Le shekel israélien : que représentent les symboles des pièces et des billets ?

En bref. Les pièces israéliennes reprennent les motifs de monnaies juives antiques — époque du Second Temple, royaume des Asmonéens, révoltes contre Rome. Les billets, eux, ne portent aucune personnalité politique : depuis la série mise en circulation entre 2014 et 2017, ils sont à l'effigie de quatre poètes de langue hébraïque. Six pièces circulent aujourd'hui, de 10 agorot à 10 shekels, et quatre billets, de 20 à 200 shekels.

Cette page reprend ce qui a été expliqué à l'antenne de Tandem TV par Jérôme Haas, dans l'émission Shekel : l'histoire cachée, les symboles et la signification de la monnaie israélienne.


Les pièces : l'histoire juive antique

Le nouveau shekel est apparu en 1985. Les premières pièces étaient fabriquées dans un alliage de cuivre et de nickel, dont le coût de fabrication s'est révélé très élevé. Cinq ans plus tard, la Banque d'Israël l'a remplacé par de l'acier — dix fois moins cher que le nickel pur — recouvert d'une fine couche de nickel qui lui donne sa couleur argentée et l'empêche de rouiller.

Six pièces circulent aujourd'hui. Les pièces de 1 et 5 agorot, elles, ont disparu en 1991 et en 2008.

10 agorot — la ménorah et la carte

Première pièce de la série du nouveau shekel, introduite en 1985. On y voit une ménorah à sept branches et une carte d'Israël. Le motif est inspiré d'une pièce frappée par Antigone Mattathias, dernier roi asmonéen, au I<sup>er</sup> siècle avant notre ère.

La symbolique est forte : cette pièce rappelle la souveraineté juive à l'époque du Second Temple, avant la conquête romaine — la dernière avant l'indépendance de 1948.

50 agorot — le demi-shekel du Temple

Personne ne l'appelle « 50 agorot » : tout le monde dit hatsi shekel, le demi-shekel. Le nom rappelle la contribution que chaque homme juif versait pour l'entretien du Temple à l'époque du Second Temple.

La pièce représente un kinor, harpe ancienne qui figure aussi sur les monnaies des révoltes juives contre Rome, et qui évoque la lyre du roi David.

1 shekel — le lys et l'inscription « Yehoud »

Une fleur de lys et l'inscription Yehoud en hébreu antique. La pièce reprend exactement les petites monnaies d'argent frappées en Judée sous l'Empire perse, aux IV<sup>e</sup> et III<sup>e</sup> siècles avant notre ère.

Ces pièces portaient le nom de Yehoud — Judée — et symbolisaient l'autonomie juive locale après le retour de l'exil de Babylone : la renaissance du judaïsme sur sa terre après le premier exil.

2 shekels — les cornes d'abondance et la grenade

La plus récente des pièces modernes, introduite en 2007 pour alléger la monnaie en circulation et réduire les coûts de manipulation.

Deux cornes d'abondance pleines de fruits et de grains encadrent une grenade — l'une des sept espèces de la terre d'Israël, symbole de fertilité et d'abondance. Le motif est inspiré des monnaies de l'époque asmonéenne. Sa tranche alterne parties lisses et cannelées, ce qui permet de la reconnaître au toucher.

5 shekels — douze côtés pour douze tribus

Introduite en 1990, elle a remplacé l'ancien billet de 5 shekels de la première série de 1985. Ce n'est pas une pièce ronde : elle compte douze côtés, qui rappellent les douze tribus d'Israël.

On y voit un chapiteau de colonne et l'emblème de l'État d'Israël, la ménorah entourée de rameaux d'olivier. Le chapiteau renvoie au style architectural de l'époque du Premier Temple ; on a retrouvé de nombreux chapiteaux corinthiens à Jérusalem et à Ramat Rachel.

10 shekels — « Pour la rédemption de Sion »

La plus grosse valeur faciale en pièce, introduite en 1995. Elle a la particularité d'être bicolore : bord argenté, centre doré.

On y voit un palmier dattier entre deux paniers de dattes, entouré de l'inscription « Pour la rédemption de Sion », écrite à la fois en hébreu moderne et en hébreu ancien. Ces représentations sont identiques à celles d'une pièce frappée par les Juifs lors de la grande révolte contre Rome, entre 66 et 70 de notre ère.


La polémique de 1990 aux Nations unies

En 1990, à l'ONU, Yasser Arafat a déclenché une polémique en affirmant que le dessin de la pièce de 10 agorot symbolisait l'agrandissement d'Israël, la carte représentant selon lui un territoire allant du Nil à l'Euphrate.

La Banque d'Israël a éteint la polémique en rappelant que le motif était inspiré d'une pièce vieille de deux mille ans. L'affaire a néanmoins enflammé la presse arabe — au point de devenir, pour certains diplomates israéliens, « le plus petit scandale géopolitique du monde ».


Les billets : quatre poètes à la place des chefs d'État

La série actuelle a été mise en circulation entre 2014 et 2017. Sa particularité : elle ne représente aucun homme ni aucune femme politique, contrairement aux séries précédentes. Quatre poètes majeurs de langue hébraïque y figurent.

Chaque billet porte des microtextes de leurs poèmes, des éléments tactiles pour les personnes non voyantes et des bandes brillantes anti-contrefaçon.

20 shekels — Rachel Bluwstein

Rachel la poétesse, grande voix de la poésie hébraïque moderne, associée au kibboutz, à la vie pionnière et au lac de Tibériade. Son poème Kinneret figure au revers du billet, avec les rivages du lac.

Ce billet a remplacé celui de Moshe Sharett, Premier ministre et figure fondatrice. On est passé de l'identité pionnière à l'âme poétique.

50 shekels — Shaul Tchernichovsky

Médecin et poète, il célèbre la nature, l'humanisme et l'ouverture à l'Occident. Billet vert, premier de la nouvelle série, en circulation depuis septembre 2014.

D'un côté le poète et un motif d'agrume, symbole des agrumes cultivés en Eretz Israël ; au dos, un chapiteau de style corinthien.

100 shekels — Léa Goldberg

Romancière, poétesse et traductrice, figure majeure de la littérature hébraïque moderne et de la littérature de jeunesse en Israël. Billet jaune orangé.

Il a remplacé le billet du président Yitzhak Ben-Zvi. À côté du portrait, des fleurs d'amandier rappellent l'un de ses poèmes les plus connus : « Dans la terre que j'aime, l'amandier fleurit. » Au dos, des gazelles accompagnent les vers du poème Jour blanc.

200 shekels — Nathan Alterman

Poète et chroniqueur, figure des années qui précèdent et suivent l'indépendance. Billet bleu, la plus haute coupure.

Des feuilles d'automne et un extrait de son poème Rencontre éternelle accompagnent le portrait ; au dos, une scène nocturne au clair de lune et des vers du Chant du matin.

Il y a quelques mois, des responsables gouvernementaux ont demandé le retrait de ce billet, au motif qu'il serait majoritairement utilisé dans des activités frauduleuses. La Banque d'Israël a répondu officiellement qu'aucune annulation du billet n'est à l'étude.


Ce qui a été dit à l'antenne

Extraits de l'émission de Jérôme Haas, Shekel : l'histoire cachée, les symboles et la signification de la monnaie israélienne. Les minutages renvoient à la vidéo.

« Cette pièce rappelle la souveraineté juive à l'époque du deuxième Temple, avant la conquête romaine. C'est d'ailleurs la dernière fois qu'il y aura une souveraineté juive en terre d'Israël jusqu'à l'indépendance d'Israël en 1948. » — Jérôme Haas, à propos de la pièce de 10 agorot · 01:52

« Il y a ensuite la pièce de 50 agorot. Mais personne n'appelle cette pièce 50 agorot. Tout le monde l'appelle le hatsi shekel. Le nom rappelle le demi-shekel que chaque homme juif devait payer pour l'entretien du Temple à l'époque du deuxième Temple. » — Jérôme Haas · 02:49

« La Banque d'Israël a éteint cette polémique en rappelant simplement que le motif était inspiré d'une pièce vieille de 2 000 ans. Mais cette histoire a rapidement enflammé la presse arabe, devenant pour certains diplomates israéliens le plus petit scandale géopolitique du monde. » — Jérôme Haas, à propos de la polémique de 1990 · 02:11

« La Banque d'Israël a répondu officiellement qu'aucune annulation du billet n'est à l'étude. » — Jérôme Haas, à propos du billet de 200 shekels · 08:52

« Les pièces israéliennes racontent l'histoire juive à l'époque du premier Temple, du deuxième Temple, des révoltes contre Rome. Les billets, eux, racontent l'identité culturelle moderne d'Israël. On est passé des Premiers ministres, des présidents, des chefs d'État fondateurs, aux poètes et poétesses porteurs de l'identité nationale. » — Jérôme Haas · 09:10


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Tandem TV est une chaîne de télévision francophone basée en Israël, diffusée sur le canal 14 du bouquet Annatel TV et sur Internet.