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Bab el Mandeb : l’embrasement est-il inévitable ?



Bab el Mandeb

Les Houthis, depuis le 19 octobre sont montés en puissance dans leurs attaques contre les navires marchands qui passent le détroit de Bab el Mandeb. L’Amérique a pris la tête d’une coalition pour contrer les tirs de missiles et de drones. Sommes-nous à la veille d’un conflit dans l’Océan Indien ?


 

Leur slogan est « Dieu est le plus grand, Mort à l'Amérique, Mort à Israël, Malédiction sur les Juifs, Victoire de l'Islam ». Les Houthis qui sont à la tête du Yémen, ont envoyé leurs premiers missiles, dès le 19 septembre, en direction d’Israël, officiellement, par solidarité avec le Hamas, que pourtant tout oppose idéologiquement, puisque pour les Sunnites et les Frères musulmans, les chiites sont des hérétiques.  


Le 19 octobre 2023, le destroyer de classe Arleigh Burke de la Navy , l'USS Carney, abattent trois missiles de croisière d'attaque terrestre et plusieurs drones lancés par les Houthis au Yémen en direction d'Israël. Les interceptions ont lieu à l'aide de missiles surface-air RIM 66M. Il s'agissait de la première action de l'armée américaine pour défendre Israël depuis le début de la guerre. Le navire a abattu quatre missiles de croisière ou Toufan, armement iranien dont le nom en persan signifie Typhon, d’une portée de 1800 km et 15 drones.


Le 27 octobre 2023, deux drones ont été tirés depuis le sud de la mer Rouge. Selon les responsables de Tsahal, leur cible était Israël, mais ils n’ont pas franchi la frontière égyptienne. L'un des deux drones a touché un bâtiment adjacent à un hôpital à Taba, en Égypte, blessant six personnes ; l'autre a été abattu près d'une centrale électrique à proximité de la ville de Nuweiba, en Égypte.


Ce n’est un secret pour personne, la milice chiite est aux ordres de Téhéran, qui la finance et qui l’arme. En mobilisant les Houthis, l’Iran souhaite, préserver ce précieux allié qu’est le Hezbollah, tout en maintenant la pression sur l’Amérique et ses alliés. Si le Hezbollah entrait en action, il serait vraisemblablement sous le feu de la Navy et d’Israël. Ce que l’Iran veut éviter, en poussant cet autre pion qui veille à ses intérêts dans l’Océan Indien.

 

Une crise économique sans précédent.

 

L'objectif de l'Iran est d’instaurer un nouveau front de déstabilisation dans la région contre les intérêts américains, saoudiens, mais aussi européens, tout en créant une crise économique sans précédent.

Cette zone, qui est sous le feu houthi est un lieu de passage obligé le long de la route maritime de l’océan Indien empruntée par les tankers pétroliers et les cargos à destination de l’Europe, du bassin méditerranéen, de l’Afrique et, de l’Asie.

 

 Le détroit de Bab el Mandeb est un lien direct entre la mer Rouge et le golfe d’Aden. L’une des voies maritimes les plus fréquentées avec un passage de l’ordre de 21 000 navires de commerce par an .

 

La part du commerce international en transit par ce détroit est estimée à 10 %. Dans les eaux territoriales du Yémen circulent également plus de 3 millions de barils de pétrole chaque jour. Par ailleurs, est-il inutile de rappeler que les deux tiers des réserves mondiales de pétrole se concentrent dans le sous-sol de certains pays de la péninsule arabique, tous membres de l’OPEP, ce qui rend cette zone stratégique. Sans compter l’Égypte qui perçoit un droit de passage de sept milliards de dollars. Le pays rencontre de grandes difficultés financières et pourrait se déclarer en faillite. Une situation qui mettrait le pouvoir en péril face à des groupes islamistes.

 

La « stratégie sud » de l’Iran

 

La présence américaine dans l’Océan Indien a toujours été une menace pour l’Iran, avec la base de Diego Garcia, dont les radars balaient toute la zone sud, jusqu’aux contreforts de l’Himalaya. Une puissance que l’Iran souhaite détruire, Diego Garcia a échappé de justesse en 2014 à un deuxième 11 septembre.

La Navy sillonne cette zone sud pour préserver les intérêts économiques de l’Amérique, face à une criminalité maritime : la piraterie, très active dans cette zone. La République islamique a bâti pratiquement à l’insu de tous, une « stratégie sud », dont l’objectif est d’encercler la péninsule arabique et d’étendre son influence en Afrique.

Cette « stratégie sud » a été conçue dans la seconde moitié des années 2000. Elle s’est concrétisée début 2009 avec le déploiement de bâtiments de la force navale des Gardiens de la révolution en mer Rouge, en particulier le long des côtes de l’Érythrée[1] avec lequel Téhéran a conclu des accords dits « civils » comprenant des volets militaires non négligeables masqués par la rénovation d’une raffinerie de pétrole.

 

L’activité croissante sur mer se double, sur terre, d’une présence physique affirmée avec l’installation de bases où sont stationnées des unités des Gardiens de la révolution et d’e la Brigade al-Qods, transportées par sous-marins. L’Iran, par ce biais, a acheminé également des armes, en particulier des missiles sol-air de longue et moyenne portée en pièces détachées, par le port d’Assab en Erythrée.

 

Israël en janvier et en février 2009, a ordonné le bombardement de convois soupçonnés de transporter des armes à travers le désert soudanais dont le destinataire était le Hamas. En avril 2009, c’est un navire iranien qui a été bombardé au large des côtes soudanaises. Il transportait des armes, qui  devaient transiter par l’Égypte et le désert du Sinaï.

 

Pour mener à bien sa  « stratégie sud », l’Iran  a organisé  dès 2009, une ligne de front le long du détroit de Bab el Mandeb, avant de l’investir, en s’appuyant sur l’Érythrée, pivot de sa politique sur zone. Le rapprochement irano-érythréen a donné à ce dernier pays l’illusion de faire contrepoids face à l’alliance entre les États-Unis et l’Éthiopie. Les attaques du 7 octobre ont permis de peser cette fois sur le sort du commerce internationale.


L’objectif des mollahs est de détruire Israël et d’avoir une force de frappe disponible hors de son territoire, capable de l’atteindre, ainsi que différents pays sunnites environnants susceptibles de faire obstacle à sa politique.

Le second pilier de cette stratégie régionale iranienne est le Soudan qui n’est pas non plus en reste lorsqu’il s’agit de contrecarrer l’influence de l’Occident.

Cependant, le rapprochement irano-soudanais n’était plus aussi fiable qu’auparavant, car en février 2023, le Soudan était sur le point de signer les Accords d’Abraham avec Israël. Preuve de ce refroidissement dans les relations entre les deux pays, Khartoum a refusé en 2009 d’accueillir des missiles iraniens sur son territoire.

 

L’attaque du 7 octobre a été préparée en vue de saboter les Accords d’Abraham qui signifiaient l’isolement de l’Iran et la peut-être la fin de sa stratégie d’encerclement.

 

Par l’intermédiaire du pion houthi, l’objectif de l’Iran est de mener une guerre asymétrique et de frapper directement les intérêts occidentaux et américains en premier lieu.

 

La coalition occidentale contre les Houthis et l’Iran

 

Les attaques houthis ont d’ores et déjà obligé les navires marchands à se dérouter et à passer par le Cap de Bonne espérance. Ce qui représente un coût pour l’économie mondiale, une hausse des prix pour les consommateurs.

Ce que ne peuvent se permettre les économies occidentales. L’Amérique a pris la tête d’une coalition militaire baptisée Prosperity Guardian à laquelle prennent part : 10 pays, dont la France, le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne, les Pays Bas, l’Allemagne, le Canada, la Norvège, les Seychelles, Bahrein.

Une zone de fer est envisagée, et deux options se présentent aux Occidentaux, soit parvenir à dialoguer avec l’Iran, ce qui est peu probable, soit bombarder les rampes de lancement, ce qui signifie un risque d’embrasement.

 

Lea Della Volta

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[1] Rogez, O, Des Pasdarans iraniens en Erythrée, RFI, mai 2009.

 

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