Le shekel israélien : que représentent les symboles des pièces et des billets ?

Sortez une poignée de monnaie israélienne et regardez-la. Vous tenez une ménorah frappée par le dernier roi asmonéen, une harpe des révoltes contre Rome, une inscription en hébreu antique et un palmier dattier vieux de deux mille ans.

Pièces de monnaie israéliennes
Les pièces israéliennes reprennent des motifs frappés il y a deux mille ans. Photo : Revital Salomon, CC BY-SA 4.0 — via Wikimedia Commons

Les billets, eux, racontent tout autre chose. Ils ne portent aucun homme politique — ni Premier ministre, ni président, ni père fondateur. Depuis la série mise en circulation entre 2014 et 2017, ce sont quatre poètes.

Les pièces, ou l'Antiquité dans la poche

Le nouveau shekel apparaît en 1985. Les premières pièces étaient en alliage de cuivre et de nickel, dont le coût de fabrication s'est révélé prohibitif ; cinq ans plus tard, la Banque d'Israël l'a remplacé par de l'acier — dix fois moins cher — recouvert d'une fine couche de nickel qui lui donne sa couleur argentée et l'empêche de rouiller.

Six pièces circulent aujourd'hui. Celles de 1 et 5 agorot ont disparu en 1991 et en 2008.

10 agorot : la ménorah et la carte

Première pièce de la série, introduite en 1985. On y voit une ménorah à sept branches et une carte, motif inspiré d'une monnaie frappée par Antigone Mattathias, dernier roi asmonéen, au premier siècle avant notre ère.

La symbolique est lourde de sens : cette pièce rappelle la souveraineté juive à l'époque du Second Temple, avant la conquête romaine — la dernière avant 1948.

50 agorot : le demi-shekel du Temple

Personne ne l'appelle « 50 agorot ». Tout le monde dit hatsi shekel, le demi-shekel — du nom de la contribution que chaque homme juif versait pour l'entretien du Temple.

Elle représente un kinor, harpe ancienne qui figure aussi sur les monnaies des révoltes juives contre Rome, et qui évoque la lyre du roi David.

1 shekel : le lys et l'inscription « Yehoud »

Une fleur de lys et l'inscription Yehoud en hébreu antique. La pièce reprend exactement les petites monnaies d'argent frappées en Judée sous l'Empire perse, aux quatrième et troisième siècles avant notre ère.

Ces monnaies portaient le nom de Yehoud — la Judée — et symbolisaient l'autonomie juive locale après le retour de l'exil de Babylone. Une renaissance, gravée sur une pièce de un shekel qu'on laisse traîner sur une table.

2 shekels : les cornes d'abondance et la grenade

La plus récente, introduite en 2007 pour alléger la monnaie en circulation et réduire les coûts de manipulation.

Deux cornes d'abondance pleines de fruits encadrent une grenade — l'une des sept espèces de la terre d'Israël, symbole de fertilité. Le motif vient des monnaies asmonéennes. Sa tranche alterne parties lisses et cannelées, ce qui permet de la reconnaître au toucher.

5 shekels : douze côtés pour douze tribus

Introduite en 1990, elle a remplacé l'ancien billet de 5 shekels. Ce n'est pas une pièce ronde : elle compte douze côtés, qui rappellent les douze tribus d'Israël.

On y voit un chapiteau de colonne et l'emblème de l'État, la ménorah entourée de rameaux d'olivier. Le chapiteau renvoie au style architectural de l'époque du Premier Temple ; on en a retrouvé beaucoup à Jérusalem et à Ramat Rachel.

10 shekels : « Pour la rédemption de Sion »

La plus grosse valeur en pièce, introduite en 1995, et la seule bicolore : bord argenté, centre doré.

Un palmier dattier entre deux paniers de dattes, entouré de l'inscription « Pour la rédemption de Sion », écrite à la fois en hébreu moderne et en hébreu ancien. Ces représentations sont identiques à celles d'une pièce frappée par les Juifs lors de la grande révolte contre Rome, entre 66 et 70.

Le plus petit scandale géopolitique du monde

En 1990, à l'ONU, Yasser Arafat déclenche une polémique en affirmant que le dessin de la pièce de 10 agorot symbolise l'expansion d'Israël, la carte représentant selon lui un territoire allant du Nil à l'Euphrate.

La Banque d'Israël a éteint l'affaire d'une phrase : le motif est inspiré d'une pièce vieille de deux mille ans. L'argument était imparable — mais la polémique avait déjà enflammé la presse arabe, au point de devenir, pour certains diplomates israéliens, « le plus petit scandale géopolitique du monde ».

Les billets : quatre poètes à la place des chefs d'État

La série actuelle a été mise en circulation entre 2014 et 2017, et sa particularité est un choix rare dans le monde : elle ne représente aucun homme ni aucune femme politique, contrairement aux séries précédentes. Quatre poètes de langue hébraïque, et c'est tout.

Chaque billet porte des microtextes de leurs poèmes, des éléments tactiles pour les personnes non voyantes et des bandes anti-contrefaçon.

Rachel Bluwstein occupe le billet de 20. Grande voix de la poésie hébraïque moderne, associée au kibboutz, à la vie pionnière et au lac de Tibériade ; son poème Kinneret figure au revers, avec les rivages du lac. Elle a remplacé Moshe Sharett, Premier ministre et figure fondatrice : on est passé de l'identité pionnière à l'âme poétique.

Shaul Tchernichovsky, médecin et poète, célèbre la nature, l'humanisme et l'ouverture à l'Occident. Billet vert de 50, premier de la nouvelle série, en circulation depuis septembre 2014 : le poète et un motif d'agrume d'un côté, un chapiteau corinthien au dos.

Léa Goldberg tient le billet de 100. Romancière, poétesse, traductrice, figure majeure de la littérature hébraïque moderne et de la littérature de jeunesse. Elle a remplacé le président Yitzhak Ben-Zvi. À côté du portrait, des fleurs d'amandier rappellent l'un de ses poèmes les plus connus : « Dans la terre que j'aime, l'amandier fleurit. » Au dos, des gazelles accompagnent les vers de Jour blanc.

Nathan Alterman, poète et chroniqueur des années qui précèdent et suivent l'indépendance, occupe le 200, la plus haute coupure. Des feuilles d'automne et un extrait de Rencontre éternelle accompagnent le portrait ; au dos, une scène nocturne au clair de lune et des vers du Chant du matin.

Ce dernier billet a été récemment visé par des responsables gouvernementaux, qui demandaient son retrait au motif qu'il serait surtout utilisé dans des activités frauduleuses. La Banque d'Israël a répondu officiellement qu'aucune annulation n'était à l'étude.

Ce que la monnaie raconte

Le partage est net, et il est délibéré. Les pièces racontent l'histoire juive antique — le Premier Temple, le Second, les révoltes contre Rome. Les billets racontent l'identité culturelle moderne d'Israël.

On est passé des Premiers ministres, des présidents et des chefs d'État fondateurs aux poètes et aux poétesses. C'est le genre de décision qui en dit long sur ce qu'un pays choisit de mettre dans la poche de ses habitants.

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