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Elles nous poursuivent nos illusions perdues .... par Rony Akrich



Et Les luttes pour la justice societale devront alors être menées à partir du terrain, de ces sans grades, de ces ignorés, générés par le profit, l’intérêt et l’indifférence. Pendant ce temps, souvenez-vous, les espoirs des printemps arabes ont été ternis par la violence impériale et sectaire.



Le changement climatique se poursuit sans contrôle, comme le montrent les nouvelles récentes sur le retrait accéléré de la calotte glaciaire de l'Arctique, tandis que les gouvernements presque partout dévalorisent le problème et rejettent leurs responsabilités. On dit que les crises mondiales de l'approvisionnement en eau et en nourriture sont imminentes, résultat probant de la pression exercée sur les priorités capitalistes. Dans l'ensemble, c'est une sombre perspective. Il semble que tout ce que l'on peut espérer, c'est le plaisir douteux de pouvoir déclarer « on vous l'avait bien dit ». Pourtant, rien de tout cela n'est gravé dans le marbre! Les probabilités ne sont jamais des certitudes. Les probabilités peuvent changer à une vitesse étonnante, en fonction de la conjonction aléatoire de variables – parmi lesquelles nos propres actions, notre « volonté ». En occident, les niveaux de résistance pourraient bien augmenter là où l’on commence seulement à ressentir le poids des coupes. Alors que l'austérité est considérée comme un échec, de plus en plus de personnes chercheront une alternative.

Ce n'est qu'à notre époque que le capitalisme a accompli le destin que Marx lui attribuait, devenant un système véritablement mondial et soumettant à ses impératifs un éventail toujours plus large de relations sociales. Mais à ce moment d'apogée, il a implosé. Alors même qu'il atteint son faîte mondial et maximalise sa pénétration, le capitalisme est exposé comme sujet aux crises et aux mouvements sociaux. Il n'offre même plus les perspectives de mobilité sociale individuelle qui lui ont valu tant d'allégeance dans le passé.

La percée importante de ces dernières années fut la diffusion d'une vision critique du capitalisme. Un système jamais nommé à bon escient car nombres d’euphémismes nous le cachaient derrière un écran de fumée: « le marché » ou « la libre entreprise". On pourrait dire que nous avons appris à nommer le système, mais pas son alternative. Comme le disait Gramsci dans ses Carnets de prison:

« La crise consiste précisément dans le fait que l'ancien se meurt et que le nouveau ne peut pas naître. »

L'optimisme de la volonté, la volition du sacrifice pour un objectif plus vaste, a été rendu plus difficile suite à l'effondrement des alternatives existantes, à la fois socialistes et sociales-démocrates, ainsi que par un recul du libéralisme dans un « réalisme » capitaliste conformiste. L'utopie en général, en tant que mode de pensée, a été bannie du débat dominant. Dans cette situation, nous avons besoin d'une sorte d'"optimisme de la raison": une recherche déterminée des leviers du changement dans l'ici et le maintenant, couplée à l'imagination d'une société juste et durable, d'un avenir humain meilleur, qui serait un prélude nécessaire au devenir comme possibilité concrète. Nos espoirs reposent sur la nature irrésolue du présent. La vie est fluide et contradictoire. Tout moment contient de multiples possibilités, qui à leur tour génèrent d'autres opportunités. Nous ne connaissons pas et ne pouvons pas pleinement connaître la réalité dans son ensemble, celle qui évolue actuellement, mais nous n'avons pas le droit d'exclure le devenir de notre avenir. Le philosophe William Blake l’exprime à sa manière:

« Le rapport à tout ce que nous savons sera différent lorsque nous en saurons plus ».

Les injonctions générales au pessimisme ou à l'optimisme nient le caractère intrinsèquement mixte et multidimensionnel de la réalité sociale. La faculté humaine de coopération, avec les faits inaltérables de l'interdépendance humaine, reste une source éternelle d'espoir (plus importante, je pense que « l'optimisme »). L'Histoire atteste de notre capacité de créativité et de compassion autant que notre capacité de destruction et de haine. La réalité est que la valeur se crée encore en dehors des mécanismes d'échange, dans les relations et dans les actes créatifs et coopératifs de toutes sortes. Celles-ci sont réelles, à certains égards plus tangibles que la valeur d'échange vénérée par le capitalisme, et elles imprègnent nos vies et nous nourrissent.

« Il faut comprendre que le pessimisme ou l’optimisme n’ont rien à voir avec la réalité. Ils sont fonction de la représentation que l’on se fait du réel. » (Boris Cyrulnik)

Le présent est un moment de devoir envers le passé et l'avenir, un lien entre les deux. C'est une approche que nous pouvons imiter, en restant « inébranlables » dans notre opposition au régime actuel et dans notre vision d'un avenir meilleur. En un sens, le pessimisme de la raison est toujours de mise car nous sommes confrontés à des forces titanesques, dont les pouvoirs, la portée, les ressources éclipsent les nôtres. Les seules choses dans lesquelles nous pouvons les faire correspondre sont la motivation, la détermination et l'imagination. La politique radicale consiste toujours à redéfinir le possible, à le libérer de la circonscription des idées reçues. Cela signifie aujourd'hui rejeter le faux-réalisme qui fait des impératifs du capital une loi suprahumaine. Cela signifie remplacer la prétention orgueilleuse du capitalisme d'être « la fin de l'Histoire » par un renouveau de l'idée de justice sociale selon laquelle ce n'est qu'avec son abolition que nous verrons les débuts d'une histoire véritablement humaine. Sans aucun doute, ce que nous faisons ou ne faisons pas maintenant façonnera ce que les autres seront capables de faire à l'avenir. En calculant les chances de succès, souvenez-vous d'Archimède sur la puissance du levier:

« Donnez-moi un endroit où me tenir debout et je déplacerai la Terre ».

Tout cela serait-il la faute à Voltaire et son fameux « Candide ou l'Optimisme » … ? Ce conte philosophique, œuvre phare de Mr Voltaire, était en fait une parodie en règle des thèses du philosophe allemand Leibniz, convaincu de l’excellence de la création Divine, et adepte, pour simplifier, du « tout va très bien ». Candide, jeune Allemand à l’esprit simple et droit, de naissance noble mais illégitime, a été recueilli par le baron de Thunder-ten-Thronck. Au château, il est l’élève du docteur Pangloss, adepte comme Leibniz du « Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Cette leçon, et une jeunesse bienveillante, font de lui un optimiste un rien ingénu. Mais il se trouve impitoyablement chassé de ce paradis, après avoir été pris en flagrant délit, par le baron, d’un baiser à Cunégonde, sa fille légitime. Les soucis commencent alors pour Candide. Nombres de pérégrinations, aussi cruelles qu’exotiques, le mèneront de Buenos Aires à Constantinople, et feront en sorte de le ramener à la raison. Selon Voltaire: « il finira par revenir de ses croyances optimistes, et se retirer modestement pour «cultiver (= travailler, enrichir) son jardin (= monde, esprit, jardin secret)», sans ne plus vouloir s’encombrer de transcendance puisque sans réponse.

Voltaire avait-il des comptes à régler avec l’optimisme? Au moment où il rédigea Candide, il était profondément choqué par la grande catastrophe de l’époque, le tremblement de terre de Lisbonne (qui détruisit totalement la ville en 1755, et épouvanta l’Europe), ainsi que par les horreurs de la guerre de Sept Ans. Banni par le roi, vivant en exil à Ferney, près de la Suisse, Voltaire était alors en proie à un pessimisme envahissant :

« Un jour, tout sera bien, voilà notre espérance. Tout est bien aujourd’hui, voilà l’illusion. »





Rony Akrich 68 ans, enseigne l’historiosophie biblique. Il est l’auteur de 7 ouvrages en français sur la pensée hébraïque. « Les présents de l’imparfait » tome 1 et 2 sont ses 2 derniers ouvrages. Un premier livre en hébreu pense et analyse l’actualité hebdomadaire: « מבט יהודי, עם עולם ». Il écrit nombre de chroniques et aphorismes en hébreu et français publiés sur les medias. Fondateur et directeur de l’Université Populaire Gratuite de Jérusalem (Café Daat) . Participe à plusieurs forums israéliens de réflexions et d’enseignements de droite comme de gauche. Réside depuis aout 2023 a Ashdod apres 37 ans à Kiriat Arba – Hevron.


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