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Les 52 Rugissants - Essai sur les antisémitismes – Chapitre 4 (Partie 1) :

Les prémices de notre sujet remontent en fait à environ deux siècles auparavant

(1) Au commencement Dieu créa le ciel et la terre.

(2) La terre était un chaos, elle était vide ; il y avait des ténèbres.

Genèse



Essai sur les antisémitismes

Nous ferons démarrer ces prémices au début du XVIIIe siècle car l’histoire, longtemps restée lente à évoluer, s’est vue petit à petit accélérer à ce moment-là, phénomène bien connu dans l’analyse des changements technologiques par exemple au cours du XXe siècle.







L’on pense habituellement à Theodore Herzl quand on évoque les origines du sionisme. Ceci apparaît inexact et ne résiste pas à l’analyse. De nombreuses actions ont pris forme bien avant.


Au tout début du XVIIIe siècle, de nombreux Juifs russes et polonais émigrent en Palestine ottomane pour échapper aux pogroms et aux massacres des cosaques.

Nous sommes alors sous le règne du tsar Pierre 1er dit le Grand, un Romanov qui régna de 1682 à 1721. Il devint ensuite le premier empereur russe de 1721 à sa mort en 1725.


Devant l’afflux des migrants, dans la première moitié du XVIIIe siècle, la grande Synagogue Ha Hourva est alors construite à Jérusalem pour accueillir les nouveaux et nombreux fidèles sur la terre sainte. En 1760, Jérusalem compte 3.000 Juifs sur 17.500 âmes soit 17% de la population intra-muros. Le nombre de Juifs ira alors sans cesse croissant en proportion dans la ville trois fois sainte.


Un peu plus tard, en 1789, la Révolution Française aboutit à la Déclaration des Droits de l’Homme. Elle abolit de fait la différence religieuse à laquelle les Juifs ont toujours été soumis. Cependant, elle ne donne pas officiellement aux Juifs le droit à la citoyenneté. La raison principale en est un antisémitisme millénaire persistant.


C’est le Juif alsacien Isaac Behr avec l’aide de Robespierre (1758-1794), principal acteur de « la terreur », qui défendit la condition des Juifs devant l’Assemblée Constituante. Et il fallut attendre deux ans, en 1791, pour que l’on rajoute le Décret d’émancipation des Juifs de France pour en faire des citoyens à part entière. C’est de cette époque que date l’expression « heureux comme un Juif en France ». C’était le seul pays à leur octroyer ce droit.


La France d’alors compte environ 40.000 Juifs localisés pour la majorité dans l’Est du

pays.

A partir de ces deux textes fondamentaux, l’âme du peuple juif va se reconstituer lentement mais sûrement pour engendrer, au XIXe siècle, la Haskala un mouvement juif des Lumières.

A la toute fin du XVIIIe siècle, en 1799, Napoléon Bonaparte (1769-1821) organise l’expédition d’Egypte. Son périple au Moyen-Orient avait sans doute un double but.


D’une part, accroître la grandeur de la France par des découvertes archéologiques sur cette civilisation des pharaons qui faisait déjà tant rêver. D’autre part, constituer en Egypte un bastion contre les Britanniques et ouvrir une nouvelle voie concurrentielle vers les richesses d’Orient.


Il échouera à prendre Saint Jean d’Acre, tenu par les musulmans, avec son port qu’il voulait être une entrée maritime en terre sainte. Au final, il échappa de justesse à sa capture par la flotte britannique et se retrouva à subir un fiasco total face aux Anglais et aux Ottomans. On ne sait toujours pas comment il a pu rentrer en France par Toulon et poursuivre son épopée en faisant de cette expédition une réussite.


Peut-être nourrissait-il aussi, au départ de cette expédition, le secret espoir que les Juifs s’implantent en Palestine ? Cela aurait été un gage de fidélité à sa future couronne par la création d’un royaume juif dont il aurait pu tirer d’énormes bénéfices politiques et économiques ? L’histoire en avait décidé autrement.


En 1799, Napoléon aurait fait une déclaration à son quartier général de Jérusalem.

C’est la Proclamation à la Nation juive, faite le 1er floréal, an VII de la République.

« Héritiers légitimes de la Palestine ! Hâtez-vous !


C’est le moment qui ne reviendra peut-être pas d’ici mille ans, de réclamer restauration de vos droits civils, de votre place parmi les peuples du monde. Vous avez le droit à une existence politique en tant que nation parmi les autres nations. Vous avez le droit d’adorer librement le Seigneur selon votre religion. »


En août 1800, Napoléon aurait également déclaré : « Si je gouvernais une nation juive, je rétablirais le temple de Salomon. »

Pour les Juifs de la diaspora, cela aurait permis d’accomplir le rêve répété chaque année depuis des siècles : « l’année prochaine à Jérusalem ».


On pourrait faire également une analyse plus critique de la relation de Napoléon avec les Juifs mais le sujet demanderait plusieurs chapitres pour l’explorer.

A ce stade-là, un point méconnu est à signaler. Napoléon dépêcha une expédition scientifique et militaire sur le Nil pour retrouver les traces de ce qu’on a nommé le canal des pharaons, construit et reconstruit à plusieurs reprises sur presque 2.500 ans et la première fois par le pharaon Nékao II (-610 à -595) de la XXVIe dynastie. Le but de ce canal était de relier le Nil à la Mer Rouge d’Ouest en Est pour ouvrir une voie maritime vers l’Extrême-Orient.


L’histoire retiendra que Nékao n’achèvera pas l’ouvrage de peur que le canal ne soit une source d’invasion contre son royaume. Au passage, l’on se souviendra que c’est le même Nékao qui a défait le roi juif Josias à la bataille de Megiddo en -609. Elle restera dans la mémoire juive comme une grande catastrophe plus connue aujourd’hui sous le nom d’Armageddon, le roi Josias étant très apprécié par son peuple.


En 1804, Bonaparte devient Empereur. Il abdiquera dix ans plus tard, en 1814 après avoir accompli son grand destin.

Une réunion du Grand Sanhédrin se tint en 1807 sous l’égide de Bonaparte lui-même. Il se serait déclaré à nouveau en faveur de la création d’un état juif en Palestine.


Cette même année, Napoléon créé le Consistoire Israélite Central de France dont le but était de prendre le contrôle d’une population quelque peu trop autonome à son goût. En arrière-plan, il souhaitait sans doute renforcer son armée impériale par un contingent de soldats juifs inféodés à sa cause.


Les origines un peu oubliées de la colonisation ?


Les décennies qui suivirent vont être le théâtre de la grande période coloniale européenne qui débuta en 1830 pour la France.

Il est cependant important de rappeler ici ce qui a conduit notre pays ainsi que d’autres pays européens à intervenir militairement en Afrique du Nord, sans pour autant légitimer complètement la colonisation.


On ne peut pas nier les visées expansionnistes des Européens sur le continent africain encore inexploré. La révolution industrielle donna une puissance économique et politique aux nations européennes alors que l’Afrique du Nord voyait le pouvoir des dirigeants marocains et des beys en Tunisie s’affaiblir. De même, le territoire de ce qui allait devenir l’Algérie était au début du XIXe siècle en proie à de nombreux troubles.


Ces territoires étaient alors régis par les janissaires, des soldats d’élite d’origine chrétienne appartenant à l’armée ottomane.

A ce moment-là, on assiste à des révoltes puis à l’écrasement des janissaires par les musulmans dont les derniers ont été renvoyés en Turquie, siège de l’Empire ottoman.


Les prises d’otages et la mise en esclavage d’Européens se sont multipliées avec également des razzias en Espagne et en Italie ainsi que des pillages de bateaux marchands européens en mer Méditerranée.

Sait-on qu’aujourd’hui encore, certaines parties du monde arabo-musulman pratique l’esclavage des jeunes filles selon la charia ?


En 1819 déjà, la flotte alliée franco-anglaise (une fois n’est pas coutume) arrive à Alger pour signifier que l’esclavage des européens était désormais interdit. Mais cela ne suffit pas.

En 1830, le roi Charles X, excédé devant tant de désordres et de provocations, envoie les troupes françaises en Algérie alors province ottomane. C’est le début de la colonisation française avec la prise du port et de la ville d’Alger dont le bey a été destitué pour mettre fin à l’esclavage blanc.


Voilà pour ce rappel historique succinct sur les débuts de la colonisation.


Si l’on avance dans le temps, entre 1830 et 1850, Jérusalem est occupée par l’armée de Méhémet Ali (1769 – 1849), officier ottoman et vice-roi d’Egypte devenu Pacha en 1805. C’est pendant cette période d’ouverture que s’installent dans la ville des consulats européens comme ceux de la Grande-Bretagne, la France, l’Autriche ou la

Russie.


Un tremblement de terre en 1837 détruit une petite partie de la ville qui est reconstruite rapidement avec la contribution de tous. Jérusalem va s’imposer de nouveau comme un lieu de rencontre entre l’Orient et l’Occident.

Non loin de là, en Syrie, l’affaire de Damas éclate en 1840 à l’instigation des Chrétiens d’Orient réputés très antisémites. Un moine disparaît pour des raisons inconnues et les Juifs de la ville sont aussitôt accusés de crime rituel, arrêtés, torturés et massacrés en nombre.


Il ne faut surtout pas s’imaginer que l’affaire de Damas soit un fait isolé. Elle s’inscrit dans une longue suite d’exactions, de massacres et de pogroms qui touchent l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient au XIXe siècle sous l’Empire ottoman. Quelques exemples :


1805 – Pogrom en Algérie

1808 – Massacre du ghetto du Mellah en Algérie

1815 – Pogrom d’Alger. Le grand rabbin d’Alger, Isaac Aboulker est décapité lors d’une

émeute

1828 – Pogrom de Bagdad

1834 – Pogrom à Hébron

1844 – Massacre du Caire

1848 – Pogrom de Damas

1850 – Pogrom d’Alep

1862 – Pogrom de Beyrouth


L’on trouve autant d’exactions dans le monde chrétien, en Occident comme en Orient, où tout est prétexte à déclencher la haine du Juif, à le piller et à le massacrer. La révolution française avec ses acquis permet alors une prise de conscience pour les Juifs et la nécessité de sortir de ces impasses répétées depuis tant de siècles.


Au milieu du XIXe siècle, des écoles rabbiniques sont créées à Jérusalem pour éduquer les nouvelles populations juives qui continuent d’affluer des pays de l’Est. Sur ce plan, les Juifs ashkénazes (Juifs originaires d’Europe de l’Est) prendront plusieurs décennies d’avance sur leurs coreligionnaires sépharades (Juifs originaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient) dans leur développement culturel alors qu’à l’origine le mellah et le shtetl sont dans le même état de délabrement.


Dans l’histoire de la Russie, c’est alors le règne des tsars Nicolas 1er (1825-1855) et Alexandre II (1855-1881), le second correspond approximativement au règne de Napoléon III (1852-1870).


En 1850, il y a 15.000 habitants à Jérusalem intra-muros selon un dénombrement ottoman. La ville est décrite comme miséreuse et plus particulièrement pour les Juifs qui y font figures de sous-hommes, comme les Juifs des autres pays musulmans d’ailleurs.


A cette époque, Jérusalem est un mélange de communautés très disparates qui parlent plus de 20 langues pour 15.000 habitants. Une vraie tour de Babel ! Chaque lieu chrétien a fait l’objet de conflits, de discordes et de tractations. Un découpage tortueux est réalisé alors entre orthodoxes grecs, arméniens, syriens, coptes, catholiques latins, abyssins, etc. Mais pas de quartier officiellement juif. La plus grande partie de Jérusalem ne semble appartenir qu’aux seuls Chrétiens sous une tutelle ottomane bienveillante.


Loin de là, la première exposition universelle eut lieu en 1851 à Londres dans le réputé Crystal Palace situé dans Hyde Park. Son thème était « les industries de toutes les nations » et chacune fourbissait ses meilleures innovations au grand public. Elle accueillit 6 millions de visiteurs. C’était avant tout une compétition farouche entre les grandes puissances du moment, Royaume-Uni et France en tête.


Sur le plan international, la tension est vive à l’Est. La Turquie ottomane avec Omer Pacha (1806 – 1871) déclare la guerre à la Russie en 1853. La France de Napoléon III et l’Angleterre rejoignent la Turquie en 1854.


C’est ce que l’on nomme la guerre de Crimée qui prendra fin en 1856 par la défaite de la Russie. La France de Louis Napoléon Bonaparte perd environ 95.000 soldats durant ce conflit. Mais pendant cette guerre, c’est encore le choléra qui fera le plus de victimes.


A partir de 1855, bien avant l’arrivée de Théodore Herzl avec son projet sioniste, l’on commence à construire des maisons aux abords de Jérusalem avec les fonds du richissime Moise Montefiore, un britannique d’origine italienne. Ces constructions se font essentiellement en dehors des murs, pour abriter une partie de la population juive qui est alors en forte progression.


En 1856, on dénombre 5.100 Juifs dans la ville de Jérusalem sur 18.000 habitants, soit 28%.

Toujours en 1856, le sultan Omer Pacha décrète l’édit de tolérance qui déclenche l’immigration de nombreux Chrétiens et Juifs en Palestine, les seconds étant surtout en provenance de l’Europe de l’Est.


On ne peut passer sous silence le fait que les Juifs du Maroc subissent des exactions, pogroms et assassinats en 1845 et en 1859. Une fois de plus, ceci contredit l’idée de la coexistence pacifique tant vantée par certains musulmans pour expliquer que cette religion érigée en système politique n’est faite que d’amour et de paix.


Fin de la première partie.

William Ouaki

Essai sur les antisémitismes



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