet que le plaisir : un jardin des senteurs, un jardin des cascades, une roseraie où domine une variété rouge dite « rose Rothschild », et un cadran solaire isolé dans le prolongement géométrique de la roseraie. À l'entrée du jardin des cascades, une gravure représente la carte d'Israël avec les quarante-quatre communautés.

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